Imaginez une station de ski en 1951. Jusqu’ici, pour grimper la montagne, il fallait se contenter de tire-fesses rudimentaires qui tiraient péniblement quelques skieurs à la fois.
Et puis, soudain, vos yeux se posent sur un appareil incroyable : des cabines fermées, suspendues dans les airs, qui s’élèvent doucement vers le sommet. Une véritable « voiture volante » sur les pentes.
Où pouvait-on voir une telle innovation pour la première fois en France ?

Avant la télécabine : des solutions encore artisanales
Avant 1951, les remontées mécaniques françaises étaient limitées et expérimentales. Dans les années 1930, les premiers téléskis apparaissent : au col de Porte en Chartreuse, puis à l’Alpe d’Huez avec des perches débrayables, permettant aux skieurs de monter sans effort, mais sur de courtes distances et avec peu de confort.
Ces appareils, parfois tirés par des moteurs modestes, étaient encore très artisanaux. À l’étranger, les télésièges font leur apparition à Sun Valley aux États-Unis en 1936 et arrivent en France en 1947 aux Gets. Ces innovations préparent le terrain, mais rien ne laisse présager qu’une véritable « voiture volante » allait bientôt changer la donne.

La naissance du « télévoiture » de la Cote 2000
Cette révolution a lieu à Villard-de-Lans, dans le Vercors. La station ouvre sa première télécabine en 1951, surnommée « télévoiture » de la Cote 2000. Conçue par Pierre Mancini et son entreprise Câbles & Monorails, l’installation repose sur une technologie italienne de cabines débrayables.
Le système permet de transporter plusieurs skieurs assis dans des cabines fermées, offrant un confort et une sécurité inédits pour l’époque. Avec 60 cabines biplaces et un débit de 326 skieurs par heure, l’appareil transforme l’accès aux pistes et réduit considérablement l’effort pour gravir le domaine.
Villard-de-Lans, au nord du Vercors, s’impose dès le début du XXe siècle comme un lieu privilégié pour les séjours en montagne. Entre prairies d’altitude et panoramas sur la Grande Moucherolle et le roc Cornafion, le village attire une clientèle urbaine à la recherche de fraîcheur et de bien-être.
La neige, d’abord contemplative, devient progressivement un terrain de jeu pour le ski. Dès 1907, l’armée y organise un concours de ski, suivi en 1909 de la création du premier club local. Dans les années 1930, la pratique de la descente se développe sur différents prés autour du bourg et sur les pentes de la Cote 2000, préparant le terrain pour les premières remontées mécaniques.
Un chantier hors norme pour l’époque
La construction du « télévoiture » est un exploit technique. Les travaux commencent en octobre 1950, avec un téléphérique provisoire pour transporter le matériel jusqu’aux sommets. En seulement cinq mois, malgré l’hiver rigoureux et le terrain escarpé, la télécabine est prête à fonctionner. Les Villardiens assistent à l’inauguration avec fascination : voir ces cabines colorées s’élever doucement au-dessus des pentes enneigées donne l’impression d’observer un appareil d’un autre temps, presque futuriste.

Station cote 2000. Le Balcon de Villard Photo Stéphane Pillaud
Une révolution pour le ski et la station
Le 6 mars 1951, le « télévoiture » entre officiellement en service commercial. Il dessert six pistes de difficulté variée et ouvre un stade d’initiation en altitude. Rapidement, la télécabine attire de nouveaux visiteurs et change la dynamique touristique de Villard-de-Lans. Ce petit bijou technique marque le début d’une nouvelle ère pour le ski en France : les skieurs peuvent enfin grimper la montagne confortablement, et la station devient un modèle pour les futures installations de remontées mécaniques.
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