Comme souvent, en altitude, le baromètre des tendances vient de la capitale des cimes. Depuis 2018, Chamonix a gagné 10 % de nuitées (8,5 millions en 2025). Mais alors que l’hiver plafonne (+4,8 %), l’été a bondi de 11 %, et les intersaisons ne sont pas en reste : +8,7 % pour le printemps et même +28 % à l’automne, nouvelle saison touristique. Bref deux tiers de la fréquentation se jouent hors hiver dans ce qui fut à l’origine une station estivale avant d’être un haut lieu des sports d’hiver à partir de 1924.
Bien sûr, la ville-station haut-savoyarde est atypique dans un panorama montagnard, où l’or blanc reste la première ressource. Au pied du mont Blanc, comme en Suisse, se presse une clientèle excursionniste qui emprunte trains à crémaillère ou téléphériques, pour admirer paysages grandioses et glaciers en souffrance. Mais bientôt Chamonix n’aura plus le monopole.
Car, avec le rétrécissement des saisons de ski, la raréfaction de l’enneigement et la hausse des températures qui font des massifs des refuges climatiques, toutes les destinations doivent satisfaire une demande grandissante sur l’été. Même dans les massifs les plus méridionaux et les moins hauts.
Les vautours de la Drôme
En matière de diversification les six stations de la Drôme font figure d’éclaireurs depuis 20 ans. « Les journées skieurs déclinent, même si l’hiver représente encore 60 % des recettes, quand parallèlement la fréquentation estivale croît de 5 à 10 % depuis 2010 », explique Nicolas Betton, chargé de promotion du massif.
Avec des afflux de piétons contemplatifs en période de canicule. D’où le développement en multi-activité du site nordique Raphaël Poirée (VTT électrique), et du col de Rousset, où dans les deux ans, depuis le sommet du télésiège, des excursionnistes pourront profiter d’un sentier panoramique et de belvédères panoramiques sur le thème des vautours qui peuplent les falaises du Vercors sud, seul endroit où l’on peut admirer quatre types de rapaces. Comme les touristes du Montenvers admirent la Mer de Glace.
Le plus grand bike park d’Europe à Avoriaz
Un peu partout le vélo, sur routes ou sentiers, est une arme massive de diversification. Les Portes du Soleil entre Haute-Savoie et Suisse, avec 23 remontées mécaniques ouvertes aux VTT donnent le la. « On a le plus grand bike park d’Europe, et on talonne Whistler au Canada » dixit Laurie Eloy, à l’office de tourisme d’Avoriaz. Depuis la sortie du Covid, la station a gagné 1 million de passages de vététistes, +23 % l’été dernier.
Clientèle plus “cheap” (moins dépensière) qu’en hiver ? Pas si vite. En bas à Morzine, Bruno Cherblanc le directeur de l’OT précise que certains magasins de sports font plus de recettes qu’en hiver : « La location d’un VTT de descente, c’est 120 € la journée. » Depuis 2008, cet expert assiste à la croissance de la saison estivale qui pèse désormais plus du tiers des nuitées de sa station. « Les saisons d’hiver, on n’arrivera pas à les allonger. La marge est sur l’été. » Le potentiel de croissance est là.
Même en Tarentaise, dans les stations du plan neige. « Aux Arcs, nos pères fondateurs avaient conçu la destination comme un resort de montagne pas une station de ski », explique Éric Chevalier, le directeur de l’office de tourisme. Ski sur herbe, deltaplane, golf… Développé il y a dix ans, le pass multi-activités s’appuyait sur trente ans d’expérience et prend un virage plus familial.
VTT électrique en Savoie : un itinéraire de 40 km pour 1 780 m de dénivelé positif
Le bureau des Chapieux sur le tour du Mont-Blanc, must des randonneurs, est désormais le plus fréquenté de Bourg-Saint-Maurice. Et la saison démarre désormais en juin, avec au milieu du mois le grand festival Vélo vert. Dans cette Haute Tarentaise, la mobilité par le cycle est la grande tendance, avec l’ouverture d’un itinéraire pour vélo tout-terrain à assistance électrique reliant Bourg-Saint-Maurice à Tignes, via Sainte-Foy-Tarentaise et les hameaux types des Gures ou du Monal. La Fario c’est du costaud : 40 km pour 1 780 m de dénivelé positif et des bornes de recharge tout au long du parcours.
En Isère, Allevard la thermale n’est plus cette belle endormie. La station de Belledonne se dote d’un hôtel de standing, la Source du Parc, avec séjours bien-être, et d’une école de trail, pour préparer l’Échappée belle, la fameuse course qui traverse le massif entre Romanche et Maurienne.
En face, en Chartreuse, il y a longtemps que l’été pèse plus que l’hiver, le ski étant désormais géré de manière associative. Ce massif de caractère sauvage propose des stages et séjour pour réparer les organismes de “l’épuisement professionnel”.

Aux Deux Alpes, le Jandri est en activité 9 mois sur 12
Oui, la montagne à la belle saison doit accueillir plus de monde. Une clientèle qu’à l’Alpe d’Huez on veut travailler et former. Longtemps l’événementiel a stimulé l’activité hors neige. « L’Alpe, terre de vélo et terre d’événements ». Trente, rien que cet été ! Mais la station veut désormais capter davantage une clientèle de séjour et s’adapte à une nouvelle demande en quête de tourisme climatique et de pédagogie, avec des stages pour apprendre le bivouac ou le vivre en paroi. Histoire de gommer une image trop sportive qui peut rebuter.
En face, aux 2 Alpes, on casse carrément les saisons et on révolutionne l’activité du domaine qui, avec son super téléphérique en direction du glacier du Jandri, permet une activité neuf mois sur douze. Le ski d’été glisse vers le printemps. Jusqu’à fin août, une nouvelle clientèle se hisse à 3 400 m vers le belvédère des Écrins et sa grotte de glace. « Un voyage vers la haute altitude, un peu comme à Chamonix », selon les mots de Fabien Perez, le directeur de l’office. Cet étalement sur les ailes de saison est encore expérimental pour les commerçants de la station qui ouvrent une voie, alors que l’été pèse déjà un quart des nuitées.
Plus bas, à Praz-sur-Arly en Haute-Savoie, entre Mont-Blanc, Beaufortain et Aravis, on parle carrément de percée excursionniste estivale à propos de ce public qui, depuis deux étés, vient se baigner dans un plan d’eau qui l’hiver sert à produire de la neige de culture. Grande première.
Article issu du Dauphiné Libéré


