Les vainqueurs du Tour sont-ils souvent des montagnards ?

Dans notre précédent article, nous explorions les effets physiologiques des stages en altitude, devenus incontournables dans la préparation des coureurs professionnels. Vivre trois semaines à 2 000 mètres pour stimuler naturellement la production de globules rouges..

Mais si deux à trois semaines suffisent à modifier le sang, qu’en est-il de ceux qui passent leur enfance, leur adolescence, toute leur croissance à vivre en altitude ?

Le corps apprend à gérer le manque d’oxygène, les muscles et les poumons s’adaptent. Le mythe du « montagnard surhumain » a la peau dure. Alors, être né en altitude donne-t-il vraiment un avantage sur le Tour de France ?

Pour le savoir, nous avons étudié un à un les vainqueurs du Tour depuis la dernière victoire de Merckx en 1974, plus ou moins au début de la modernisation du peloton.

Archives Le Dauphine Libere.
Archives Le Dauphine Libere.

Les cas qui semblent tout prouver

Difficile, d’abord, de ne pas penser à Egan Bernal, vainqueur du Tour en 2019, né à Zipaquirá, en Colombie, à 2 650 mètres d’altitude. Le prototype du grimpeur-né. Enfant, il monte à vélo à plus de 3 000 mètres. Il n’a jamais eu besoin de tentes hypoxiques : il vit dans l’hypoxie depuis la naissance.

Chris Froome, quadruple vainqueur, a lui aussi grandi loin du niveau de la mer : Nairobi, puis Johannesburg, avec des entraînements précoces autour de 1 500 à 1 800 mètres. Ce n’est qu’après qu’il s’est installé dans les Alpes, renforçant encore cette adaptation.

Même Tadej Pogačar, s’il est né à basse altitude (Komenda, 340 m), a grandi à l’ombre immédiate des Alpes juliennes, s’y entraînant très jeune, avec des sorties régulières au-dessus de 1 000 ou 1 500 mètres. Sa faculté à encaisser les cols du Tour n’a rien d’une surprise.

Ces trois-là semblent valider l’intuition : vivre en altitude dès l’enfance forge des grimpeurs d’exception. Mais ce serait oublier trop vite les autres.

Le contre-exemple Vingegaard…

Prenons Jonas Vingegaard, double vainqueur en 2022 et 2023. Né à Hillerslev, au nord du Danemark, à 11 mètres d’altitude, dans une région plate, battue par les vents, loin de toute montagne. Aucun col à l’horizon. Rien dans son enfance ne le préparait aux pentes du Tourmalet.

La façon dont il a été familiarisé à la montagne est même comique : il a gravi son premier col virtuellement sur un home-trainer  Il a ensuite compensé par la science, la rigueur, les stages prolongés à Tignes et au Teide. L’altitude, chez lui, n’est pas un héritage et cela ne l’empêche pas d’être l’un des meilleurs de la planète en haute montagne.

Et il n’est pas seul. Depuis 1979, d’autres vainqueurs n’entretenaient aucun lien avec la montagne, comme Bernard Hinault le breton, ou Andy Schleck le luxembourgeois.

Photo : Tom Pham Van Suu / Le Dauphiné Libéré
Photo : Tom Pham Van Suu / Le Dauphiné Libéré

Une majorité de vainqueurs venus de la plaine

Sur les 26 vainqueurs différents du Tour de France depuis 1974, plus de 60 % ont grandi loin de la montagne, dans des zones sans relief ou proches de la mer.  Inversement, seuls six coureurs peuvent réellement être considérés comme des enfants de l’altitude.

Autrement dit, la montagne n’est pas une condition sine qua non pour former des vainqueurs du Tour. L’accès aux cols n’est souvent venu que plus tard, via les premières sélections nationales, les centres de formation ou les stages hivernaux.

Tous les vainqueurs et leurs origines

  • Eddy Merckx (1974) : né et grandi à Bruxelles, en plaine, sans lien avec la montagne.
  • Bernard Thévenet (1975 & 1977) : enfance en Bourgogne, dans une zone vallonnée mais sans haute montagne.
  • Lucien Van Impe (1976) : originaire de la Flandre, pas du tout un montagnard à l’origine.
  • Bernard Hinault (1978, 1979, 1981, 1982, 1985) : enfance en Bretagne, loin de toute montagne.
  • Joop Zoetemelk (1980) : né aux Pays-Bas, dans une région plate sans montagne.
  • Laurent Fignon (1983 & 1984) : a grandi en région parisienne, sans exposition naturelle à la montagne. Greg
  • LeMond (1986, 1989, 1990) : enfance à Carson City, au pied de la Sierra Nevada, avec une vraie proximité montagneuse.
  • Stephen Roche (1987) : enfance à Dublin, en plaine, sans accès aux grands reliefs.
  • Pedro Delgado (1988) : né et élevé à Ségovie, à proximité directe de la sierra de Guadarrama.
  • Miguel Indurain (1991–1995) : enfance en Navarre, non loin des Pyrénées
  • Bjarne Riis (1996) : a grandi au Danemark, dans une plaine sans relief.
  • Jan Ullrich (1997) : enfance à Rostock, en bord de mer, très loin des montagnes.
  • Marco Pantani (1998) : enfance sur la côte italienne, a découvert la montagne à l’adolescence.
  • Alberto Contador (2007, 2009) : a grandi près de Madrid, avec un accès modéré aux reliefs.
  • Carlos Sastre (2008) : formé tardivement à la montagne dans la Sierra de Gredos.
  • Andy Schleck (2010) : enfance au Luxembourg dans une région vallonnée, sans haute montagne.
  • Cadel Evans (2011) : enfance en plaine en Australie, approche de la montagne plus tardive.
  • Bradley Wiggins (2012) : a grandi à Londres et Gand, loin de tout environnement montagneux.
  • Chris Froome (2013, 2015–2017) : enfance à Nairobi puis Afrique du Sud, avec vie quotidienne à haute altitude.
  • Vincenzo Nibali (2014) : enfance sur la côte sicilienne, à proximité des montagnes de l’Etna culminant à 3400 mètres.
  • Geraint Thomas (2018) : enfance à Cardiff, sans réel lien avec la montagne.
  • Egan Bernal (2019) : a grandi à Zipaquirá, en pleine cordillère des Andes.
  • Tadej Pogačar (2020, 2021, 2024, 2025) : a grandi au pied des Alpes juliennes, dans un environnement montagneux.
  • Jonas Vingegaard (2022, 2023) : enfance dans la plaine du Jutland, sans montagne avant l’adolescence.
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