Installée à une table en attendant des clients, Blandine regarde son snack, posé en bordure du lac de la Buissonnière : « Ici, l’hiver, c’est une piste de ski ». Construite en bois, la Petite cantine – puisque c’est son nom – ne vit en effet que quelques semaines dans l’année, le temps de la saison estivale.
Car ici, nous sommes aux Deux-Alpes, à 1 600 m d’altitude. Privilège des sommets, le plan d’eau, artificiel, compense sa petite taille – 3 000 m² environ – par un panorama exceptionnel : la roche de la Muzelle, piton emblématique des Écrins, d’un côté ; le lac du Chambon et les pics des Grandes Rousses, de l’autre.
« C’est un joli jardin, non ? »
C’est d’ailleurs ce qui a motivé la commerçante, installée depuis 20 ans dans la station, à reprendre la gérance de la petite cahute pour un deuxième été consécutif : « Je peux venir travailler avec mes filles de 9 et 14 ans, je les laisse faire leur vie en les surveillant de loin. C’est un joli jardin, non ? »
Il faut dire qu’outre la vue, il y a de quoi s’occuper autour du lac. Jeux pour enfants, cascade et jets d’eau, tennis de table, boulodrome, tables d’orientation et de pique-nique, barbecues, sentiers de randonnée et VTT figurent au rayon des activités. Avec la baignade, évidemment. Surveillée depuis le début des vacances scolaires par des sauveteurs secouristes, elle pouvait se faire aux risques et périls des usagers avant. Qui, à la faveur des fortes chaleurs du début d’été, ne se font pas prier.
Puisqu’il est sous la neige une partie de l’année, le lac de la Buissonnière et ses abords ont besoin d’un temps de préparation conséquent avant d’accueillir les estivants.
Il faut entre 3 et 4 semaines aux services techniques pour le rendre opérationnel. Nettoyage général, contrôle des installations et vérifications des pompes rythment la fin du printemps, avant la réinstallation des équipements provisoires : sanitaires, chalets des sauveteurs secouristes, tables de pique-nique et de ping-pong, signalétique.
Enfin, pendant la saison, le site fait l’objet d’un entretien au quotidien, notamment pour le suivi de la qualité de l’eau.
« L’eau n’est pas trop froide, ni trop chaude »
Il en est ainsi d’Alexandre, qui vit et travaille à Grenoble. « Pas du tout montagnard », il est monté spécialement en Oisans trois jours pour fuir la canicule. « Il fait bien moins chaud ici, constate-t-il avec satisfaction. Les autres lacs sont trop en plaine, ici, l’eau n’est pas trop froide, ni trop chaude, c’est vraiment une agréable surprise ».
Avec sa surface restreinte et sa profondeur relative (1,70 m), la Buissonnière regagne rapidement les degrés perdus une fois le soleil couché.
Ces caractéristiques, et sa localisation excentrée, font que de nombreux touristes ignorent son existence. Pour mieux le faire connaître, l’office de tourisme en a fait le point de départ de plusieurs balades thématiques. Et tous les samedis soirs des vacances, une toile est tendue sur la plage pour transformer les rives du lac en salle de cinéma en plein air.
Guido, venu avec des familles et des amis depuis le sud de l’Italie, n’a pas eu besoin de cette publicité pour découvrir les lieux : l’Italien connaît la station comme sa poche, lui qui la fréquente été comme hiver depuis des années. « D’habitude, je fais du snowboard sur le glacier l’été, explique-t-il. Cette année, pour la première fois, je n’y monte pas, on se met au VTT avec les enfants ».
Avec un crochet bienvenu au lac pour terminer la balade, « idéal pour se rafraîchir après les descentes », se réjouit l’Italien, qui embrasse l’horizon du regard : « Le petit chemin bucolique avec les fleurs, la vue magnifique sur les montagnes… C’est merveilleux ». Parole de connaisseur.
Article issu du Dauphiné Libéré


