Le trail, c’est forcément en montagne ? Le débat existe

Parlez “trail” à quiconque, il y a de fortes chances que son esprit l’emmène sur des sentiers rocailleux en haute altitude.

L’imaginaire collectif est forgé par les grands rendez-vous de montagne : l’UTMB, la Diagonale des Fous, la Western States et le Hardrock… On a comme l’impression que la montagne donne au trail toutes ses figures, son décor, ou ses histoires.

En fait, la discipline s’est largement démocratisée, jusqu’à devenir un mot fourre-tout. Derrière ce succès, une question de fond : faut-il forcément courir en montagne pour faire du trail ? 

UTMB. Photo Grégory Yetchmeniza / Le DL
UTMB. Photo Grégory Yetchmeniza / Le DL

Trois arguments pour dire que le trail, c’est en montagne

1. Le dénivelé fait l’essence du trail

Gravir, descendre, gérer ses appuis, sa respiration, son rythme. Le dénivelé change profondément la nature de l’effort. Sans relief, difficile de parler d’ultra-endurance ou de gestion fine du parcours.

2. L’histoire du trail s’est écrite en altitude

Les courses qui ont façonné la légende du trail se jouent en montagne : UTMB, Diagonale des Fous, Hardrock, Western States. Les figures du sport, comme Kilian Jornet, Xavier Thevenard ou Jim Walmsley, se sont faites connaître en altitude. C’est ce décor qui a bâti la culture du trail.

3. Le mot “trail” marque une rupture avec la course à pied classique

Pierres, racines, crêtes, passages techniques : ici, on ne parle plus d’un simple footing. Le mot “trail” vient alors nommer cette différence. Il sert à se démarquer de la course à pied traditionnelle, celle du bitume ou des chemins roulants. Et dans cette logique, la montagne incarne le mieux cette rupture.

Trois arguments pour dire que le trail, c’est partout

1. L’étymologie

Le terme “trail” est la contraction anglaise de trail running, littéralement “course sur sentier”. Ce qui définit la discipline, ce n’est pas l’altitude, mais le type de terrain : chemins, monotraces, pistes, boue, herbe, sable ou rochers, avec ou sans dénivelé.

2. Les sources officielles

Selon l’ITRA (International Trail Running Association), un trail se court hors bitume, sur un parcours à majorité naturelle, avec un minimum de revêtement goudronné (moins de 20 %). Rien n’impose un cadre montagnard. On parle ainsi de trail urbain (dans les escaliers et parcs), de trail forestier (comme l’Écotrail de Paris), de trail littoral (Trail des falaises, Côte d’Opale), ou encore de trail en plaine.

3. La majorité des courses ne sont pas alpines

En France, l’écrasante majorité des trails organisés se déroulent en dehors de la haute montagne. Les régions comme la Bretagne, la Normandie, les Landes ou la Bourgogne offrent des milliers de kilomètres de sentiers adaptés.

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Réponse : non, mais…

Sur le papier, le débat ne devrait même pas exister. Pour la FFA comme pour l’ITRA, un trail se définit par sa nature (sentiers, terrains non bitumés, environnements variés) et non par sa topographie. La plaine, les dunes ou les collines entrent pleinement dans ce cadre. L’altitude n’est pas un critère.

Mais si le débat continue de diviser, c’est parce que le mot “trail” lui-même est jeune. Il est apparu dans les années 1990 en France, avec l’essor de cette nouvelle manière de courir. Et comme toute pratique émergente, le vocabulaire a évolué en même temps que les usages. 

Or, ce sont les grandes courses de montagne qui ont le plus marqué les esprits et imposé leurs images. Dès lors, l’imaginaire montagnard s’est greffé au mot, au point de le redéfinir dans la tête de nombreux coureurs.

Alors le langage va-t-il finir par naturellement accompagner le mot « trail » d’adjectifs plus spécifiques comme « trail alpin » ou « trail forestier » ? Ou continuera-t-on d’utiliser ce mot-valise, au risque d’entretenir la confusion ?

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