« Apprendre à faire une boule de neige correctement » : une journée avec des moniteurs de ski de l’ESF

Ces moniteurs de ski font partie du paysage, en station et plus généralement en montagne, depuis 80 ans. S’ils sont déjà entrés en action cette saison, les 16 500 “pulls rouges” connaissent leur premier pic d’activités durant les vacances de Noël. Mais comment travaillent-ils ? Nous avons passé une journée dans une École française de ski, à Vaujany près de l’Alpe d’Huez.

9 heures. Si le village de Vaujany se réveille à peine, des skieurs s’activent devant le bureau de l’ESF, à 1 250 mètres d’altitude. Club, cours particuliers, cours collectifs… chacun rejoint son moniteur pour quelques heures ou la journée. Dans son bureau, Florent Humbert, directeur de cette École française de ski depuis cinq ans, règle les derniers détails : « Nous avons 47 moniteurs. Lors des journées les plus fortes, entre 35 et 37 peuvent travailler en même temps. » Cette semaine-là, cinq d’entre eux s’occupent de classes de découverte : « Il y a l’apprentissage du ski mais également de la culture de la montagne. »

9 h 30. Casque de ski sur la tête, Anne-Sylvaine Dumas, professeure d’EPS, se présente au bureau ESF pour transmettre les listes des groupes d’élèves. Cette semaine, 50 collégiens de l’établissement de Notre-Dame de La Faye, situé à Aurec-sur-Loire en Haute-Loire, profitent de la classe de découverte en montagne. « C’est la troisième fois qu’on vient ici, la neige est très bonne. Nous sommes super bien reçus par l’ESF. Ils sont à notre écoute », sourit-elle. La destination de Vaujany est devenue une évidence depuis plusieurs années : « Là où nous vivons (dans le Massif central, NDLR), nous avons malheureusement de moins en moins de neige. Ici, les conditions sont au top pour faire découvrir aux élèves les joies de la montagne. »

« On a l’impression d’être utile »

9 h 45. Snowboard dans une main, une paire de skis dans l’autre, Anouck Perret, 32 ans, et Julien Morel, 48 ans, se faufilent dans une télécabine du Montfrais pour monter au front de neige à 1 650 mètres d’altitude. « Beaucoup de jeunes viennent de la ville et ne connaissent pas trop la montagne. Il y a alors un questionnement de leur part et on leur répond, que ce soit sur le décor qu’ils admirent ou les traces d’animaux qu’ils peuvent voir », confient-ils. Mais pas que : « On peut même leur apprendre à faire une boule de neige correctement en évitant qu’il y ait de la glace à l’intérieur pour ne pas faire mal. »

10 h 15. Par quelle piste commencer ? Florent Giraud échange avec onze collégiens de Haute-Loire. Va pour les Myrtilles. « Pour s’échauffer, on va faire des petits sauts en descendant la piste », explique le moniteur. La piste bleue voit alors un défilé sautillant de jeunes skieurs suivant un « pull rouge ». « J’aime bien enseigner aux classes de découverte. Des enfants ne seraient jamais venus à la montagne sans un tel dispositif. On retrouve un public qui est souvent ébahi et ravi d’être là. On a l’impression d’être utile », souffle Florent, 43 ans, qui enseigne depuis une vingtaine d’années.

10 h 45. Adèle, 12 ans, se cale au fond la télécabine de l’Alpette pour monter au Dôme des Rousses à 2 800 mètres. Contrairement à ses amis du collège, elle connaît très bien le domaine skiable : « Je fais du ski à l’Alpe d’Huez depuis que j’ai 4 ans car mon papi a un appartement là-bas. » Le plaisir est décuplé avec ses copains de la classe de découverte : « C’est bien parce qu’on rigole. » À côté, Jules languit d’arriver au sommet : « J’aime beaucoup la hauteur et la vitesse. » Il a l’habitude de la glisse, ses parents l’amenant à la montagne en hiver une semaine par an.

