Comment les bouquetins ont reconquis le Vercors 35 ans après leur disparition

C’est au printemps que l’on peut approcher assez facilement les hardes de bouquetins du massif du Vercors. On estime leur population à 1 000 individus alors que le territoire n’en comptait plus aucun il y a 35 ans. Récit d’un retour en grâce du roi des Alpes, une espèce toujours protégée que le Parc Naturel Régional suit à la loupe.

Ils sont là, paisibles, par dizaines, broutant l’herbe de la vaste pente en dévers qui sépare le sentier du Ranc des Agnelons et des arêtes du Gerbier. Cet été, ils se hisseront généralement sur les falaises, notamment pour échapper à la chaleur en journée. Mais en ce printemps, les bouquetins foisonnent à proximité des randonneurs qui, depuis la combe Charbonnière sur les hauteurs de Villard-de-Lans, gagnent le pas de l’Oeille, rare point de passage de part et d’autre de la barrière Est du massif.

« Quand on a commencé la réintroduction, il n’y en avait vraiment plus un seul »

Pourtant, le roi des Alpes avait disparu de France pendant un siècle. Chassée, l’espèce était en voie d’extinction, seulement sauvée du côté du Grand Paradis en Italie par Victor-Emmanuel II de Savoie. Réintroduits dans le massif des Cerces (Hautes-Alpes) puis en Vanoise, ils revinrent donc dans le Vercors à la fin des années 80. « Quand on a commencé la réintroduction, il n’y en avait vraiment plus un seul puisque l’humain avait décidé de les éradiquer, rappelle Benoît Betton, conservateur de la réserve nationale des hauts-plateaux du Vercors. Une deuxième phase s’est ensuite déroulée dans le Royans en 2000 et 2002. »

Cette population, le Parc la surveille de près. « On a voulu mettre en place il y a quelques années un suivi sanitaire, notamment parce qu’il y a pas mal de secteurs qu’ils partagent l’été avec les brebis, poursuit Benoît Betton. Car on ne voudrait pas qu’une maladie passe de la faune sauvage à la faune domestique, et réciproquement. Après autorisation, on capture donc des animaux pour effectuer des prélèvements sanguins et tester toutes les maladies potentielles connues. Pour l’instant, tout va bien mais on veut être prêt si, avec les éleveurs, on avait un problème à gérer. »

Du col de Rousset jusqu’aux Trois-Pucelles

Depuis 35 ans, le nombre de bouquetins « croît lentement mais de manière progressive. On peut désormais les voir du col de Rousset (dans la Drôme) jusqu’aux Trois-Pucelles (au-dessus de Saint-Nizier). Et ils pourraient encore très bien coloniser la partie nord du massif, mais il y a quelques routes à traverser ». Il poursuit : « Le bouquetin est une espèce plutôt grégaire qui reste sur un secteur ». Et quand la population a beaucoup crû, « ils décident de prospecter plus loin. C’est ainsi qu’ils avancent.»

Ce « vrai succès » l’est aussi pour « tout un cortège de biodiversité », notamment le gypaète barbu que le Parc a réintroduit progressivement depuis 2010, jusqu’à assister à la première naissance « made in Vercors » en 2022. Ce rapace, surligne le conservateur, « est extrêmement lié à la présence de bouquetins qui peuvent mourir toute l’année et c’est une ressource pour le gypaète. »

Quelques conseils à leur contact…

Si les bouquetins se laissent observer à quelques mètres, « il faut bien sûr éviter de leur courir après. Je ne suis pas sûr qu’ils ne soient pas en stress si on les approche de trop près » souligne Benoît Betton. Qui rappelle qu’il ne faut « pas les nourrir car ils n’ont pas notre régime alimentaire. Saucisson et fromage c’est non ! »

Si les chiens sont interdits dans la réserve naturelle, ils restent autorisés en dehors, notamment au pas de l’Oeille mais doivent être en laisse. « Les bouquetins assimilent les chiens aux loups, ce sont des prédateurs ».

Article issu du Dauphiné Libéré

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