Montagne : « Il va peut-être falloir abandonner un certain nombre de routes »

Chaussées qui se fissurent, rochers qui déboulent, coulées de neige ou de boue qui dévalent… Le dérèglement climatique n’épargne pas nos routes. Notamment en montagne où les infrastructures sont particulièrement vulnérables.

« Au XXe siècle, on a beaucoup amélioré nos routes de montagne, mais amélioré entre guillemets, parce qu’on les a construites davantage en fond de vallée, voire en coteau ou à flanc de falaise. Certes ces grands travaux ont permis, pour beaucoup, de réduire les temps de parcours, mais ils ont aussi fragilisé ces voies de communication par rapport au risque gravitaire. Avec le contexte de changement climatique, on le paye aujourd’hui », explique Serge Taboulot, président de l’Institut des risques majeurs (IRMa).

Des événements susceptibles de bloquer la circulation qui se sont accentués, surtout avec le phénomène gel-dégel en moyenne montagne, sans oublier les précipitations de type orageux qui augmentent en été, et sans compter le risque avalanche/glissement de terrain en hiver qui ne diminue pas, bien au contraire.

Un coût des dégâts multiplié par six d’ici 2050

Des phénomènes extrêmes de plus en plus destructeurs : selon le centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, la durée de vie des infrastructures routières en montagne a déjà baissé de 30 à 50 %. Le coût des dégâts, lui, devrait être multiplié par six d’ici 2050. Un gouffre financier pour les collectivités, sous la contrainte de la demande sociale. « Les gens n’admettent plus, même en habitant au bout d’une vallée alpine, que pendant huit jours il n’y ait pas de route. Parce qu’il y a l’école, le travail, etc. C’est cette contradiction majeure qu’il faut arriver à lever ».

Par des grandes politiques d’aménagement, quand on en a les moyens, ou alors par des décisions locales, qui peuvent être drastiques. « Il sera toujours possible de sécuriser nos routes. Les techniques existent, mais il y a aussi une logique de maîtrise des budgets, reconnaît Serge Taboulot. Il va peut-être falloir abandonner un certain nombre de routes de fonds de vallées encaissées, lointaines et montagneuses. C’est une vraie question de politique d’aménagement local : combien est-on prêt à mettre dans l’entretien et la sécurisation de nos routes de montagne pour pouvoir habiter toute l’année un peu partout ? »

Article issu du Dauphiné Libéré

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