Un sanctuaire d’archives glaciaires inauguré près du Pôle Sud : qu’est-ce que c’est ?

C’était à la fin de l’été 2016. Une équipe internationale comptant des chercheurs du CNRS de Grenoble jouait les alpinistes pour prélever au col du Dôme, à 4 300 m d’altitude, 500 mètres sous le mont Blanc, jusqu’à 130 mètres de fond, une glace renfermant des traces de césium 137, témoins du passage de Tchernobyl ou de pb 210, conséquence des essais nucléaires des années 60, mais aussi des métaux lourds ou des acides.

Car nos glaciers de montagne constituent une véritable mémoire menacée par le réchauffement , captant polluants, bactéries et virus. Quoi qu’il arrive à la fin du siècle la moitié d’entre eux auront disparu et avec des millénaires d’informations environnementales essentielles pour comprendre les évolutions du climat.

Ces échantillons, véritables capsules temporelles contenant l’atmosphère du passé, ont d’abord été transportés par hélicoptère puis camion frigorifique vers le lieu d’un long transit : les chambres froides d’une société de produits surgelés au Fontanil près de Grenoble (Isère). On ne s’étonnera pas que Findus fût, avec le prince Albert de Monaco, partenaire de l’opération Ice Memory, initiée entre autres par l’Université Grenoble Alpes qui accueille la fondation dédiée au projet.

Ces derniers mois ont été opérés les premiers transferts des carottes de 10 cm de diamètre par raid logistique vers leur destination finale, au bout du monde : un congélateur naturel géant, creusé à 3 200 m d’altitude sur le plateau antarctique. Ce mercredi, dix ans après son lancement, le programme franco-italien touchait au but avec l’inauguration de son fameux sanctuaire. Une bibliothèque des archives climatiques de la planète longue de 35 mètres, entièrement creusée dans les couches de neige compacte, à une profondeur de 9 mètres avec l’appui logistique de l’Institut polaire français (IPEV).

Après un voyage de plus de cinquante jours qui a débuté à Trieste (Italie), deux premières précieuses carottes de glace sont arrivées avec succès à la station franco-italienne Concordia. L’une prélevée en 2016 sur le massif du Mont Blanc et l’autre au Grand Combin (Suisse) en 2025 ont quitté l’Europe et Trieste (Italie) mi-octobre à bord du brise-glace italien Laura Bassi. Le trésor d’1,7 tonne de glace a été maintenu à -20 °C.

Après avoir traversé la Méditerranée, l’Atlantique, le Pacifique puis l’océan Austral et la mer de Ross, l’expédition a atteint la station italienne Mario Zucchelli le 7 décembre 2025. Depuis la station côtière, un vol spécial a permis d’acheminer les échantillons vers Concordia et la cave où ils devraient être conservés pour des siècles par une température avoisinant -52 °C toute l’année.

Photo Ricardo Selvatico-Ice Memory Fou
Photo Ricardo Selvatico-Ice Memory Fou

Objectif : échantillonner 20 glaciers en 20 ans

Une bibliothèque souterraine près du Pôle Sud, qui attendra d’autres pans de l’histoire atmosphérique de l’humanité, venus de Bolivie , du glacier de l’Illimani à 6 300 mètres d’altitude, (18 000 ans d’archives climatiques) de l’Elbrouz au Caucase, de l’Altaï, du Svalbard, prélevée par 79° de latitude nord et de Suisse, au mont Rose où les températures inédites ont compliqué les prélèvements. En tout, une dizaine d’opérations ont déjà été réalisées.

Le stockage de ces premières carottes patrimoniales marque un moment charnière pour le projet Ice Memory lancé en 2015 par le CNRS, l’université Grenoble-Alpes, l’université Ca’Foscari de Venise (Italie) ou l’Institut Paul Scherrer (Suisse) qui a pour ambition de préserver la glace de montagne pour les futures générations de scientifiques.

« Ces archives pourront continuer de guider les décisions politiques nécessaires pour adopter les bonnes trajectoires environnementales » indiquent les acteurs du projet. Mais pour boucler un ambitieux programme, échantillonner 20 glaciers en 20 ans , la Fondation Ice Memory et ses partenaires accélèrent leurs efforts. Il s’agit d’élargir la collection et définir un cadre de gouvernance international. Et d’appeler la communauté scientifique mondiale, les instituts de recherche, les décideurs et les partenaires financiers à agir de toute urgence. « Nous sommes la dernière génération qui peut agir », rappelle Anne-Catherine Ohlmann, directrice de la Fondation Ice Memory.

Article issu du Dauphiné Libéré

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