Du Liban aux Alpes, Bernard de La Villardière se confie : « le ski est un sport de sensation »

C’est un pays à double facette, un paradis entre mer et montagne que la folie des hommes a transformé en enfer. C’est là-bas, au Liban, que Bernard de la Villardière, enfant d’expatrié a puisé sa vocation de journaliste, notamment pendant la guerre civile. Mais aussi, sa passion, moins connue, pour le ski. Il avait une petite dizaine d’années et son père, cadre pour Pont-à-Mousson, avait fait suivre sa famille au pays du Cèdre. Quand il en parle, l’ancien élève du lycée franco-libanais, ça vaut tous les dépliants touristiques du monde. La station de Faraya (Mzaar), aujourd’hui dirigée par deux femmes dynamiques, culmine à près de 2500 m d’altitude. De ses pistes, on aperçoit au loin la Méditerranée, et les lumières de Beyrouth. « On skiait jusqu’en mars, quand dans la même journée on allait ensuite se baigner et manger sur le port de Byblos, Chez Pépé, fameux restaurant. »

C’est peut-être de cette époque que lui vient sa préférence pour le ski de printemps, les bains de soleil et les salades en terrasse. Quoi que cet hiver, avant Noël, à Méribel et dans les Trois Vallées, il a pu constater les avantages de l’avant-saison. « Quelle merveille cette vue panoramique depuis la Masse, au sommet des Menuires. » Son autre premier souvenir de ski remonte aussi à février 1968. Il a 9 ans et en colonie de vacances à Villars-sur-Ollon, station des Alpes vaudoises, il a pu narguer ses camarades suisses chauvins. Un Français, Jean-Claude Killy, venait de rafler trois médailles d’or aux Jeux Olympiques de Grenoble. N’allez pas croire qu’il a appris la glisse dans la ouate, le gamin issu de l’aristocratie dauphinoise. « À Faraya, mes parents ne m’avaient pas gâté. C’était l’époque des premières chaussures à boucles et moi j’avais droit à des modèles à l’ancienne, en vieux cuir à lacets. Je me gelais les orteils. »

« À Faraya, j’ai cassé deux paires de ski »

La montagne a toujours fait partie du panorama chez les De la Villardière. Car depuis 200 ans, le château de la Frette, au cœur de la Bièvre, en Nord Isère, est dans le patrimoine familial. S’il est né à Boulogne-Billancourt l’inamovible présentateur du magazine d’investigation Enquête exclusive -20 ans cette année- a passé toutes ses vacances avec les massifs préalpins sous le nez. Il se souvient de ces hivers d’antan, quand il y avait de la neige, où on faisait de la luge à La Frette.

Archétype du grand reporter, l’homme qui a breveté l’art du plateau télé en mode déambulatoire est un baroudeur skieur qui a toujours aimé la vitesse. « À Faraya, j’ai cassé deux paires de ski. » Casse-cou, certes, mais côté style, il avoue avoir été laborieux jusqu’à la trentaine. Si aujourd’hui l’homme de télé affiche le niveau Flèche d’or, c’est le fruit de dizaines d’années d’entraînement dans sa station d’attache depuis les années 70 : Val d’Isère.

« On allait à l’hôtel des 5 frères, de Cécile Mattis. Étudiant j’ai fait des fêtes à tout casser à Val et aujourd’hui j’organise des séminaires avec ma société de production Ligne de front. » Si Bernard est devenu une bête à piquets, il doit son déclic à un homme en particulier, Gérard Mattis figure du cru, moniteur, hôtelier, ancien élu et marchand d’articles de sport. « Avant, j’étais très moyen. Je souffrais, j’étais en arrière, j’avais les jambes en feu. Et quand j’ai fait des stages compétition avec lui j’ai compris qu’il fallait skier avec les doigts de pied, que le ski est un sport de sensation ».

À tel point qu’aujourd’hui, il déborde de conseils. « Dommage que les gens ne prennent pas davantage de cours. Maintenant avec les skis paraboliques, c’est fini la godille et les skis bien serrés. Il faut écarter les jambes et carver. » À Val d’Isère, l’habitué ne tarit pas d’éloge pour le dynamisme des gens du pays. Il pense à Luc Reversade, le créateur de la Folie douce. En plus de 40 ans de carrière, à la radio, à la télé, il a plus souvent côtoyé les fronts de guerre que les fronts de neige. Quoi que, entre Zone Interdite qu’il a présenté pendant 7 ans, Enquête exclusive, et ses activités de journaliste-producteur, il a consacré plusieurs sujets à la montagne et à l’or blanc.

Il pense à cette immersion dans l’équipe de France de ski cross en stage en Autriche. « Si j’avais été champion, la discipline que j’aurais choisie ». Et puis les incontournables, le match des stations chic, Courchevel contre Saint-Moritz, ou le luxe qui n’en finit pas de grimper. Mais gare au cliché. « En France, le ski peut être aussi accessible. Selon les stations il y a des formules pour toutes les bourses ». Ses enfants ont appris à skier dans le Vercors.

Photo DL/Grégory Yetchmeniza - Bernard de La Villardière et Samuel Etienne pour le Mont-Blanc des Médias
Photo DL/Grégory Yetchmeniza - Bernard de La Villardière et Samuel Etienne pour le Mont-Blanc des Médias

« J’avais failli partir au Kamtchatka mais la guerre en Ukraine est arrivée »

Et puis le journaliste n’a pas coupé au traditionnel marronnier : 24 heures avec les secours. Le reportage avait viré au tragique, un adolescent était mort sur les pistes. « On oublie qu’on peut aussi vite mourir en faisant du ski. Nos équipes étaient sur place, au moment où les sauveteurs annoncent au frère de la victime l’accident ». Le sujet sera traité avec tact et pudeur. « Le lendemain de la diffusion, j’ai eu un appel des parents me remerciant car il leur avait permis de comprendre que tout a été fait pour sauver leur fils. » De Villardière croit aux vertus de la prévention.

À l’heure où l’économie du ski est parfois contestée par les courants écologistes radicaux, l’observateur ne croit pas que « le ski bashing » ait tant de prise. Il croise les doigts pour que Val d’Isère soit sur la carte des JO 2030. « J’ai le souvenir de la médaille d’argent en 1992 de Piccard sur Bellevarde. » Naguère, il a pratiqué la randonnée à peaux de phoque se hissant au mont Rose ou au Grand Paradis. Et l’été, sur le mont Blanc ou le mont Aiguille. Il n’a pas assouvi tous ses fantasmes.

« Je rêve d’héliski en Italie. J’avais failli partir au Kamtchatka mais la guerre en Ukraine est arrivée ». Cet hiver on le reverra le dimanche soir dans Enquête exclusive, au top des parts d’audiences. Mais aussi fin janvier à Val d’Isère où, pour rien au monde, il ne manquerait la traditionnelle coupe de l’info que se disputent les stars du PAF au slalom. « Chaque année je me tire la bourre avec Gilles Bouleau et David Pujadas ».

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