La douleur lancinante a fini de la convaincre de pousser les portes du cabinet. Sous son bandage de fortune posé la veille, se dévoile un pouce bleuté et gonflé qui n’augure rien de bon pour cette vacancière originaire des Bouches-du-Rhône. « Je suis tombée en ski de rando. Au début, je ne me suis pas affolée. J’étais à quelques centaines de mètres de là, alors je préfère venir ici qu’attendre des heures aux urgences de Gap. » Ici, c’est le cabinet médical d’Ancelle. Hissée sur la place du Village de la station, la structure voit défiler depuis la mi-décembre le ballet habituel des blessés des sports d’hiver. Fractures, foulures, entorses.
« L’exemple même d’un cabinet de montagne de petite taille », dépeint l’un de ses trois médecins généralistes, le docteur Romain Legris. « L’idée, c’est : on accueille, on diagnostique, on traite. Nous répondons à toutes les urgences et dans 95 % des cas, les gens rentrent chez eux. » Un espace d’accueil « classique », une seconde entrée destinée aux blessés. Quelques créneaux réservés à la patientèle de médecine générale, la grande majorité du planning étant dédié aux « soins non programmés ». Parmi les équipements à disposition, des appareils de radiologie et d’échographie, du matériel pour perfuser, suturer, plâtrer.
Urgence et proximité
Implantés en station ou à proximité des pistes, les cabinets de montagne pratiquent une médecine générale élargie, contrairement au commun des structures des zones urbaines. On en dénombre treize dans les Hautes-Alpes. À Serre Chevalier, Montgenèvre, Orcières ou encore à Vars. Spécialistes de la « traumatologie », en première ligne face aux blessés de sports de montagne. Ouverts sept jours sur sept lors des pics saisonniers, été comme hiver.
Pensés à l’origine comme des « petits postes avancés ruraux » raconte le Dr Legris, les cabinets de montagne sont bien souvent le seul recours médical dans ces territoires isolés et éloignés des services d’urgence. « Ils y évitent beaucoup de passages, justement parce qu’il y a la compétence ici sur place », souligne Christel-Aurore Machado, directrice départementale de l’Agence régionale de santé (ARS).
Leurs praticiens y endossent parfois le rôle de « médecin correspondant du Samu ». C’est le cas de Romain Legris. « S’il y a une urgence, je peux être appelé n’importe quand, même quand je ne suis pas au cabinet. » Des correspondants mobilisés pour intervenir au plus vite dans les cas les plus graves : « un arrêt cardiaque, une détresse respiratoire, une situation traumatique périlleuse ou très douloureuse, une crise compulsive », liste le professionnel.
Dans son sac dédié à cette fonction, facilement transportable sur les pistes, du matériel pour perfuser, intuber, réanimer. « De quoi débrouiller plein de situations », déroule-t-il. « Cette fonction a été créée pour les zones qui se situent à plus de 30 minutes de route d’un Samu. » Comme ici, à Ancelle.
Soigner loin des villes
La commune peut voir sa population être multipliée par dix en hiver. Avec ses quelque 900 âmes résidentes à l’année, pour une capacité d’accueil touristique s’élevant à 8 500 places. En dehors des saisons touristiques, le rôle des cabinets de montagne ne faiblit pas pour autant. Accueillant la patientèle locale et celle des villes plus importantes, en mal de médecins traitants.
C’est cet aspect de « proximité » qui a par ailleurs décidé Romain Legris à œuvrer au sein d’un cabinet de montagne. « Pour la médecine générale, polyvalente, en ruralité. Avec un service rendu qui est hyper satisfaisant pour les patients. Nous sommes vraiment acteurs de la population locale, qui n’est pas si petite que ça. Avec une ouverture les samedis matin, ce que beaucoup de cabinets en ville ne font plus. » Au niveau national, ils sont un peu moins de 400 praticiens à s’être spécialisés dans ces structures de soins spécialisées. « C’est vraiment une petite famille. »
L’association nationale Médecins de montagne publie régulièrement ses données sur les spécificités d’intervention de ces professionnels de santé. Ouverts sept jours sur sept lors des pics saisonniers, les cabinets de montagne peuvent accueillir jusqu’à 150 patients par jour au plus fort de l’affluence. Pendant ces périodes, ils prennent en charge les blessés issus de nombreux sports : ski, randonnée, VTT, trail, alpinisme…
En hiver, un tiers des blessés sont transportés vers les cabinets par les pisteurs secouristes des stations de ski. Les autres accidentés pouvant s’y rendre quant à eux par leurs propres moyens.
Près de 95 % des blessés regagnent leur domicile à l’issue de leur passage au sein des cabinets de montagne. « Pour les blessés des sports d’hiver , moins de 5 % nécessitent une hospitalisation immédiate après un passage par chez nous », informe le docteur Romain Legris, médecin généraliste au cabinet médical d’Ancelle et vice-président de l’association Médecins de montagne.
L’activité des structures de montagne se distingue nettement des cabinets médicaux classiques. Les soins non programmés représentent près de 70 % de l’activité, tandis que 20 à 50 % des consultations totales concernent des actes de traumatologie (sutures, immobilisation de fractures, traumatismes divers, etc.).
Les diagnostics les plus fréquemment posés sont les contusions, entorses, fractures, luxations et plaies, avec une forte prise en charge des lésions spécifiques telles que les fractures du poignet, les entorses de la cheville ou les ruptures du ligament croisé.