Un bonhomme de neige en Nouvelle-Calédonie : l’incroyable voyage d’un jeune Savoyard en 1968

Mais comment un bonhomme de neige savoyard s’est retrouvé un jour à près de 17 000 kilomètres de chez lui, en Nouvelle-Calédonie ? Chez lui, il n’y a ni la mer, ni la plage et encore moins un climat tropical. Chez lui, c’est Bonneval-sur-Arc. Un petit village montagnard, perché à 1800 mètres d’altitude au fond de la vallée de la Maurienne. L’hiver, des mètres de neige recouvrent tout. Le paradis pour faire grandir un bonhomme de neige. C’est en tout cas ce qu’a dû se dire Jean Nohain, animateur télé vedette dans les années 50 et 60. En 1968, il se rend en Savoie avec une petite idée en tête, ou plutôt un projet un peu fou. Apporter de la neige à des enfants qui n’en ont jamais vu. Une idée toute simple, qui va créer des souvenirs inoubliables dans de nombreuses têtes blondes.

Et parmi elles, celle d’un jeune garçon : Denis. L’hiver, il aime s’amuser dans la neige comme tous les autres enfants de la vallée. Batailles de boules de neige, luge avec ses amis et bien entendu, le façonnage de bonhommes de neige. Chaque saison, il en naît plusieurs à Bonneval-sur-Arc, mais celui qu’il réalise en 1968 n’attendra pas le printemps pour fondre… Il va finir sa vie comme beaucoup le rêvent : sous le soleil d’une île paradisiaque.

De Bonneval-sur-Arc à la Nouvelle-Calédonie

Tout commence le 26 novembre. Jean Nohain arrive avec son équipe et ses caméras au fond de la vallée de la Maurienne et lance un défi aux enfants. Celui qui fera le plus beau bonhomme de neige partira avec lui en Nouvelle-Calédonie. Heureusement que l’institutrice est là pour montrer aux petits Bonnevalains où se trouve cette île, quasiment aux antipodes de leur village. Mais même pas peur ! Tous les enfants, moufles et pelles à la main, relèvent le défi. Chapeau, béret, écharpe, balais sous le bras ou pipe à la bouche, les bonshommes de neige sont tous aussi beaux les uns que les autres, et celui de Denis est l’heureux élu.

Le petit garçon de dix ans, se prépare alors pour un long voyage. Son nouveau compagnon de glace encore plus… Car en Nouvelle-Calédonie on fête Noël en été, ce qui n’est pas la meilleure saison pour exposer un bonhomme de neige… Qu’importe, aux grands maux les grands remèdes, tout est prévu pour le transporter dans les meilleures conditions. Mieux que la première classe, il voyagera en avion dans un immense congélateur réglé à -50°C.

Avant de partir, premier arrêt à Paris où Denis et son bonhomme de neige sont accueillis par le Secrétaire d’État chargé des Départements et Territoires d’outre-mer en personne. L’émission, qui respire la magie de Noël, est parfaite pour resserrer les liens entre la métropole et son territoire lointain. Le mouvement nationaliste kanak commence à émerger et la métropole, elle, est encore troublée par les évènements de Mai-68.

« Quand il est arrivé là-bas, il a été accueilli comme un roi »

Avant d’arriver à destination, deux autres escales sont nécessaires, une à Colombo au Sri Lanka et une à Singapour pour recharger le stock de glace carbonique. Hors de question que la star de Bonneval-sur-Arc fonde avant d’avoir parcouru les 20 000 kilomètres du voyage.

Si, devenu adulte, Denis est toujours aussi discret qu’il l’était dans l’émission de l’époque, sa fille Nathalie le confirme, il en garde de très bons souvenirs. « C’était fou pour lui, il n’était jamais sorti de la vallée ! Quand il est arrivé là-bas, il a été accueilli comme un roi. Sur les images on lit très bien l’émotion dans ses yeux. »

Car à Nouméa, on l’attend de pied ferme… place des cocotiers. Difficile d’imaginer qu’un jour un bonhomme de neige y trônerait. Le grand moment arrive enfin et en ce 7 décembre, il y a foule pour l’occasion. Les enfants sont surexcités à l’idée de voir et toucher de la neige. Carmina Nangard était une petite fille à l’époque. Elle se souvient encore de ce moment : « On a vu un bloc de glace qui s’est mis à transpirer. On a un peu été déçu, ce n’était pas comme au cinéma, il n’était pas bien blanc. Il était compact et transparent, bleuté comme un glaçon. »

Photo Archives Le Dauphiné Libéré
Photo Archives Le Dauphiné Libéré

Le bonhomme de neige n’a tenu que 3 heures

Alik Boufeneche partage ce souvenir. « J’avais dix ans, j’ai vu le bonhomme de neige mais il a vite fondu ! Ce n’était pas de la vraie neige, à l’époque ils n’avaient pas les méthodes qu’on a maintenant pour maintenir la glace. Dehors, il faisait 35 / 36 °C ! »

Car dès l’autorisation de s’en approcher donnée, il ne faut pas attendre longtemps, la chaleur commence à faire disparaître le bonhomme de neige. Les étreintes des enfants, leurs mains se collant une à une contre lui ont bientôt définitivement raison de lui. En à peine trois heures, l’œuvre de Denis se transforme en une flaque d’eau.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais la surprise n’est pas terminée. Car l’autre ambition de l’émission est de créer de vrais liens d’amitié entre les enfants de Nouméa et de la métropole. Le congélateur géant repart donc avec de nombreuses cartes postales écrites par des petits Calédoniens. Quand l’émission Le Grand Voyage de Bonhomme de Neige est diffusée sur la première chaîne de l’ORTF le soir du 25 décembre 1968, les demandes pour entamer une correspondance sont nombreuses.

Parmi elles, celle de la jeune Marie-Claude Campana, âgée de douze ans qui demande tout de suite à ses parents si elle peut écrire à un enfant de là-bas. Son père accepte, l’alertant toutefois : “Si tu as un correspondant, tu dois le garder !” Phrase qu’elle prend au mot puisque plus de 50 ans plus tard, cette habitante de l’Ain est toujours en contact avec lui ! C’est avec Alik qu’elle a entrepris cette relation d’amitié à distance qui dure encore aujourd’hui.

Article issu du Dauphiné Libéré

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