« La montagne reste un univers dangereux. Quand des consignes de sécurité sont données, il faut les respecter. » Le 12 janvier dernier, Marina Ferrari, la ministre des Sports, de la Jeunesse et la Vie Associative, s’est rendue à la base de secours en montagne de Courchevel pour « saluer le travail exceptionnel réalisé par les forces de secours, et délivrer un message de prévention ». Une visite qui est intervenue après un week-end marqué par six avalanches mortelles en Savoie (cinq décès) et Haute-Savoie (un mort). Et ce, en dépit des appels à la prudence répétés de ces derniers jours liés au risque avalanche “fort” de 4/5 dans les massifs du département déconseillant la pratique du hors-piste.
Présents lors de cette visite ministérielle, plusieurs directeurs des pistes de stations savoyardes ont fait part de leur déception, incompréhension, colère et sidération. « On est intervenu sur de nombreux événements avec des personnes non équipées de détecteur de victimes d’avalanches (DVA), souligne Frédéric Bonnevie, président de l’association des directeurs de services des pistes et de la sécurité des stations de sports d’hiver (ADSP). Ce n’est plus acceptable. On ne doit plus assister à ce type de comportements. »
« Nous n’avons pas les moyens d’interdire la montagne »
Face à ce constat, une question se pose : la prévention est-elle aujourd’hui suffisante pour dissuader les pratiquants du hors-piste ? « Nous n’avons pas les moyens d’interdire la montagne, ça reste un espace de liberté », répond Marina Ferrari qui juge « essentielle la responsabilisation de l’usager ».
« Quand on assiste à ces drames, ça ne semble pas très efficace », concède Luc Nicolino, directeur du service des pistes de La Plagne. Pour Frédéric Bonnevie, directeur général de la société des téléphériques d’Orelle, « le meilleur des équipements de protection individuelle (EPI), c’est le cerveau du pratiquant. Il faut réfléchir avant d’agir. Quand les conditions sont délicates, il faut savoir renoncer. La sanction ? On aimerait ne pas en arriver là mais s’il n’y a pas d’autres recours, il faudra peut-être envisager ce type de solutions. »
Une hypothèse à laquelle Benjamin Blanc, directeur de la régie des pistes des Belleville, n’est plus complètement fermé. « La prévention, c’est une arme indispensable mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il faudra peut-être passer la seconde sur d’autres critères, avoue-t-il. Prenons le temps de digérer ces événements douloureux pour prendre les meilleures décisions. »

« On voit de plus en plus d’individualisme »
Selon lui, cet appel de la neige fraîche, peu importe les conditions météorologiques, « c’est le reflet de la société. On voit de plus en plus d’individualisme, des personnes qui ne prennent pas le temps de l’apprentissage, qui sont dans l’immédiateté. » Au risque de mettre également en danger les pisteurs ou secouristes amenés à intervenir pour leur venir en aide…
Alors, ne faudrait-il pas revoir l’échelle des risques du bulletin d’avalanche pour décourager définitivement les plus imprudents ? « Le risque 4 est un risque “fort”, évalué à sa juste valeur, affirme Frédéric Bonnevie. On atteint le 5/5 quand des avalanches peuvent menacer des routes et des bâtiments. »
Concernant les responsabilités en cas de déclenchement d’avalanche, Corentin Hassmann, commandant du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de la Savoie, rappelle « qu’une enquête est menée, sous l’autorité du procureur de la République d’Albertville, pour déterminer les circonstances. En fonction, il décide ou non d’engager des poursuites. »
Article issu du Dauphiné Libéré


