À 2 h 45 du matin, il part damer les pistes : plongée dans la nuit d’un pilote de dameuse

Au beau milieu de la nuit, dans la paisible station de La Féclaz, une petite lumière scintille au loin en direction de la station du Revard. Bonnet vissé sur la tête, gants enfilés et emmitouflé dans une veste aux couleurs du domaine Savoie Grand Revard, Romain Emonet prend son service. Il est 2 h 45 et il vient de démarrer son outil de travail : une dameuse. Contrôle du liquide de refroidissement, de l’huile moteur et du carburant… Tout est ok. La machine peut être lancée « Un gros joujou que l’on conduit avec un joystick et un volant. Comme une PlayStation », rigole le pilote, regard rivé sur le parcours du jour. Quotidiennement, c’est un défi pour ouvrir l’un des plus grands domaines de ski de fond de France, avec ses près de 150 kilomètres de pistes.

Au programme, un peu plus de 50 kilomètres à damer pour Romain Emonet en six heures. Mais ce mardi 17 février, les conditions météorologiques sont particulières. Près de 15 centimètres de neige sont tombés avant sa prise de service et les flocons continuent de tomber dru. « C’est rare de damer dans ces circonstances. » La visibilité est réduite, il est difficile de voir le tracé. Son expérience lui permet de deviner les chemins sinueux à travers les arbres.

Photo Arthur Thiery
Photo Arthur Thiery

« Intrigué par ses lumières qui brillaient durant la nuit »

Depuis désormais 10 ans, chaque hiver, celui qui a grandi dans l’Albanais embarque dans une dameuse. Une véritable passion. « Chez mes parents, quand j’étais petit, j’habitais à Saint-Félix. J’apercevais le Semnoz au loin. J’étais intrigué par ses lumières qui brillaient durant la nuit. »

À 21 ans, il monte pour la première fois dans cet appareil hors norme. Tout terrain, celui-ci peut franchir des montagnes de neige. Après un premier tour, il ne veut plus jamais en redescendre. Désormais, à chaque période hivernale, il est appelé pour bichonner les pistes. En une semaine, il est formé pour appréhender l’automate. Pas besoin d’un permis mais il faut connaître sur le bout des doigts une multitude de boutons sur le tableau de bord.

Une donnée supplémentaire à prendre en compte surtout quand les conditions climatiques ne sont pas bonnes. Comme mardi 17 février. Les minutes filent et Romain Emonet arpente difficilement les chemins. Par radio, les dameurs restent en contact. De l’autre côté du fil, son collègue fait face à des complications également. « Nous sommes solidaires entre nous. Il n’est pas question de laisser un collègue en difficulté », appuie celui qui, en parallèle, élève des chèvres. Depuis trois ans, il est installé au Noyer avec une quarantaine de bêtes.

« C’est tellement plaisant. Un vrai kif »

Malgré une dizaine d’années d’expérience, l’éleveur ne se lasse pas des tours de piste. « C’est toujours le même plaisir d’être seul dans la bécane. La nuit, c’est paisible. Les paysages sont silencieux. C’est tellement plaisant. Un vrai kif. » Quelques traces sont visibles sur le sol avant le passage de la dameuse. Ce sont des pas d’animaux sauvages. Il n’est pas rare que les saisonniers en croisent sur le chemin. Lorsque le soleil pointe le bout de son nez, ils s’engouffrent dans la forêt.

Car à 9 heures, les premiers clients font leur entrée sur le circuit. Ce jour, une partie n’est pas encore totalement ouverte du fait des difficultés météorologiques auxquelles les dameurs font face. À 10 heures, Romain Emonet effectue un dernier tour de piste. De retour au garage, il vérifie quelques réglages avant d’éteindre le moteur. Car demain, il faudra damer de nouveau.

Article issu du Dauphiné Libéré

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