La tarification des forfaits de ski est un sujet qui passionne autant les skieurs réguliers que les vacanciers occasionnels. Chaque saison, de nombreux visiteurs s’interrogent sur les hausses de prix observées dans les stations de montagne, et sur les raisons qui poussent certains domaines à proposer des tarifs bien plus élevés que d’autres.
Comprendre comment ces prix sont établis permet non seulement de mieux planifier son budget, mais aussi de percevoir les enjeux économiques et opérationnels qui structurent l’industrie du ski. Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France, décrypte ce qui fait le coût d’un forfait.
Où va l’argent d’un forfait de ski aujourd’hui ?
Laurent Reynaud : « Selon une moyenne, il y a trois types de dépenses derrière le prix du forfait. Plus de 30 % vont à la masse salariale, autrement dit les salaires avec les charges de tout le personnel. Le deuxième poste, qui correspond à 20 % des dépenses, ce sont les taxes : il y a notamment celle spécifique à la loi Montagne, qui oblige les exploitants des remontées mécaniques à verser 3 % de leurs revenus à la commune et 2 % au Département. À cette taxe s’ajoute la TVA qui est de 10 %. Enfin, le troisième gros poste, à hauteur d’environ 20 % aussi, ce sont les outils de travail et principalement l’amortissement des investissements liés aux remontées mécaniques. Il faut savoir qu’en moyenne, 25 % du chiffre d’affaires des stations est réinvesti dans les équipements. Les autres dépenses concernent l’entretien notamment, mais aussi l’énergie. »
Pourquoi le prix change en fonction des stations ?
« Le facteur déterminant, c’est la taille du domaine. Le prix change en fonction du nombre et du type de remontées mécaniques. Ce sont des infrastructures chères à entretenir. Et forcément, s’il y a plus de pistes, cela demande beaucoup de damage et plus de personnel. En revanche, un domaine skiable deux fois plus grand n’est pas deux fois plus cher car, grâce aux économies d’échelle, on peut proposer des forfaits moins chers. »

À qui reviennent ces bénéfices ?
« En France, contrairement à l’étranger, domaine skiable ne signifie pas forcément entreprise. D’un côté il y a les régies, c’est-à-dire les stations exploitées par des collectivités, donc du public [elles représentent 44 % des adhérents de DSF]. Mais la collectivité peut déléguer la gestion et l’exploitation de son domaine skiable. On parle alors de société privée [30 % des stations adhérentes, NDLR] ou bien de société d’économie mixte [19 %]. Dans ces deux cas, l’exploitant doit verser deux sommes à la collectivité : la taxe de la loi Montagne et une redevance de concession. Généralement le client ne connaît pas le statut de sa station, parce que cela n’influe pas sur le prix. Mais le modèle économique et la gouvernance sont très différents. Le public ne cherche pas à être rentable et ces stations-là sont bien souvent déficitaires. »
Les forfaits sont-ils trop chers ?
« Le tarif du forfait est approuvé par les maires des communes, il fait l’objet d’un débat en conseil municipal. Ce n’est pas un prix qui se décide facilement. En France, on a la chance d’avoir des forfaits moins chers qu’à l’étranger. C’est une particularité historique que les exploitants ont gardée comme argument concurrentiel. Le forfait reste vécu comme une dépense importante, mais en même temps, on vient pour ça ! Je tiens aussi à dire que l’hébergement est ce qui pèse le plus dans les dépenses, sauf que le prix du forfait est plus visible ou emblématique et cela vient largement neutraliser les efforts des exploitants. »
Pourquoi le prix du forfait augmente ?
« Les stations suivent le prix de marché, mais le tarif a augmenté deux fois plus vite que l’inflation. Cette augmentation est liée à la flambée des prix de l’énergie, à l’entretien et aux taxes que les exploitants doivent payer.
Par exemple, on a commencé à utiliser de la neige de culture dans les années 90, mais avant, cette dépense n’apparaissait pas. Elle impacte différents postes de dépenses, les salaires et l’énergie notamment. C’est difficile de dire si le prix du forfait va augmenter ou pas. Cela dépend de la fréquentation : si on arrive à l’augmenter, on pourrait imaginer que le tarif ne bouge pas, voire qu’il baisse.
Pour le moment, le prix des charges augmente et le volume de fréquentation baisse. Ouvrir un domaine implique des charges fixes : dès lors que toutes les remontées sont ouvertes, le coût de l’exploitation est le même. Forcément, s’il y a moins de monde, cela pèse plus sur les skieurs. »
Mais aujourd’hui, qui paie un forfait plein tarif ?
« D’après les chiffres de nos adhérents, le coût moyen d’un forfait journalier représente deux tiers du plein tarif, soit 36 euros. Cela montre bien que beaucoup de personnes ne paient pas le forfait au prix fort : les enfants, les seniors, les étudiants, mais aussi les vacanciers qui viennent à la semaine. Il y a toujours moyen de payer son forfait moins cher, notamment en l’achetant en avance. Il y a aussi la tarification dynamique avec les débuts et fins de saison moins chers, car les conditions permettent moins de skier l’après-midi et tous les secteurs ne sont pas ouverts. Certaines stations font également des prix le samedi, parce que c’est un jour de départs et d’arrivées, où le domaine se vide. Cela représentait une perte de recettes car l’exploitation ne s’arrête pas. Cela se fait beaucoup en Tarentaise, où l’économie est très tournée vers des formules séjour. »
Pourquoi paie-t-on le même prix quand le domaine est partiellement ouvert ?
« Je suis moyennement d’accord. Oui, on ne fait pas de remise quand le domaine est ouvert à 70 ou 80 %. En revanche, quand l’offre est fortement impactée, vous ne payez généralement pas un forfait plein tarif, selon les conditions générales de vente. »
Avec des tarifs inabordables pour certains, comment attirer les jeunes générations ?
« C’est une question de marketing. On sait que la montagne et le ski, ce sont des choses qui plaisent aux jeunes. Alors l’idée, c’est de savoir comment on les aide. Il y a la question du prix évidemment, avec des forfaits à prix avantageux, mais aussi et surtout de l’éducation, pour ceux qui ne sont jamais partis au ski avec leur famille. Il y a des organismes qui font ce travail, je pense notamment aux classes découvertes ou à l’UCPA, qui permet aux jeunes d’avoir des remises sur leur séjour. Aider ces jeunes générations, c’est un investissement, car il s’agit de toucher un nouveau et futur public. »
Article issu du Dauphiné Libéré