« Rien ne m’y destinait » : Gérard Chion s’est retrouvé gérant de domaine à… 18 ans

Gérard Chion le reconnaît volontiers : dédier sa vie à la station des Signaraux, « rien ne m’y destinait ». Parce qu’il est né au Cameroun, en 1959, « où mes parents avaient une exploitation de bois. Je n’en ai aucun souvenir car on est rentrés quand j’avais deux ans, à l’indépendance ». Mais aussi car il a découvert la glisse un peu par hasard, une fois sa famille (ré) installée en Matheysine, d’où elle était originaire avant de partir en Afrique. « Les deux fils d’un voisin étaient mordus de ski, ils m’emmenaient dès qu’ils pouvaient, remet-il aujourd’hui. On allait dans un champ, à La Festinière : il y avait une descente de 300 mètres, qu’on remontait avec un fil à neige. »

L’installation est sommaire : un câble tourne à hauteur du bassin, sur lequel chaque skieur s’accroche avec une poulie, qu’il doit garder avec lui à la descente pour pouvoir se rebrancher et ainsi remonter. « Ce fil, acheté par le ski club local, a tourné quelques années dans le champ, avant que la neige se raréfie », éclaire Gérard Chion. Le club se met en quête d’un terrain plus favorable : ce sera aux Signaraux, à 1 300 m, toujours sur les pentes du Sénépy… mais sans le fil à neige. « À la demande d’agrément pour l’équipement, le ministère a dit qu’il fallait un vrai téléski. Les gérants de l’époque ont acheté un modèle de démonstration à Poma, et c’est ainsi qu’est née la station des Signaraux, en 1970. »

« C’était impensable de la laisser tomber »

Mais les débuts sont difficiles, avec plusieurs hivers sans neige, si bien que « le domaine végète », se rappelle Gérard Chion, alors adolescent. En 1977, à 18 ans, il décide, avec des copains, de « reprendre la station via une société d’exploitation touristique : c’était impensable de la laisser tomber ». La même année, parallèlement à ce poste de chef d’exploitation bénévole, le jeune majeur entre aux Charbonnages de France ; il y fera toute sa carrière, au bureau d’études de Susville d’abord, à Saint-Étienne ensuite, après la fermeture du dernier puits matheysin, en 1997. En 1982, la mairie de La Motte-d’Aveillans achète le téléski pour un franc symbolique et en délègue la gestion à Gérard Chion et sa bande. Laquelle constitue, en 1998, l’association de gestion et d’animation du ski alpin aux Signaraux, l’Agasas, toujours active aujourd’hui.

Entre-temps, en 2000, « on a récupéré un téléski électrique aux 7 Laux. La station voulait nous le vendre mais elle a fini par nous le donner », relate le chef d’exploitation, pas peu fier. À la même période, l’Agasas hérite de la gestion du domaine nordique. De quoi assurer une belle activité à sa dizaine de bénévoles : « On fait tout nous-même, planter les piquets, vendre les forfaits, entretenir et tenir le téléski quand il est ouvert… », énumère Gérard Chion. Seul le damage est confié à un prestataire. Les meilleurs hivers, des descentes aux flambeaux et une compétition de ski, le challenge du Miou, sont organisées.

Photo DL/Théo Blain
Photo DL/Théo Blain

Les Signaraux, « plus petite station de France »

Mais comme il y a plus d’un demi-siècle, le réchauffement climatique s’en mêle et le manque de neige met à mal les Signaraux, « plus petite station de France », selon son chef d’exploitation, avec ses quatre pistes de ski alpin. Le domaine subit aussi la bêtise humaine : incendiée il y a un an, l’armoire électrique du téléski n’est pas opérationnelle cet hiver.

En attendant sa remise en état, le domaine peut compter sur 30 km de pistes de ski de fond, trois circuits raquettes et une piste de luge pour continuer à attirer ses fidèles. Et sur Gérard Chion, son infatigable homme à tout faire.

Article issu du Dauphiné Libéré

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