Il fait beau, ce matin de juillet à Planaise, en Combe de Savoie. C’est la journée idéale pour faire du broyage de végétaux.
« Un rendement supérieur à celui d’un tracteur »
Et ça tombe bien pour l’agriculteur Thierry Bataillard, qui espère récupérer 80 % de parcelle envahie par les ronces ; une entreprise un peu spéciale est située juste à côté de son terrain. Il s’agit d’Alltracks et elle fournit ce service de broyage… avec une dameuse. Oui, on parle bien de cet engin qui permet aux stations de préparer les pistes de ski.
L’entreprise fait du réemploi de dameuses. Elle les récupère après sept ou huit ans de bons et loyaux services puis les customise « sur-mesure pour les clients ». Le but ? « Proposer un véritable porte-outils agricole qui ait un rendement supérieur à celui d’un tracteur et moins d’impact sur les sols », répond Pierre-Yves Prost, le cofondateur d’Alltracks avec Renaud Vezier.
La mairie dans le rôle d’entremetteuse
Quand l’entreprise s’est lancée, la mairie de Planaise a joué les entremetteuses avec Thierry Bataillard, lui-même conseiller municipal. « Je pensais qu’ils ne faisaient que de l’entretien des dameuses… On peut dire que c’est bien tombé. J’avais un réel besoin sur ma parcelle de 11 hectares », explique l’éleveur bovin.
Pour compliquer le tout, son terrain se trouve en pente. Impossible aujourd’hui de faucher manuellement une telle parcelle, ce qui demanderait trop d’effort et de temps : « C’est ce qu’ils faisaient il y a 100 ans, mais ce n’étaient pas le même métier », commente l’éleveur. Techniquement, c’est compliqué voire dangereux avec un tracteur traditionnel. À puissance égale, ils sont beaucoup plus lourds et ont tendance à s’enfoncer dans la terre, dégradant la qualité du sol. Et sur le terrain pentu de Thierry Bataillard, le risque d’accident aurait été maximal. La machine se serait retournée.
« Les chenilles tiennent mieux sur les terrains en pente »
La dameuse est donc l’outil idéal pour ce type d’opération. Celle d’Alltracks est équipée d’un broyeur à l’avant, ce qui en fait une gigantesque tondeuse, permettant de venir à bout des épines en quelques secondes : « Elle a la puissance nécessaire pour éviter de forcer. Puis les chenilles tiennent mieux sur les terrains en pente », explique Pierre-Yves Prost.
Alltracks est l’une des seules en France – la seule en Pays de Savoie – à proposer des dameuses d’occasion réemployées. « Nous sommes surtout les seuls à proposer un service après-vente ainsi que l’entretien des machines. »
Il est d’ailleurs possible de personnaliser chaque engin selon son usage. Et comme le montre le passage chez l’agriculteur, l’entreprise peut louer ses services pour une tâche. En réalité, la journée de jeudi 11 juillet a surtout servi à apprivoiser la dameuse et en faire la promotion. « Ça nous permet de savoir que pour la végétation chez Thierry, ce broyeur est trop petit, il faut repasser deux fois sur les épines », décrypte Pierre-Yves.
« On peut tout enlever en 15 heures de travail »
Revenons chez Thierry. Pour ce travail de broyage le gain est considérable : « Si je n’avais pas eu cette option, j’aurais dû répandre des produits phytosanitaires en grande quantité pour tuer ces buissons. Ça m’aurait pris une semaine au moins », détaille Thierry Bataillard. Avec cette méthode, il serait venu à bout de ces buissons après « trois ou quatre ans en répandant des produits phytosanitaires ».
Il reconnaît que même avec le broyage, il sera obligé de répandre du produit « mais en moindre quantité ! Les épines, c’est dur à tuer. Même sans eau ça repousse ». C’est donc une pierre, trois coups pour l’éleveur. D’un côté il s’épargne une dépense financière en achetant beaucoup moins de produit, d’un autre, il ne perd pas la semaine à les répandre et enfin, ses terres ne pourront que mieux se porter sans autant de produits chimiques. Selon le cofondateur d’Alltracks Pierre-Yves Prost, avec la dameuse, « on peut tout enlever en 15 heures de travail ».
Pour l’agriculteur savoyard, le bénéfice est considérable. Les bovins qu’il élève pourront en profiter, eux qui se retrouveront dans les assiettes des clients de la Brasserie Le Local , à La Ravoire : Thierry Bataillard vend 80 % de sa production à ce restaurant.
En fait « ça ne peut qu’être rentable pour moi », conclut l’agriculteur savoyard.
Article issu du Dauphiné Libéré


