Himalaya : à 4100 m d’altitude… 2 géologues de Grenoble sont tombés sur le yéti !

Il est moins haut que son voisin l’Everest. 364 m de moins à peu près. Et en plus il a été conquis deux ans après le toit du monde… Allez donc rester dans l’histoire quand vous êtes un sommet de l’Himalaya avec ces caractéristiques… Et bien malgré tout, on a envie de vous parler du Makalu.

Pourquoi donc ? D’abord parce qu’en mai 1955, ce sont des Français qui l’ont conquis. Et même si ce n’est pas le plus grand de l’Himalaya, essayez donc de vous y coller avant de trouver ça facile ! Et en plus cette expédition-là eut une particularité que l’Everest n’avait pas offert en 1953 à Edmund Hillary et Tensing Norgay. Un petit détail qui fit la Une des journaux. Ou plutôt une grosse empreinte…

Remontons donc le temps jusqu’au début du mois de juin 1955. Dans les milieux montagnards on sabre le champagne : le premier drapeau planté sur le Makalu est tricolore ! Le 15 mai Lionel Terray et Jean Couzy sont parvenus en premiers sur le 5e plus haut sommet au monde, réputé si difficile. Bon, en réalité ils ont oublié le drapeau, comme l’avouera Terray au Dauphiné Libéré… Pas grave, d’autres membres de l’expédition emmenés par Jean Franco ont remédié à cela le lendemain.

Deux géologues grenoblois ont accompagné les alpinistes

Comme nous sommes en 1955 et en plein Himalaya, la nouvelle a mis du temps pour atteindre Paris ou les Alpes. Le télégramme signé de Jean Franco le 18 mai est arrivé à New Delhi… le 27 mai. Et il a fallu encore 24 heures pour qu’elle parvienne en France. Autant dire qu’avec des délais pareils et à coups de télégrammes, pour connaître les détails de l’expédition il faut attendre…

Quand arrive juin, on se jette donc sur les premiers récits faits par Terray et les autres. Et pourtant le 5 juin, c’est ce que raconte un géologue qui fait la Une…

Car non seulement les Français ont voulu grimper, mais ils ont aussi souhaité faire une étude géologique de la région. Voilà pourquoi les géologues Michel Latreille et l’abbé Pierre Bordet ont accompagné les alpinistes. Et à la Une du Dauphiné Libéré du 5 juin, le Grenoblois Michel Latreille l’affirme : là, à 4100 m d’altitude… ils sont tombés sur le yéti !

Un « quadrupède d’environ 80 kilos ressemblant à un ours »

Oui, le mythique abominable homme des neiges, celui qui peuple les récits depuis années, celui contre qui notre dahu ne fait pas le poids, celui qui est même plus célèbre que Nessie dans le loch Ness, c’est dire !

Des années que le mythe perdure et que les alpinistes en rigolent plus ou moins. En juillet 1952 l’affaire a été jugée plus sérieuse quand des alpinistes suisses ont affirmé l’avoir vu. Un « quadrupède d’environ 80 kilos ressemblant à un ours ». À 5250 m, le Dr Wyss Dunant et ses compagnons ont observé un groupe de ces quadrupèdes sauter de rocher en rocher. Vrai ? Il y avait du brouillard. Mais le lendemain il y avait des traces de 30 cm sur 60…

Ces traces justement, voilà qu’elles réapparaissent en 1955 sous des yeux grenoblois ! Au Makalu, Latreille et Bordet ont quitté le camp de base dès le 8 mai, direction Katmandou. C’est arrivé en ville qu’ils racontent.

Le Makalu. Photo Flickr/European Space Agency
Le Makalu. Photo Flickr/European Space Agency

Des empreintes suivies pendant près d’un kilomètre

Au pied du Makalu, les deux géologues ont notamment parcouru la vallée de Barun. Et là, non, ils ne sont pas tombés nez à nez sur le yéti (sinon vous connaîtriez déjà cette histoire), mais ils ont repéré ses empreintes. Ils les ont suivies pendant près d’un kilomètre, jusqu’à ce que la neige cède la place aux rochers…

N’imaginez pas d’énormes empreintes, genre monstre. Non, selon Latreille, le pied du yéti fait à peu près la taille d’un pied humain. Avec Bordet en observant les traces, ils en ont déduit que la créature devait marcher debout sur ses pattes de derrière…

Est-ce bien sérieux ? Michel Latreille travaille à l’institut de géologie de Grenoble, c’est un scientifique, on a envie de le croire. Mais bon, comme il n’y a pas de preuve formelle, le doute subsiste et tout le monde sourit en lisant son histoire.