« Vous savez ce que ça veut dire DVA ? »

11 heures. « Vous savez ce que ça veut dire DVA ? » En montrant avec ses bâtons une banderole, Florent pose une colle aux élèves. Il évoque le détecteur de victimes d’avalanches : « C’est une petite machine qui émet des ondes pour que, si jamais on se retrouve sous la neige, des copains puissent nous retrouver grâce au DVA. » Pour la première fois, un parc d’exercice a été installé au Dôme des Rousses afin que chacun puisse venir s’entraîner.

12 h 15. Le directeur de l’ESF avale rapidement le casse-croûte sur le front de neige. Florent Humbert en profite pour remettre la marmotte en bonne place. Il installe aussi la fresque du programme “Culture Montagne” qu’il vient de recevoir. Comme le jeu de 73 cartes ludiques et pédagogiques ou encore le quiz, ces outils permettent aux moniteurs de mieux faire appréhender les enjeux du territoire aux jeunes et aux plus grands. La sécurité est aussi abordée : « Il y a bien sûr le port du casque mais toutes les autres règles comme le respect des messages indiqués sur les panneaux sur les pistes », insiste le responsable.

« À la fin, ils ont souvent les larmes aux yeux »

14 heures. Luc et ses collègues préparent le « GMS » ou encore le « Tandem’Flex ». Du matériel pour permettre à des personnes à mobilité réduite de profiter de la glisse. Comme, ce jour-là, des résidents de l’Ehpad de Bellefontaine à Le Péage-de-Roussillon. Cette première, initiée par Baptiste Régal, animateur en activité physique adaptée, permet à six personnes, âgées de 74 à 94 ans, de découvrir le ski. « À la fin, ils ont souvent les larmes aux yeux », témoigne Luc, 30 ans, qui entame sa dixième saison à Vaujany.

Des moniteurs formés au handiski

À l’ESF de Vaujany, une « bonne dizaine » de moniteurs de ski, soit un quart de l’effectif, sont formés à conduire « les engins » pour le handiski. « On accompagne toutes les personnes qui ne peuvent pas ou plus skier », précise le directeur, Florent Hembert. Luc Smith fait partie de ces “pulls rouges” habilités à conduire des fauteuils de ski adaptés. Il présente le « GMS » qui fait partie des « premières inventions ». À côté se trouve le « Tandem’Flex », vraiment adapté à des personnes qui « ont un handicap assez lourd ». « Le moniteur est situé derrière pour piloter lors d’une balade découverte sur le domaine skiable », détaille le moniteur de 30 ans.

Il y a aussi le « Dualski » qui est « plus pour ceux qui ont plus de mobilité au niveau des jambes supérieures » et qui peuvent « utiliser leurs bras ». « Grâce à des stabilos (stabilisateurs, NDLR), certains dévalent les pentes en autonomie et profiter de la montagne comme un skieur valide », souligne Luc.

Il s’est formé à Val Thorens, en début de saison, soulignant la chance d’avoir, à Vaujany, « beaucoup de fauteuils » afin de proposer une telle activité. Le trentenaire est ravi d’avoir suivi cette formation : « Cela n’a rien à voir avec l’enseignement normal, c’est trop bien. On partage un peu de liberté, en montagne, avec des personnes qui ne peuvent pas, sinon, profiter des joies de la neige. »

15 heures. La descente de Les Chalets, piste bleue, n’a pas fait peur à Marie-Thérèse, 85 ans : « C’est vraiment impressionnant mais j’ai adoré ! » sourit l’Alsacienne, emmitouflée dans une couverture sur le fauteuil de handiski. Avant de tourner la tête vers les sommets : « Je suis contente de voir la neige. » Même cachés derrière son masque de ski, les yeux d’Yvette, 79 ans, pétillent également : « C’est trop beau ! Je n’avais jamais vu la montagne comme ça. »

16 h 45. Retour à 1 250 mètres d’altitude au village de Vaujany. La professeure d’EPS est ravie : « Tous les élèves ont tous bien progressé, ils arrivent à prendre le télésiège. Ceux qui débutent ont pu descendre des pistes vertes. » Pas très loin, le directeur de l’ESF débriefe avec le personnel de l’Ehpad. « Franchement, c’est magique, on a passé une superbe journée. Certains n’avaient jamais vu la neige de leur vie », souligne Coralie, animatrice. D’autres résidents en profiteront le 14 janvier.

Article issu du Dauphiné Libéré

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