Villages fantômes des Alpes : des hameaux ont connu l’exode, l’oubli et maintenant la résurrection

“Trajectoires géohistoriques des villages abandonnés en montagne”, c’est le nom de la thèse qu’a récemment soutenu Yannis Nacef, de l’université Savoie Mont Blanc. Pendant trois ans, il s’est intéressé au phénomène d’abandon de ces localités et à leur résurrection, qui a débuté, pour certains, dès les années 90. Il a pour cela, étudié 81 sites en Maurienne, en Tarentaise, dans le Chablais, mais aussi dans les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence, le Piémont italien et les Pyrénées espagnols. Un champ d’étude loin d’être exhaustif, le doctorant estimant à plusieurs centaines les hameaux délaissés dans nos seules vallées alpines.

Entre 1870 et 1970, ces zones de vie ont été abandonnées progressivement, le déclin n’ayant pas eu lieu de jour au lendemain. Par exemple, dans le hameau de Méollion, dans les Hautes-Alpes, on a compté jusqu’à 60 habitants à la fin du XIXe siècle. Lors du recensement de 1921 il n’y en avait plus que 14, et en 1931, le hameau était déserté. Ce sont d’abord les jeunes qui partent, notamment à l’occasion du service militaire, puis les familles avec enfants, se rapprochant des collèges et lycées des grands bourgs. La raison principale de ces abandons tient à l’éloignement des fonds de vallées, riches en emplois industriels.

La nature reprend ses droits en quelques années

La construction de routes a limité cet exode. Dans la vallée des Villards en Maurienne par exemple, la route passant sur le versant Belledonne a permis de maintenir les principaux hameaux, alors que toutes les localités sur le versant des Arves ont été délaissées. Il en va de même pour les autres réseaux, eau potable et électricité en tête, les localités n’étant pas raccordées perdant en attractivité.

Qu’est-ce qu’un village, qu’est-ce qu’un hameau ?

Ce n’est pas une question de taille, mais plutôt de lieu de culte. Est considéré comme un village, un site possédant une église, un lieu où la messe est, ou était, donnée tous les dimanches. Les hameaux, en revanche, sont dotés au mieux d’une chapelle, un lieu de culte qui reçoit des messes de manière épisodique, le jour de la fête du saint de la chapelle par exemple.

Dans les vallées des Alpes du Nord, les cas de centre bourg abandonnés sont peu nombreux, à l’inverse des Alpes du Sud, qui comptent de nombreux exemples de localités totalement délaissées.

Une fois totalement désaffecté, le hameau tombe en ruine très rapidement, en l’absence d’humains pour l’entretenir. Il ne faut que quelques années pour que la nature ne reprenne ses droits, jusqu’à ce que des arbres poussent au milieu de ce qui était quelques années en arrière, un salon. Le site disparaît aussi des mémoires : « Plusieurs élus que j’ai rencontrés étaient surpris d’apprendre que ces ruines étaient sur leurs communes », commente Yannis Nacef.

Les héritiers des bâtiments abandonnés eux-mêmes oublient parfois ces possessions, ce qui ne va pas sans poser de problèmes à ceux qui voudraient les racheter pour s’y installer : « En plus des travaux de rénovation importants, il faut payer des frais de notaires pour gérer une indivision qui date de 50 à 70 ans, puis payer un généalogiste pour retrouver tout le monde, ce qui augmente considérablement le prix d’achat », précise le doctorant. Un travail de recherche auquel même le Trésor public rechigne, abandonnant l’idée de retrouver les ayants droit, la recherche coûtant plus cher que les impôts qui pourraient être collectés.

Malgré tout, certains hameaux retrouvent des habitants. Charvin, situé sur la commune de Fontcouverte, est à nouveau habité depuis les années 90, après avoir été laissé à l’abandon pendant une vingtaine d’années. La création d’une route forestière passant à proximité aide à faire revivre ces hameaux.

L’isolement de ces hameaux est aujourd’hui une force

Il est pourtant très rare que le seul repeuplement motive la création d’un chemin, souvent la route dessert un autre site. C’est le cas pour Avérole, situé sur la commune de Bessans en Haute Maurienne, dont la route atteint certes la localité, mais qui a surtout été construite pour rejoindre les installations hydroélectriques.

Malgré ces routes, rarement goudronnées, l’accès reste mal aisé et la sensation d’être loin de tout perdure. Mais l’isolement, qui a hier desservi ces hameaux, en fait aujourd’hui leurs forces, attirant des personnes à la recherche de grands espaces, d’une proximité directe avec la nature, de calme, d’isolement et de tranquillité. Il s’agit principalement d’habitats saisonniers, des résidences secondaires réinvesties à la belle saison, même si quelques familles s’y installent à l’année, avec les difficultés d’accès que cela implique, en particulier en hiver.

L’agropastoralisme, qui faisait vivre ces villages, disparaît alors, les granges deviennent des pergolas, les écuries laissant place à des salons de jardin. Sur les 81 localités étudiées par Yanis Nacef, la moitié a repris vie, avec parfois une seule famille mais aussi jusqu’à 20 personnes.

Article issu du Dauphiné Libéré

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