Cette « race reste menacée » : connaissez-vous le cheval du Vercors ?

Ses yeux fardés lui confèrent un air surpris et ses oreilles en croissant de lune, semblables à deux petites antennes, parachèvent le portrait de cette bouille naturellement ébahie. Son pied est noir, son dos musclé, ses épaules larges. Du haut de son mètre cinquante, il en impose. « Voici Mushu, sourit Marion Forestier, une main posée sur son cheval. Il faut connaître les dessins animés Walt Disney pour comprendre la référence. »

Des hennissements retentissent dans la ferme. Comme le petit dragon dans Mulan, Mushu semble aimer l’attention. « Le cheval du Vercors de Barraquand est sympa, assure l’éleveuse iséroise, enchantée de présenter son étalon. Bon pied, bon œil. Un cheval chic. » Mais méconnu ?

Afin de pallier cette anomalie et pour « faire rayonner la race », Marion Forestier, secondée par son conjoint chef d’exploitation, Sylvain Piltant, mise chaque année sur le Salon de l’agriculture. Pour cette édition 2026, en l’absence de bovins, les équidés ont été mis à l’honneur. « Pour la première fois depuis 2018, et du fait de ma grossesse, ce ne sont pas nos propres chevaux qui montent », précise la jeune femme. Elle a cependant répondu présent à l’événement parisien, accompagnant deux collègues inscrits au Concours général agricole avec leur jument Edelweiss de Chichi et le « tout jeune » Looping de Chichi.

Photo Ancelin Faure
Photo Ancelin Faure

« Le Vercors est une passion ! »

Car depuis six ans déjà, Marion Forestier, épaulée par son époux, propriétaire de l’exploitation, se bat chaque jour pour mettre le cheval du Vercors sous les projecteurs. « Valoriser un territoire et protéger un patrimoine vivant » : voici son leitmotiv. Et cet amour de sa région, Marion Forestier le transpire. De ses yeux pétillants à l’évocation de son massif de cœur, jusqu’à sa voix qui s’enhardit lorsqu’elle conte les bêtes qui le peuplent, son corps entier hurle : « Le Vercors est une passion ! »

Ce cri s’enracine dans un double appétit : l’équitation – elle monte à cheval depuis l’âge de six ans – et la montagne. À la sortie de son école lyonnaise d’ingénieurs en 2020, elle rejoint donc l’exploitation de son compagnon. Vaches de Villard-de-Lans, poules grises du Vercors et chevaux du Vercors de Barraquand composent désormais son quotidien. Et hors de question d’aller voir ailleurs. « En Rhône-Alpes, on a un cheval rustique, adapté à la montagne, au pied sûr. Alors pourquoi irait-on chercher un cheval américain ou des Pyrénées ? Cette ressource, on l’a ici. »

Plus que 51 chevaux en 1997

Pourtant, la race a bien failli disparaître. Décimés lors de la Seconde Guerre mondiale puis oubliés avec la mécanisation de l’après-guerre, seuls 51 chevaux subsistent en 1997 lorsqu’un premier élevage renaît. Aujourd’hui, la « race reste menacée », mais les signaux encourageants se multiplient. « Cette année, on espère dépasser les 40 naissances pour l’ensemble du Vercors, ce qui n’a jamais été fait », se réjouit Marion Forestier, également présidente de l’Association nationale cheval du Vercors de Barraquand.

Élue depuis bientôt trois ans, lorsqu’elle n’a que 29 ans, elle plonge dans le monde associatif sans expérience. « J’ai une double difficulté, détaille-t-elle. Je suis une femme et je suis jeune. » Alors, lors de réunions peuplées d’« hommes de 70 ou 80 ans, il faut avoir de l’aplomb pour leur dire quand je ne suis pas d’accord. Sinon la petite jeune peut vite se faire rembarrer ». Gérer la communication sur les salons, soutenir les éleveurs sur la mise en reproduction, anticiper et planifier la gestion de la diversité génétique des chevaux… « L’activité associative est extrêmement chronophage. »

Photo Ancelin Faure
Photo Ancelin Faure

« Les chevaux vivent toute l’année dehors, en troupeau »

Et son temps, Marion Forestier le partage entre sa fonction bénévole de présidente d’association, son métier d’inséminatrice de bovins et de caprins sur le territoire du Vercors, de monitrice d’équitation et de « conjointe collaboratrice » sur l’exploitation. Avec une trentaine de chevaux, aussi bien préparés pour être attelés que montés, le repos n’existe pas. « Pour avoir des chevaux bien dans leur tête, il faut qu’ils aient une vraie vie de cheval, explique Marion Forestier. Donc ils vivent toute l’année dehors, en troupeau. » À partir de trois ans, ils se mettent « un peu plus au travail » afin d’apprendre à accepter le cavalier et à réaliser quelques balades.

Marion Forestier et son époux proposent en effet du tourisme équestre à Corrençon-en-Vercors lors de la saison estivale. La promesse ? « Faire découvrir le territoire du Vercors, ses paysages et son patrimoine vivant. » Marion Forestier souhaite d’ailleurs, un jour, s’installer à temps plein sur la structure de son compagnon pour développer une activité équestre l’hiver à Sassenage. Encore faut-il trouver du temps. Marion sourit. « Mon père vous dirait que je suis en vacances toute l’année car je fais ce que j’aime. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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