Ski et changement climatique : « Il faut se poser les bonnes questions maintenant »

Pascal de Thiersant s’en souvient très bien. Le gérant de Savoie tourisme développement durable évoque la sortie d’un rapport de la Cour des comptes intitulé “Les stations de montagne face au changement climatique” : « Le 6 février 2024, ce document a fait frémir tous les exploitants de stations de montagne. » En cause, un classement en annexe de 163 stations avec « l’indice de vulnérabilité » basé sur des facteurs climatiques, socio-économiques et financiers. « Le Col de Porte est mieux noté que Courchevel tout comme Le Semnoz par rapport à La Rosière, ce qui m’a agacé quand on sait que ça devrait être le contraire », souligne le responsable de cette société d’économie mixte.

En fait, il a fallu du temps pour bien comprendre la grille de lecture de la Cour des comptes : « Nous n’avions pas compris au départ qu’elle avait, en fait, évalué la vulnérabilité de la collectivité par rapport à l’activité des domaines skiables. Ainsi, si le Col de Porte s’arrêtait demain, il ne se passerait pas grand-chose. En revanche, s’il n’y avait plus de ski à Courchevel, c’est entre 700 millions et un milliard d’euros qui disparaîtraient », a résumé Pascal de Thiersant lors d’une conférence au salon Mountain Planet, le 23 avril à Grenoble. Pour lui, il fallait alors « sortir de cette vision très « collectivité » » pour une autre, plus « complète » et macroéconomique de l’activité du domaine skiable dans le territoire.

Une méthode pour mesurer la réalité économique des stations

Une « modélisation » est conçue selon une méthode appelée “Emo-Cimes”. « À l’heure de l’intelligence artificielle à tour de bras, emo veut dire “bon sens” en patois savoyard », précise Julien Mairot, directeur de STDD. Le premier défi est de pouvoir « aspirer un paquet de données dans des champs pluridisciplinaires », de la comptabilité de l’exploitant de la station de ski au plan pluriannuel d’investissements en passant par le climat, la géographie et le social.

Il a aussi fallu trouver les critères les plus pertinents avec des « coefficients de pondération » pour mesurer « les éléments qui ont une forte influence sur la pérennité à long terme et un impact positif sur le territoire » ou, à l’inverse, ceux qui conduisent « à une dégradation de la situation ». L’appréhension de la réalité est déterminante : « Chaque critère a vraiment été affiné pour répondre aux enjeux d’exploitation des domaines skiables. Par exemple, les opérations de maintenance sur un télésiège ne coûtent pas le même prix que sur un téléski », indique le directeur. Avant d’ajouter : « Qu’est-ce un bon ou un mauvais rendement ? Pour le savoir, on a eu la chance d’avoir les comptes analytiques de nombreuses stations, très grandes et petites, bénéficiaires et déficitaires. »

Avec ce nouvel outil, « chaque critère a vraiment été affiné pour répondre aux enjeux d’exploitation des domaines skiables ». Photo Louise Raymond
Avec ce nouvel outil, « chaque critère a vraiment été affiné pour répondre aux enjeux d’exploitation des domaines skiables ». Photo Louise Raymond

Des indicateurs détaillés pour guider les décisions

Une note est donnée de 0 à 100 pour chaque critère avec, à chaque fois, une explication. Le responsable donne un exemple : « On a travaillé sur la disponibilité en eau par rapport aux échéances à venir. Pour avoir une bonne note, il faut que la station ait la capacité à stocker de l’eau pour produire de la neige jusqu’à l‘échéance 2050. » Au final, « on mouline tout ça pour sortir l’indicateur de vitalité et la contribution économique réelle, ce qui permet de prioriser et hiérarchiser des choix de gestion », précise Julien Mairot.

Une approche qui va dans le bon sens selon Lionel Laslaz, géographe à l’université Savoie Mont-Blanc : « L’objectif est de sortir d’une vision qui est souvent assez schématique et caricaturale de la montagne. avec le bien et le mal, y compris d’ailleurs dans les démarches scientifiques. Il est désormais temps de sortir de ces oppositions stériles et d’objectiver les paramètres. »

Pascal de Thiersant souhaite, par cet outil, « interpeller » les élus et « un éveil des consciences ». Cette modélisation « permet de prendre la parole de manière complètement objective et dépassionnée », insiste le gérant de Savoie tourisme développement durable.

Avant d’avertir : « Les mauvaises décisions peuvent coûter plus cher que les effets du changement climatique. Nos choix de gestion d’aujourd’hui pour les 20 ans à venir vont avoir des effets délétères pour la suite ou extrêmement bénéfiques. Il faut alors vraiment peser sur ces choix et se poser les bonnes questions maintenant. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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