« Ma godille vaut bien un diplôme »
C’est vrai après tout, vous skiez depuis l’enfance, vous enchaînez les noires sans sourciller, et vos amis vous surnomment « le professeur ». Le ski, vous adorez ça. La montagne aussi. Alors pourquoi ne pas franchir le pas ? Vivre à l’année dans un décor de carte postale, transmettre votre passion, et porter la célèbre combinaison rouge de l’ESF… Le plan semble presque trop beau.
Mais au moment de chercher comment faire, une question revient vite sur le devant de la scène : est-ce que votre niveau suffit ? Est-ce que descendre en chasse-neige inversé pour le fun et avoir gardé votre flèche de vermeil suffira à convaincre l’ENSA ?
La réponse va peut-être tempérer vos ardeurs…
Des prérequis relativement élevés
La première chose à savoir, c’est qu’on ne peut pas entrer dans la formation sans un bagage technique déjà solide. Le niveau minimum ? Pour l’ESF, il faut avoir au moins 16 ans, être licencié à la FFS ou dans un club ESF, et avoir décroché la Flèche d’or ou le Chamois de vermeil. Si ce jargon vous semble flou, c’est que vous êtes encore loin du compte.
Car au-delà de ces premiers filtres, l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme, l’ENSA, est très claire sur les attendus. Elle parle de « parfaite maîtrise de l’activité ». Mais dans les faits, comment cela se mesure-t-il ? Par des chronos, des stages, des taux de réussite. Et tout cela commence par une série d’épreuves techniques.

Passer l’épreuve du feu : le test technique
Avant d’apprendre à enseigner le ski, il faut prouver qu’on le maîtrise. L’entrée en formation passe donc par une phase dite de formation initiale, qui se compose de trois étapes successives.
La première, la plus brutale, est le test technique. Il s’agit d’un slalom spécial, sur deux manches chronométrées. Il faut réaliser un temps inférieur ou égal à celui de l’ouvreur majoré de 20 % pour les hommes, 25 % pour les femmes. Autant dire le temps de référence de l’ouvreur FIS est en général de très haut niveau.
En 2023, seuls 25 % des candidats ont réussi cette épreuve. En pratique, ce test élimine donc trois prétendants sur quatre. C’est la barrière d’entrée la plus impitoyable du cursus. D’ailleurs, tant que ce test n’est pas validé, impossible de continuer.
Ceux qui y parviennent accèdent ensuite au stage de préformation, un stage de dix jours organisé par l’ENSA à Chamonix. Ici, l’objectif n’est plus uniquement technique. Il s’agit de démontrer une capacité à enseigner, à comprendre la progression pédagogique, à se comporter en futur professionnel. On y évalue la démonstration en ski, la présentation d’un exercice, l’implication dans le groupe. Le taux de réussite est bien plus encourageant : 77 % en 2023.

L’Eurotest (ou CTT) : l’autre grosse marche
Enfin, vient l’ultime barrière de cette phase de « formation intialie » : le Common Training Test, ou CTT, anciennement appelé Eurotest. Encore une fois, il s’agit d’une épreuve chronométrée, cette fois-ci en slalom géant. Même principe : un temps de base est défini, et les candidats doivent s’en approcher au maximum. En 2023, seuls 44 % des prétendants ont validé cette épreuve.
Ca parait plus facile dans les chiffres que le test technique, sauf que c’est moins de la moitié de ceux qui ont déjà réussi le test technique et le stage. Si on se concentre donc sur toute la période avant d’intégrer l’ENSA, le taux de réussite par année tourne autour des… 10%.

Réponse : Un haut niveau… et durable
Ces chiffres ne laissent pas de place au doute. L’entrée en formation de moniteur de ski alpin n’est pas un simple parcours de motivation. C’est un concours exigeant, réservé à des skieurs de haut niveau, capables de skier vite, proprement, et d’enchaîner les virages avec la précision d’un compétiteur.
De plus, ces épreuves ne sont pas acquises pour toujours. Le test technique n’est valable que trois ans, le CTT seulement cinq ans. Autrement dit, si vous n’enchaîner pas tout de suite la formation à l’ENSA (ce qui arrive à un certain nombre de candidats tout de même) il faudra maintenir votre niveau la prochaine fois que vous le passerez.