La Bérarde : « On a imaginé le pire », leur récit après une nuit infernale et un sauvetage

D’eux, le grand public ne connaît que leur silhouette, hélitreuillée d’un chalet rongé par des eaux en furie, un matin de juin 2024 à La Bérarde. Évacués par la CRS Alpes, Didier Frans et Marie Rijs ont échappé à la mort : quelques minutes plus tard, la maison était ensevelie. De cette « aventure, ou mésaventure », le couple de septuagénaires belges a tiré un livre, Nuit infernale à La Bérarde *. Pour « expliquer à nos proches et témoigner notre reconnaissance aux secouristes et à tous ceux qui ont permis notre sauvetage », explique Didier. « Pour emmener les lecteurs avec nous, en racontant ce qu’est un traumatisme », complète Marie.

Un traumatisme qui a nécessité plusieurs séances de thérapie, à leur retour en Belgique. « L’idée du livre est venue pendant ce suivi psychologique. On s’est rendu compte qu’on avait vécu cette aventure de manière très différente », avance Didier. Et que la coucher sur le papier avait des vertus. « Malgré notre appréhension, se replonger dedans a été bénéfique : ça nous a permis de traverser cette mésaventure », confie Marie, qui parle d’une « écriture libératrice ». Le récit, de près de 300 pages, a été construit avec l’autrice Laurence Legrand. Les parties écrites par Didier et Marie se succèdent dans deux polices différentes, pour rester fidèle au ressenti de chacun, surtout sur la nuit du 20 au 21 juin.

Une mémoire fracturée face à l’urgence

De ce huis clos, long de plus de 7 h, les rescapés n’ont pas gardé les mêmes souvenirs. « On ne s’accordait pas sur la chronologie : en état de survie, notre mémoire nous a joué des tours », avance Marie. « D’autant que, réduits à l’attente, le contact était surtout physique. On se parlait peu, chacun gardait ses pensées, de peur d’influencer l’autre négativement », complète Didier. « J’ai imaginé le pire, évidemment », poursuit celui qui fut juriste avant sa retraite. C’est d’ailleurs avec un scénario fictif bien plus sombre qu’il entame le livre : l’échec de leur sauvetage, leur décès puis leurs funérailles.

L’ouvrage est traversé de nombreuses introspections, notamment la partie thérapie. Il y a aussi le récit de la rencontre « fabuleuse » avec les secouristes , « qui nous a aidés à avancer », apprécie Didier. Ou le retour émouvant, un an après, sur les lieux de la catastrophe. « Un événement comme ça créé un lien indéfectible avec la vallée et ses habitants », assure-t-il, alors même que le couple n’y avait jamais mis les pieds avant l’été 2024.

Aujourd’hui, les retraités s’inquiètent pour l’avenir du hameau sinistré. Par solidarité, ils verseront les recettes des ventes à l’association des amis et habitants de La Bérarde et du Haut-Vénéon. Qui ne les ont pas oubliés : « On nous a demandé quand on comptait revenir », indique Marie. Pour présenter le livre, et entretenir cette amitié nouvelle, née d’une “nuit infernale”.

* Paru en autoédition chez Bookelis et disponible en ligne, à la commande en librairies ou à l’hôtel-restaurant La Cordée, à Saint-Christophe-en-Oisans.

Article issu du Dauphiné Libéré

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