La Meije : « Elle partage sa beauté et permet de déceler celle qui est en nous »

Lovée au cœur des Hautes-Alpes, elle culmine à 3 983 mètres d’altitude. « C’est notre joyau ». Raymond Renaud l’énonce comme une évidence, son évidence. À ces mots, sa voix laisse poindre admiration et tendresse. La Meije, ce monument, il en parle comme l’on parlerait d’un amour de jeunesse. Du premier, celui qui fait découvrir, grandir, apprendre et s’émouvoir. Dès le premier regard « on la trouve belle, attirante. » Si elle est lointaine, perchée en hauteur, elle est accessible du regard. Cette montagne, dont les sommets se découpent sur le ciel, s’offre à ceux qui lèvent les yeux.

« Droite, fière, majestueuse sans être un mastodonte », elle flirte avec les cieux et surplombe le village de La Grave et ses hameaux. « C’est unique », souffle Raymond Renaud. « Si j’avais un cadeau à offrir, ce serait cette vue. » Une vue que l’ancien guide aime contempler d’un endroit précis : le plateau d’Emparis, au-dessus du Chazelet. Le panorama, « le plus beau des panoramas », renchérit l’octogénaire, offre à voir le Grand Pic de La Meije, le Doigt de dieu, le Rateau. Selon lui, « une telle beauté atteint la sensibilité » de celles et ceux qui se laissent aller à la contemplation. La Meije, « ça se regarde, et surtout ça se ressent », explique-t-il.

« Sa beauté est comme un aimant »

L’amoureux du sommet confie, « sa beauté est comme un aimant, on regarde, et forcément on a envie de s’approcher. » S’en approcher, Raymond Renaud l’a fait. Dès 16 ans. Le 12 septembre 1957. Ce jour-là, il s’est approché au point de la gravir avec ses camarades de cordée Georges Rapin et Robert Ruchon. Une ascension dont il se souviendra et qu’il renouvellera. En 1962, lui et Raymond Gine ont d’ailleurs gravi pour la première fois la face nord directe de La Meije. Ces ascensions sont à ses yeux loin d’être de simples performances : ce sont des expériences. « Avant d’y aller, je ne savais pas qui j’étais », confie-t-il.

« En découvrant la haute montagne, on se découvre soi-même », dit-il. « Quelles sont mes possibilités ? Qui suis-je ? Qui puis-je être ? » sont autant de questions auxquelles La Meije l’a aidé à trouver des réponses. Alors cette Meije, son premier amour, lui a, selon ses mots « permis de [se] construire ». « Elle partage sa beauté et permet de déceler celle qui est en nous », déclare l’alpiniste sur un ton rêveur. La beauté de cette montagne ne rend pas l’ancien guide aveugle aux risques pour autant. « J’aurais dû y mourir, lâche-t-il, mais si j’en parle aujourd’hui c’est qu’elle m’a laissé partir. »

Raymond Renaud. Photo Le DL/Sacha Deruet
Raymond Renaud. Photo Le DL/Sacha Deruet

« Dire oui à des rêves »

Conscient de sa chance, celle d’avoir côtoyé les sommets, Raymond Renaud le rappelle tout de même : « au final ce n’est pas le sommet qui compte, c’est la manière de s’en approcher, de profiter. C’est comme cela qu’on vit La Meije. » Pouvoir toucher cette montagne, même du bout de doigts est un cadeau selon l’ancien guide. « La première fois que je me suis retrouvé à son pied, oh, quel choc ! », s’exclame-t-il. La pierre « est ocre, pas noire » et « dès que l’on pose la main sur le rocher, le contact inspire confiance. »

Pour Raymond Renaud, toucher La Meije, c’est effleurer un rêve. Il se souvient y avoir emmené un ami. Pour des questions de sécurité, le binôme n’est pas allé au sommet. « J’ai dit stop, on s’arrête là. Et ce n‘était pas un échec, loin de là. » Ainsi est sa conception du métier de guide : « dire oui à des rêves » tout en restant humble dans un milieu aussi majestueux que potentiellement dangereux.

Article issu du Dauphiné Libéré

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