« Sans le ski, tout est fini, mais le tout ski est fini.» Pour jauger de la modification de la clientèle et expliquer les choix d’orientation de la Sem Valloire (détenue aux deux tiers par la commune), son PDG, Jean-Marie Martin a le sens de la formule. Le prévisionnel d’investissements affiche ainsi 130 millions d’euros d’ici 2043 et la fin de la délégation de service public, amendée en profondeur en 2024. Un chiffre rare pour une Société d’économie mixte, qui prouve que la station-village lovée entre Télégraphe et Galibier a le vent en poupe.
« Le village a des atouts et encore 80 ans de ski devant lui »
La première étape, cet hiver, c’est la télécabine de la Sétaz rénovée (17 M€, dont 10 en emprunt) à l’issue d’un chantier mené en huit mois. Parmi les premières stations de ski dès les années 1930 (grâce aux chasseurs alpins), Valloire assume son développement touristique. « L’étude ClimSnow a renforcé notre stratégie : le village a des atouts et encore 80 ans de ski devant lui avec 80 % du domaine skiable au-dessus de 1 900 m, des pistes en versant nord et des ressources en eau », argumente Jean-Marie Martin. « Quand on investit un an de chiffre d’affaires (20 M€ l’an dernier), on n’a pas le droit de se tromper. La nouvelle Sétaz est pensée pour les quarante ans qui viennent. »
Après cinq ans de réflexion, le remplacement d’un appareil qui datait de 1985 répond à des besoins actuels et des questions futures. « Une amélioration en fluidité avec deux fois moins de cabines (à une vitesse de 7 m/s, il faut moins de 5 minutes pour les 1 500 m de ligne), en confort pour le client (skis à l’intérieur, bâtiment refait avec une rampe à 5 % pour les PMR et les écoles de ski) et pour le quartier (motorisation en haut, rangement des cabines sans construction supplémentaire) », résume Christophe Dupraz, directeur d’exploitation.
« Analyser les flux pour exploiter les zones les moins fréquentées »
« Après avoir étudié deux sites de départ et trois d’arrivées, nous avons gardé le même tracé et retenu la solution la moins impactante pour le client, le service et l’environnement », renchérit Fabrice Rivière, directeur de la Sem. Plutôt que rallonger la ligne, le débit a été optimisé (de 1 800 à 2 400 personnes/heure). « Pour l’instant, ça va favoriser le ski sur le premier tronçon, sous-utilisé. Cette réalisation rejoint notre réflexion pour, demain, remonter l’altitude moyenne du domaine et mettre les jardins d’écoles de ski en haut », avoue le PDG de la Sem. « L’idée est de conserver un domaine skiable performant, d’analyser les flux pour exploiter les zones les moins fréquentées. »
D’où une réflexion, revue chaque année en fonction de différentes études, sur le réseau de remontées. « Dans les projets, il y a un télésiège six places débrayable en Brive 2, un ou deux télésièges à la place de longs téléskis sur le secteur Grand plateau, et enfin la télécabine de la Brive sur le Crey du Quart. »

« Sans ski, l’équilibre économique va s’effondrer »
« Le village (1 200 habitants) vit par et autour du domaine skiable. Sans ski, l’équilibre économique va s’effondrer », renchérit Éric Viallet, directeur du service des pistes. « On a bien conscience du réchauffement climatique. Il y a sept ans, on a fait le choix d’investir 7 M€ dans la neige de culture. Avec 500 enneigeurs et 55 % du domaine couvert, Valloire est dans les stations les plus performantes de France.» Un choix conforté par ClimSnow et surtout une étude sur la ressource en eau pour la vallée, avec EDF, l’Inrae et Météo France. « Avec cette étude sur le modèle ClimSnow, à notre demande, en se projetant à l’échéance du siècle, nous avons été précurseurs en la matière.»
Elle a permis de mettre en évidence que le prélèvement pour la neige de culture impacte 0,02 % de la ressource et de fixer le taux d’évaporation à 16 %. De développement durable, il en est aussi question avec le projet à horizon 2027-28 d’une station de transfert d’énergie par pompage (10 M€). « En turbinant, à la descente, l’eau d’une retenue collinaire, on peut produire 3,7 MWh en 2 h 30 et surtout équilibrer le réseau énergétique. C’est un outil de stockage qui intéresse le prestataire du réseau, mais aussi d’autres acteurs », assure Fabrice Rivière, mettant le ski au service de la collectivité.
« Le ski est une des plus belles occupations sportives et de loisirs », conclut le maire, Jean-Pierre Rougeaux. « Que les habitants gardent leurs qualités de résistance, de résilience et de bon sens pour pérenniser ce que nos prédécesseurs se sont appliqué à faire depuis 90 ans : la seule ressource pour vivre à 1 400 m, c’est le tourisme. »
Avec son PLU de 2016, la commune a affirmé sa volonté en matière d’immobilier : rénover le vieux bâti, favoriser la rénovation des lits chauds, limiter les résidences secondaires, limiter les promoteurs.
« Depuis cinq ans, nous n’avons pas perdu de lits (16 500), nous avons même conquis mille lits réchauffés, sans construire », insiste Jean-Marie Martin.
Côté projet, le Club Med est toujours d’actualité (mais bloqué par l’annulation du Scot). Quant à l’imbroglio autour de l’hôtel de la Sétaz, dont la reconstruction est en plan, la commune a préempté afin que le bâti reste bien en lits hôteliers.
Article issu du Dauphiné Libéré


