L’association Ferus œuvre depuis 26 ans pour la protection de troupeaux qui cohabitent avec les grands prédateurs (ours, loup, lynx).
Le mardi 12 mai à l’Espace Tully, elle a organisé, avec le CAF Léman, une soirée gratuite consacrée à la question des chiens de troupeaux en alpages. On en parle avec Jean-Claude Louis, bénévole de l’association organisatrice.
Pouvez-vous vous présenter ?
« Je suis membre du réseau de suivi du loup et du lynx de l’Office français de la biodiversité et ainsi que de la Communauté de communes de Chamonix-Mont-Blanc qui fait un suivi des meutes de la vallée pour prévenir les éleveurs afin qu’ils protègent leurs troupeaux en conséquence. Enfin, je fais partie de Ferus, une association qui s’intéresse aux trois grands prédateurs : l’ours, le lynx et le loup. Nous mettons en place différentes actions pour aider les éleveurs à protéger leurs troupeaux. L’action phare c’est PastoraLoup : la nuit, des bénévoles se relaient pour assurer la surveillance de troupeaux. Il y a aussi des actions comme “Paroles de patou” où l’on va à la rencontre des randonneurs pour expliquer quel comportement à adopter pour garantir la sécurité de tous et la cohabitation entre élevages et randonneurs. »
Pouvez-vous nous rappeler le rôle du patou dans le troupeau ?
« Le rôle premier du patou est d’alerter. Les gens se sentent agressés lorsqu’il aboie et court vers eux mais c’est l’attitude normale du patou. Dès qu’il voit un intrus à proximité du troupeau, il l’empêche d’approcher en aboyant et alerte l’éleveur. Cela dissuade des gens d’approcher plus près du troupeau. Il va aboyer et vous accompagner derrière le filet tout le long du chemin pour être sûr que vous n’approchez pas, mais sans vous agresser. Il est possible qu’il vienne vous sentir mais c’est comme s’il vous demandait votre carte d’identité : il vient analyser votre attitude, si vous avez de bonnes ou mauvaises intentions. Le patou vient prendre des renseignements pour surveiller son troupeau. Il va aussi dissuader un loup. Lorsqu’il entend le patou aboyer, il sait qu’il peut être poursuivi par un animal défensif de 60 kilos, le loup qui en fait 35 ne fait pas le poids. »

Comment fonctionne l’association Ferus ?
« Ce sont généralement les éleveurs qui viennent à nous, on les informe que l’on peut faire des missions de surveillance bénévole sur leurs troupeaux, et de l’information sur les randonneurs au départ des sentiers autour de leur élevage. On a aussi un contact avec les syndicats d’initiative ou les mairies qui nous redirigent vers les éleveurs. Il y en a certains qui sont assez réticents à des bénévoles, mais ils admettent que cela se passe bien à chaque fois. La surveillance nocturne des troupeaux existe depuis 26 ans et aucune attaque n’a eu lieu lorsqu’un bénévole était présent. Cela montre bien la portée de nos actions et l’importance de soutenir les éleveurs qui diminuent les menaces en collaborant avec nous. »
Les rencontres de ce type s’enchaînent à l’approche du retour des troupeaux en alpage….
« Les éleveurs sont très demandeurs de ce genre d’actions et le font savoir au comité départemental. La semaine derrière, a encore été mentionnée la tension entre randonneurs parfois agressifs et chiens de protection. Il est arrivé qu’ils les tapent et les menacent avec des bâtons. S’ils arrivent à s’en sortir en menaçant le chien, le randonneur d’après va subir les conséquences parce qu’il fera face à un patou en stress. Le réflexe de la plupart des gens face à un gros chien qui court vers eux c’est la peur ou la panique : il est donc important pour notre association d’intervenir auprès des marcheurs pour montrer qu’il ne fait que son travail et qu’il n’y a pas de menace. Il faut rassurer et former les gens sur l’attitude à avoir avec les chiens de protection pour le bien-être des chiens également. »
Quel est le conseil principal que vous pouvez donner ?
« C’est déjà d’ouvrir le dialogue sur le rôle du patou au sein du troupeau, et puis essayer de leur montrer les bons comportements à adopter avec les patous quand ils en rencontrent un en randonnée. Il y a des choses à savoir, des attitudes à adopter : par exemple essayer de parler au patou calmement parce qu’au son de la voix, il arrive à savoir si on est agressif ou calme. S’il voit que l’on est calme, cela l’adoucit et lui montre que l’on est sans danger pour son troupeau et lui. »
À la fin du mois de mai, les premiers troupeaux vont quitter leurs pénates pour les alpages accompagnés de leurs chiens de protection. Pour des randonnées sereines, la CCPEVA rappelle les bonnes pratiques à adopter en montagne vis-à-vis de ces gardiens et met à disposition sur son site la carte des zones de leur présence. Le patou n’est pas un chien d’attaque, mais de dissuasion. La première réaction du chien de protection est d’aboyer pour alerter son troupeau. Dans le même temps, il va courir vers « la menace détectée » et s’interposer entre le troupeau et le ou les intrus. Sa taille, son comportement et sa corpulence peuvent surprendre et devenir une source de stress. L’interco livre quelques conseils : « Signalez votre présence, contournez le troupeau, restez calme, ne fixez pas le chien, gardez vos distances, descendez de votre vélo, ne courez pas, évitez d’emmener votre chien en alpage et concernant les bâtons de marche, prenez-les dans une main, orientez-les vers le bas et ne les brandissez pas ».
Plus d’infos sur https://ccpeva.fr
Article issu du Dauphiné Libéré