1733 mètres de dénivelé : connaissez-vous le gouffre le plus profond de France ?

Perdu dans l’immensité calcaire du massif du Criou, à Samoëns en Haute-Savoie, le gouffre Mirolda n’est pas seulement un symbole de la spéléologie française : il incarne l’esprit d’aventure, de curiosité et de dépassement des hommes qui s’enfoncent toujours un peu plus loin sous la surface de la Terre. Avec 1 733 mètres de profondeur explorée, cette cavité karstique est aujourd’hui reconnue comme le plus profond gouffre de France.

Et pourtant, malgré son statut quasi mythique dans le monde de la spéléologie, Mirolda demeure méconnu du grand public. Il n’y a ni panneaux touristiques flamboyants ni sentiers balisés qui mènent à son entrée : juste la montagne, ses alpages, ses couloirs d’avalanche et le mystère d’un réseau souterrain qui s’élance vers des profondeurs encore inexplorées.

La découverte : un jeune berger curieux en 1971

L’histoire de Mirolda commence dans les années 1970, non pas dans un laboratoire géologique ou lors d’une grande expédition scientifique, mais par la curiosité d’un jeune berger de Samoëns. En 1971, Marc Degrinis, patrouillant sur les alpages du massif du Criou, remarque une fissure intrigante à quelque 1 880 mètres d’altitude. Cette ouverture, presque invisible dans le paysage alpestre, allait bientôt passionner des dizaines de spéléologues.

Ce n’est qu’après que des spéléologues se soient attelés à élargir l’entrée et à descendre les premières dizaines de mètres que l’immensité du gouffre commence à émerger. Au fil des années 1970 et 1980, les explorations s’enfoncent progressivement dans ce monde souterrain complexe, progressant par paliers, désobstructions et jonctions avec d’autres réseaux. Ce travail patient et titanesque révèle une rivière souterraine, des galeries immenses et des puits qui semblent sans fin.

Photo Ursus
Photo Ursus

L’origine singulière d’un nom chargé d’hommages

Le nom « Mirolda » n’est pas une appellation locale ancienne ni une adaptation géographique. Il est formé à partir des premières lettres des prénoms de trois spéléologues rhodaniens (Michel Schmidt, Roland Chenevier et Daniel Trouilleux) tous trois disparu tragiquement lors d’une crue dans une autre grotte, celle de Gournier dans le massif du Vercors en 1976.

Leur souvenir a été ainsi gravé dans une des cavités les plus extrêmes connues en France, un hommage silencieux mais poignant à ceux qui ont donné leur passion, parfois jusqu’au prix ultime.

Un record mondial pendant quelques mois

Au tournant des années 1990 et 2000, les équipes exploratoires atteignent des profondeurs records pour l’époque. En 1998, le gouffre dépasse les 1 610 mètres de dénivelé, et ce record provisoire attire l’attention des spécialistes du monde entier. Mais c’est en janvier 2003, après l’exploration d’un siphon terminal particulièrement délicat, que le plongeur souterrain Michel Philips franchit avec son équipement, que Mirolda atteint 1 733 mètres de profondeur explorée, un record du monde de profondeur de cavité naturelle à ce moment-là.

Ce titre mondial n’aura toutefois été que temporaire. Il est perdu en juillet 2004 au profit du gouffre Krubera-Voronja en Géorgie (moins de 100 kilomètres au sud de Sotchi). Depuis août 2024, sa profondeur totale est estimée à 2224 mètres. Mirolda conserve quand même aujourd’hui le statut incontesté de gouffre le plus profond de France.

Un intérêt touristique limité

Après la perte de ce record, ce gouffre est rapidement retombé dans l’oubli. Le site, technique, n’a d’intérêt esthétique que pour les amateurs. Mais surtout, les spéléologues espéraient trouver une sortie au pied du Criou. Manqué : la sortie se fait toujours par le chemin inverse, de quoi décourager bon nombre de passionnés…

Au cœur du massif du Criou, le gouffre Mirolda reste l’un des trésors les plus méconnus de la montagne française. Gouffre le plus profond de France, record mondial un temps, il incarne une facette spectaculaire et confidentielle de la Haute-Savoie, loin du tourisme de masse. Son histoire, marquée par la curiosité d’un berger, l’engagement de générations de spéléologues et des explorations extrêmes jusqu’à plus de 1 700 mètres de profondeur, rappelle que les Alpes recèlent encore de vastes territoires invisibles.

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