« Oui, nous avons créé le premier stade de neige de France. » La station qui culmine à 1 807 mètres d’altitude, c’est un peu la résidence secondaire de Christian Collavet. Mais avant d’en devenir le directeur, il a fallu pas mal d’huile de coude. « J’étais le premier embauché et, pour commencer les travaux, mon père a dû m’amener là-haut en tracteur parce qu’il n’y avait pas encore de route. »
Dans les années 50 et 60, Lans-en-Vercors avait certes bien son domaine skiable mais il se cantonnait alors à “l’Aigle”, au niveau du village, avec trois téléskis à l’origine appartenant à trois propriétaires différents. Il fallait donc acheter trois forfaits !
« L’idée d’un domaine en altitude était présente depuis les années 60 », rappelle Christian Collavet. Un huissier passait même chaque hiver noter scrupuleusement la hauteur de neige ! Mais de l’idée à la réalisation, il y avait un pas à franchir. « Une entreprise privée proposait de financer la route contre l’acquisition d’hectares pour construire des immeubles. Mais le Parc du Vercors a mis le holà et ça a capoté. Heureusement car aujourd’hui, ça aurait été la catastrophe ».
Des téléskis vont finalement pousser en 1975 à vitesse grand V « mais pas de télésièges, le Département s’y était opposé car les scolaires n’avaient pas le droit de les emprunter », explique Norbert Ingold, toujours moniteur.

« Une station conçue pour apprendre le ski et progresser »
Ainsi naquit donc le stade de neige premier du nom qui fête son cinquantenaire cette année , « ça permettait de garder les hébergements et l’activité au village et aux jeunes d’y travailler », souligne Pierre Revollet. Il faut dire qu’à l’époque, Lans était riche de huit hôtels et… 32 maisons d’enfants !
En quelques mois, chose absolument inimaginable aujourd’hui, « on a déboisé, terrassé, fait des tranchées, posé cinq téléskis, les pylônes, etc., se remémore Christian Collavet. Et le génie civil, on le faisait à la pelle et à la pioche ! C’était plus simple. » Entendez par là qu’il y avait moins de contraintes administratives. Norbert Ingold illustre : « Un jour, le conseil municipal a voté l’achat d’une dameuse ; elle était stationnée sur la place, juste devant la mairie ! » Christian Collavet abonde : « Si les écolos avaient existé, y’aurait jamais eu de station… » Mais pour sortir le domaine skiable de terre et l’animer en saison, « fallait y aller, renchérit Pierre Revollet. On bossait 48 heures par semaine et le samedi, on faisait des heures sup ! »

La première année, malgré un enneigement déficitaire, 50 000 forfaits sont vendus, contre 65 500 l’hiver dernier. « On avait démarché toutes les écoles et les comités d’entreprise de l’Isère et de la Drôme, glisse Norbert Ingold, toujours moniteur ESF. C’est vraiment une station qui a été conçue pour apprendre le ski et progresser, l’outil est impeccable pour ça. Et pour enseigner y’a pas mieux. » Et il insiste, taquin : « Cette aventure du stade de neige, tous les habitants étaient à fond. Si un seul avait été contre, il n’aurait de toute façon pas été bien ! »
Article issu du Dauphiné Libéré