Le yéti pourrait être… un pygmée

La question demeure quand même, yéti ou pas yéti ? Le Français n’est pas le seul à évoquer « l’abominable homme des neiges ». Ce printemps-là dans l’Himalaya, tout le monde y va de son commentaire ou de son expérience. Selon la rumeur, l’alpiniste suisse Raymond Lambert l’aurait vu le 14 mai lors d’une ascension dans la vallée du Langtang. Finalement l’intéressé dément début juin.

En revanche il confirme que les habitants du coin sont persuadés que le yéti habite dans une grotte voisine. Son camarade d’expédition Jules Détry aurait bien aimé tomber dessus. Selon lui, le yéti pourrait être… un pygmée. Il en a vu au Congo Belge (actuelle RDC), rien à voir, d’accord ! Mais il affirme avoir croisé des populations pygmées dans l’Himalaya oriental et il juge que les descriptions faites par les sherpas correspondraient. Il n’a pas de preuve scientifique, mais c’est une hypothèse selon lui.

La question de madame yéti ?

Et puis une autre expédition se pose une question. Tout le monde parle du yéti… et si c’était madame yéti qu’il fallait dire ? Vous pensez que la parité est un sujet d’aujourd’hui, faux. En ce printemps 1955 les femmes sont en pleine conquête montagnarde. Une cordée écossaise, la première 100% féminine, vient ainsi d’atteindre un pic sans nom dans la chaîne du Ganesh Himal. À leur redescente début juin, on félicite la cheffe de l’expédition miss Jackson. Et le yéti revient sur la table…

Bingo, l’Ecossaise affirme avoir vu d’étranges traces, mais plus petites que celles décrites habituellement. « Nous avons décidé qu’elles devaient appartenir à la femelle de l’espèce » dit-elle en riant. Mais en bonne Ecossaise, elle s’est quand même intéressé sérieusement à la question. Après tout si Nessie vit dans le loch Ness, pas de raison que l’homme des neiges n’existe pas. Alors miss Jackson a causé de la question avec le sherpa qui l’accompagnait. Il lui a montré d’autres traces, encore plus petites. 10 cm, vraiment trop petit, miss Jackson était sceptique. Réplique du sherpa : « Si, si, il s’agit d’un yéti de 8 ans ».

Des empreintes de 81 cm sur 38 mesurées en 2019

Comme quoi le Grenoblois Latreille n’a pas rêvé ! D’ailleurs fin juin, nouvelle confirmation.

Cette fois c’est l’expédition de la Royal Air Force britannique qui s’en mêle. Dans son rapport, le colonel Smith l’écrit noir sur blanc : le yéti existe ! Dans le Penjab, il en a eu la preuve. En compagnie d’un sergent et d’un sherpa, il est tombé sur « la piste d’un animal exceptionnellement gros » à environ 4000 m d’altitude. « Il y avait de nombreuses traces de pas mesurant chacune une trentaine de centimètres sur quinze. L’examen a permis de conclure qu’elles avaient été faites par un bipède ayant à chaque pied cinq orteils. Les pieds de l’animal s’étaient enfoncés à une profondeur de 28 centimètres dans la neige alors que les pieds des membres de l’expédition ne s’enfonçaient que de quatre centimètres ».

Pour croire à tous ces récits il vous faudrait une preuve ultime ? Sachez qu’en 1960 c’est pour cette raison qu’une illustre encyclopédie finance une expédition menée par Edmund Hillary. Le vainqueur de l’Everest trouve alors aussi de multiples traces. Mais lui conclut à des traces d’animaux déformées par le soleil agissant sur la neige…

Vous êtes donc libre de croire au yéti ou non. Sachez pour conclure que les dernières nouvelles de l’abominable homme des neiges datent de 2019. Ce printemps-là des militaires de l’armée indienne ont repéré des empreintes de 81 cm sur 38… près du camp de base du Makalu. La piste la plus sérieuse est donc peut-être bien celle du Grenoblois Latreille !

Article issu du Dauphiné Libéré

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