C’était l’hiver 2020-2021 : des remontées mécaniques à l’arrêt à cause du Covid et des loueurs de skis de randonnée pris d’assaut chaque week-end. À Chambéry, il fallait quasiment réserver sa paire d’une semaine sur l’autre. Sur les itinéraires à proximité des villes, comme Chamechaude en Isère ou sur les classiques de Belledonne, des Aravis ou des Bauges, des files ininterrompues ponçaient les traces. On parlait même de démocratisation de la pratique, voire d’une alternative durable aux remontées mécaniques.
Et depuis ? La peau de phoque n’a pas supplanté le télésiège. Mais « si la folie du Covid est un peu retombée, on constate tout de même qu’il y a beaucoup de monde sur les itinéraires », nuance Alexis Mallon, guide de haute montagne à Saint-Gervais et professeur à l’ENSA (École nationale du ski et de l’alpinisme). « Je dirais même qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de skieurs pour tracer de plus en plus vite des choses qui se faisaient relativement peu auparavant. »
500 000 pratiquants en France ?
Que disent les chiffres, alors ? La dernière étude chiffrée en date, celle de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), pointe le nombre de pratiquants réguliers du ski de randonnée à 0,1 % des Français de plus de 15 ans. Soit environ 50 000 personnes. Pour les pratiquants occasionnels, on monterait à quelque 500 000 personnes. Selon la FFME (Fédération française de la montagne et de l’escalade), ce chiffre oscillerait entre 220 000 et 250 000.
Voilà pour ceux qui ont surmonté les principaux obstacles à la diffusion du genre : le ticket d’entrée pour l’équipement et les exigences techniques de la discipline.
Car côté matériel, il faut déjà y mettre le prix. Les planches, fixations, chaussures et autres peaux de phoque sont spécifiques au ski de randonnée, afin de pouvoir monter et descendre. À cela, il convient, a minima, d’ajouter le matériel de sécurité pour évoluer en dehors des pistes (DVA, pelle, sonde). Bref, même pour les meilleurs chineurs sur les sites d’occasion, difficile de réunir la panoplie pour moins de 1 000 euros.

« Une fois initiés, la grande majorité de nos clients restent au ski de rando »
Pour les plus exigeants, vêtements spécialisés inclus, la course à l’armement peut carrément dépasser plusieurs Smic. Pour autant, en 2025, c’est bien le ski de randonnée qui enregistre encore la plus forte croissance du secteur (+ 9 %). Il représente aujourd’hui une paire sur dix vendues, selon l’Union sport et cycle. Quant à l’exigence technique et physique, « il faut déjà être capable de skier en toutes neiges, ce qui n’est effectivement pas évident pour tout le monde », souligne Alexis Mallon. « Après, il y a les mouvements en montée, le pas alternatif, les conversions, la gestion de la raideur de la pente. Tout cela s’apprend et le matériel a réellement évolué dans le sens de l’accessibilité. Résultat, nous constatons qu’une fois initiés, la grande majorité de nos clients restent au ski de rando. »
Et pas seulement pour éviter de payer des cartes magnétiques à 50 euros. Si certains massifs comme la Lauzière, le Beaufortain ou Belledonne se prêtent bien au pur ski de rando, de Val Thorens à Chamonix, les aficionados de la peau de phoque utilisent souvent les remontées pour aller encore plus loin, encore plus haut. Des forfaits dédiés à tarif réduit ont même été créés. « En fait, il n’y a pas vraiment de profil type, il y a des démarches différentes : il y a les “collants pipettes” qui avalent du D + [dénivelé positif], ceux qui veulent “cocher” les sommets, les contemplatifs, ceux qui recherchent des belles lignes à la descente, des jeunes, des vieux… »
Leur point commun ? Le guide esquisse : « On parlait du Covid. À l’époque, les gens ont été privés de leur liberté. Ce fut un appel à explorer, de nouveau, cette liberté de pouvoir aller dans plein d’endroits magnifiques et de se retrouver, dans tous les sens du terme, au cœur de la nature sauvage. » Et ça, ça n’a pas de prix.
Article issu du Dauphiné Libéré