Col d’Izoard et Casse Déserte : un décor lunaire qui fait toujours autant rêver

Un paysage rocailleux comme il en existe peu. Au fond du Queyras, passé le village d’Arvieux, ses prés et ses hameaux, la route serpentant jusqu’au col d’Izoard a de quoi faire tourner la tête. La vallée se resserre et les prés laissent place aux mélèzes entre lesquels la route se faufile au gré des épingles. Si de temps à autre la forêt laisse entrevoir le paysage, c’est à deux kilomètres du col que la vue se dégage totalement.

La route émerge des bois et dévoile soudainement un paysage aride, rocailleux. Les tons marron et vert foncé de la végétation jusqu’alors omniprésents sont oubliés. Remplacés par les gris des pierriers et les teintes vert clair de l’herbe courte et des quelques arbres habillant le décor. Un décor d’une beauté minérale à couper le souffle : c’est la Casse déserte. « Elle est lunaire, c’est le mot. La première fois que je l’ai vue… Eh bien j’étais surprise ! Je me suis presque crue aux États-Unis. » Shirley Sevegrand est photographe. Elle capture le ballet incessant des usagers de la route du col Izoard depuis 2019.

La route du col, prisée aussi bien côté queyrassien que côté briançonnais attire cyclistes, motards et automobilistes en quête de hauteur. Des 2 360 mètres d’altitude du col, chacun peut contempler le Queyras, le massif des Écrins ou encore le Pelvoux. Avec un peu de chance, lorsque la visibilité s’y prête, il est possible de distinguer – en plissant un peu les yeux – le mont Blanc, le Mont Viso et même les Alpes suisses. Pour Shirley Sevegrand, pouvoir capturer le passage des visiteurs dans un tel décor, « c’est assez idéal. » Chaque été les touristes sont nombreux à s’attaquer à l’ascension de ce col “hors catégorie” franchi à 36 reprises par le Tour de France.

« En juin j’ai atteint 4 500 photos en une journée »

Pour ses photos, Shirley Sevegrand passe nuit et jour sur les pentes de l’Izoard. Le jour elle travaille derrière l’objectif et la nuit elle dort dans sa caravane. Alors cette route mythique « c’est un peu notre deuxième maison » confie la photographe. « Notre » parce qu’elle n’exerce pas seule. Si elle l’a fait les premières saisons, cela n’a pas duré. Durant ses journées le long des lacets de l’Izoard, il arrivait qu’elle échange avec Eric Stern, un autre photographe, un concurrent en somme. Ironie du destin, il est devenu son conjoint. Ensemble ils ont eu une fille et ont monté leur entreprise de photographie. Elle est spécialisée dans les clichés de cyclistes, motards et voitures dans – vous l’avez deviné – le col Izoard.

L’itinéraire est prisé. « En juin j’ai atteint 4 500 photos en une journée. » Virages et épingles sont un terrain de jeu aux sensations fortes. Shirley Sevegrand et Eric Stern s’installent à l’avant-dernier virage de l’ascension, côté Briançonnais. Si ce virage « est top pour les photos » de par son inclinaison et la vue, il expose aussi les photographes aux aléas du trafic, « des fois on serre les fesses ».

Vitesse et trajectoire coupée sont des facteurs de risque. « De l’autre côté, c’est plus étroit, donc plus risqué. » Conscient, le couple a choisi ce lacet versant Briançonnais car le terrain leur permet d’y être visibles par les conducteurs. Quoi qu’il en soit, Shirley Sevegrand a « toujours ce stress. » « Je les vois arriver sur moi à travers le viseur », explique-t-elle. Alors travailler, oui, mais en restant en alerte.

Article issu du Dauphiné Libéré

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