« Il n’y a que moi ou… ? ».C’est par ce commentaire décomplexé que les réseaux sociaux ont eu le droit à des prises de positions étonnantes Là où l’anonymat d’Internet facilite les confessions inavouables, certains randonneurs avouent trouver un certain réconfort dans l’odeur du fumier.
En montagne, il faut dire qu’on est assailli d’odeurs : l’humus des sous-bois, la résine des épicéas, et évidemment… les effluves de fumier. Il suffit de longer une ferme, de traverser un hameau d’alpage ou de croiser une prairie fraîchement fertilisée : l’odeur est là, reconnaissable, insistante.
Alors qu’on la classe généralement comme une « mauvaise odeur », comment expliquer qu’on puisse l’aimer ?
Quand le cerveau réécrit l’odeur
D’un point de vue chimique, le fumier de vache, c’est un mélange d’ammoniac, de composés soufrés et d’acides gras volatils. Sur le papier, rien d’attirant. En théorie, notre instinct devrait nous dire de fuir : dans la nature, les odeurs de décomposition sont un signal de danger.
Mais notre cerveau n’est pas figé. Les neuroscientifiques parlent de réévaluation hédonique : si une odeur est associée à un souvenir positif, comme une ferme familiale, un paysage de montagne, ou tout simplement un moment heureux, alors notre perception change. Une odeur objectivement désagréable peut devenir source de réconfort.

Un marqueur territorial
Il y a aussi une dimension culturelle et géographique. Dans les zones de montagne, le fumier n’est pas qu’une odeur : c’est un repère. Au printemps, il signale la reprise de l’activité agricole, l’épandage sur les prairies et la préparation des alpages. En automne, les odeurs plus sèches trahissent le stockage du fumier pour l’hiver.
Dans les Bauges, le Vercors, le Chablais ou les Aravis, les sentiers de randonnée croisent régulièrement des exploitations d’élevage. Ces effluves font partie intégrante de l’identité des paysages. Certaines études parlent même de signature olfactive des paysages : un assemblage d’odeurs qui rend un lieu unique.
Dans le cerveau d’un randonneur, on en déduit que l’odeur du fumier peut facilement être associé à son plaisir de la marche, de la nature et au sentiment d’évasion que procure la montagne.
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Vrai pour le fumier de vache… moins pour les autres animaux
Il faut préciser que ce phénomène ne concerne pas toutes les odeurs animales. Le fumier de vache, bien que puissant, est relativement doux et terreux. Selon un sondage réalisé au Québec par le Ministère de l’Environnement, le fumier de bovins obtient un score moyen de 4/10 en intensité olfactive, contre 8/10 pour le lisier de porc sur la même échelle.
Autrement dit, le fumier de vache est plus facile à tolérer, ce qui explique en partie pourquoi certains randonneurs peuvent même le trouver réconfortant. Les autres effluves animales, plus agressives ou piquantes, sont beaucoup moins susceptibles de provoquer ce type de plaisir olfactif.
