À la recherche du temps perdu et de la pierre précieuse ! La tentation de récupérer un beau quartz au détour de vos randonnées, vous a sûrement traversé l’esprit. Mais a-t-on le droit de ramasser ces petites œuvres d’art disséminées dans les rochers, et peut-on les commercialiser au grand public ? On a posé toutes ces questions à Joseph Canova, cristallier de Bourg-Saint-Maurice depuis plus de 50 ans dans le secteur de l’aiguille des glaciers.
« J’ai découvert la minéralogie à l’occasion d’une sortie montagne dans le Mont Blanc. On attrape vite le virus des cristaux de roches », raconte le passionné issu d’une famille boraine ancestrale. La corporation des cristalliers a souvent été considérée comme pionnière en montagne. « Ceux qui ont accompagné les géologues et alpinistes Horace Bénédict de Saussure et Jacques Balmat (XVIIIe siècle) au Mont Blanc étaient des cristalliers ».
Des règles différentes selon les communes
De la Préhistoire, en passant par les Romains jusqu’à aujourd’hui, l’univers de la montagne a suscité la curiosité de l’Homme, qui a découvert qu’elle renfermait des pierres précieuses. Des beautés géologiques et colorées, qui virent du violet au rouge, à l’orange, au brun, voire au vert selon les minéraux qui les composent.
« Les quartz fumés se trouvent à 3 000 mètres d’altitude et sont le fruit d’une irradiation naturelle d’impuretés », expose Joseph Canova. Les quartz blancs, plus communément appelés, “cristal de roche”, se situent plutôt dans le secteur de l’aiguille du glacier et du côté italien du Mont Blanc. Si vous voyez ces bijoux, et qu’ils ne se situent pas sur une propriété privée, vous pouvez les ramener à la maison sans être inquiété par des cristalliers en furie. Mais, des communes comme Chamonix ont instauré une réglementation, afin de gérer l’affluence de centaines de chercheurs d’or blanc. « Il faut être inscrit au club minéralogique, payer une cotisation, et il existe un droit de préemption sur vos trouvailles ».

Sur le versant italien ou dans le parc de la Vanoise cependant, la pratique est interdite et la minéralogie n’est connue que par les écrits des anciens. Même les cristalliers reconnus comme tels, doivent respecter certaines normes. « Si on trouve un bloc de cristaux de la taille d’un capot de voiture, on doit le laisser sur place, car il est impossible de le ramener. Sauf si vous êtes en Suisse et qu’un hélicoptère vienne le récupérer », en rigole le professionnel.
Une fluorine rose vendue 250 000 euros
« Quand vous voyez les prix exorbitants des bourses aux minéraux, plus d’un s’est dit que le business était fructueux », regrette Joseph Canova. Il cite l’exemple d’une fluorine rose ramassée au cœur du massif du Mont blanc, dans un endroit très difficile d’accès. La pièce a été vendue 250 000 euros pour être exposée au Musée national d’histoire naturelle à Paris.
« Je vois souvent sur les réseaux sociaux des personnes qui vendent de belles pièces et qui se disent qu’ils vont pouvoir changer de voiture. Encore faut-il que ce soit déclaré aux impôts ». Il faut dire que les 4 000 mètres d’altitude font office de sélection naturelle parmi les chasseurs. Dans ce milieu hostile, il est vite arrivé de se faire écraser par des roches ou d’être englouti par le glacier.
Article issu du Dauphiné Libéré


