Vous les avez sûrement déjà vus ou même construits. Ces amas de pierres empilées servent de repères aux randonneurs, en indiquant l’itinéraire à suivre pour atteindre le sommet. On les appelle les cairns. Un mot utilisé depuis le XVIIIe siècle, qui vient du gaélique écossais “carn”, signifiant “tas de pierres”.
Et aujourd’hui, le cairn est surtout un langage international pour se repérer en montagne. Des Alpes au Pérou, en passant par la Nouvelle-Zélande, il y a des cairns là où il y a des cailloux et des reliefs. Un “steinmann” ultime peut même se trouver au sommet, marquant la réussite du sportif, comme à l’Ouille Allegra ou à l’Albaron en Haute Maurienne.
Et les petits amas de pierres sont utilisés par tous : « Je me sers toujours des cairns, même sur des itinéraires que je connais. C’est très important, surtout dans le brouillard ou dans la nuit, quand on part aux aurores », raconte Laurent Boniface, guide de haute montagne à Bessans.
« Il faut construire des cairns justifiés »
Ces monticules s’adaptent rapidement au milieu et leur tracé évolue. GPS et applications peinent même à les égaler : « Les cairns suivent les évolutions de la montagne, parfois il y a des éboulements ou des glissements de terrain, alors on peut avoir besoin de modifier l’itinéraire. Dans ces cas-là, on peut créer des nouveaux cairns pour indiquer le nouveau chemin aux randonneurs suivants. » C’est la participation des usagers de la montagne dans leur construction qui fait leur force. « En montagne, on a toujours besoin de se repérer. Tout le monde en fabrique, les guides, comme les non-guides », détaille Laurent Boniface.
Mais la construction de cairns est passée de l’utile à la tendance, multipliant les monticules et brouillant les itinéraires. « Il faut construire des cairns justifiés, quand il y a un réel besoin de traçage. Sinon, ils peuvent fausser l’itinéraire. Beaucoup sont construits pour l’aspect esthétique, comme au cirque des Évettes à Bonneval-Sur-Arc, où il y en a trop. Quand c’est le cas, il faut se méfier du chemin indiqué. »

Gare à la construction abusive
La construction abusive de ces petites “pyramides” peut aussi détruire les écosystèmes. Si le déplacement d’une pierre peut paraître anodin, chaque été ce sont des dizaines de mètres cubes de cailloux qui sont manipulées, selon le parc naturel régional de Chartreuse. D’autant plus que les roches demeurent un habitat pour de nombreuses espèces, qui menace d’être détruit ou mis en danger. Les pierres ne retiennent plus les graines, pourtant essentielles à la revégétalisation des sols. Ceux-ci sont endommagés et deviennent exposés à l’érosion. La construction du tapis végétal est ralentie, alors qu’il faut déjà 15 000 ans pour constituer 10 cm de sol à 1 700 m d’altitude.
C’est pourquoi les parcs nationaux du monde entier se sont largement positionnés contre la construction de cairns. Dans certains d’entre eux, l’édification est passible d’une amende de 135 euros. Aux États-Unis, le parc national du Yosemite a lancé une campagne de communication pour encourager les randonneurs à détruire les cairns. Dans le parc national de la Vanoise, nous n’en sommes pas là : « Il est interdit de déplacer les pierres », explique Laurent Boniface. Une règle tacite pour limiter la construction de cairns et conserver uniquement ceux qui sont essentiels.
Article issu du Dauphiné Libéré