Au large de la plage des Dames, au Viviers-du-Lac, l’eau s’est retirée sur une trentaine de mètres. Elle a laissé apparaître un sol de bronze, jonché de cailloux, de branches et de pointes d’algues. Depuis le 3 octobre, le lac du Bourget flirte avec la cote de 231,10 mètres. Il devrait encore descendre de deux centimètres avant de se stabiliser à cet étiage jusqu’à début novembre.
« C’est déjà gagné », dit Sébastien Cachera, responsable de la gestion des milieux aquatiques au comité intercommunautaire pour l’assainissement du lac du Bourget (Cisalb), en pointant le massif de roseaux qui borde le site des Mottets. « Regardez comme la roselière est exondée (hors de l’eau, NDLR). On voit même sortir de nouvelles petites pousses. »
40 centimètres en dessous de son niveau habituel
Car si le lac se situe près de 40 centimètres en dessous de son niveau habituel à cette saison, ce n’est pas le fruit du hasard. Le Cisalb et la Compagnie nationale du Rhône (CNR) mènent actuellement une troisième opération de baisse exceptionnelle (après 2017 et 2021), afin de permettre à la matière organique de se minéraliser, c’est-à-dire de mettre à disposition des roseaux les éléments et l’oxygène nécessaires à leur croissance. L’expérience a montré que cela fonctionnait : sur la base de photographies aériennes, le Cisalb a observé que la surface des roselières du lac avait progressé de 23 à 40 % depuis 2017, selon les secteurs.
Cela passe donc par cette opération de grande ampleur, rendue possible par le barrage du canal de Savières, dont on abaisse les clapets pour faire filer l’eau du lac vers le Rhône. « Les premiers jours de septembre, comme la cote était plutôt haute, cela a généré pas mal de débit dans le canal, reprend Sébastien Cachera. Il y a eu ensuite un petit épisode pluvieux qui a fait monter l’eau de quatre centimètres, mais globalement, tout s’est passé comme prévu. »
Le lac du Bourget est le seul de France à connaître pareille opération
L’autre résultat, ce sont ces images spectaculaires de plages à sec, que l’on constate tout particulièrement à l’arrivée de la Leysse au Bourget-du-Lac, à Mémard à Aix-les-Bains ou encore à Conjux et Châtillon, partout, en somme, où la déclivité est faible. Cela durera tout le mois d’octobre, le temps pour la flore de prendre une bonne bouffée d’oxygène, avant que les clapets du barrage ne soient refermés à la fin du mois. Le lac, au gré des précipitations, regrimpera alors petit à petit vers sa cote hivernale habituelle, 231,47 mètres. « S’il ne pleut pas, cela peut prendre un peu de temps, mais la dernière fois, cela s’était passé assez vite. »
Le lac du Bourget est le seul de France à connaître pareille opération. « On le ramène juste à ce qu’il vivait avant 1985 et la construction du barrage, rappelle la présidente du Cisalb, Marie-Claire Barbier. Il y avait des hauts, des bas… Il faisait du yoyo en quelque sorte et c’est ce dont les roselières ont besoin. Elles sont essentielles pour filtrer les polluants de la terre, et servent de support à la faune. Chaque centimètre de surface exondée est quelque chose de gagné. »
Article issu du Dauphiné Libéré








