Vosges, Alpes suisses, ou Savoie… mais d’où vient le dahu ?

Vous souvenez-vous de la galinette cendrée, cette créature improbable popularisée par Les Inconnus ? Dans les montagnes, on a notre équivalent : le dahu.

On le décrit comme une sorte de petit chamois sauvage, parfaitement adapté aux pentes les plus raides grâce à une particularité physique improbable : deux de ses pattes sont plus courtes que les deux autres.

Pas entre l’avant et l’arrière, mais entre la gauche et la droite. Selon la version, cela lui permet de se déplacer sans effort sur les versants escarpés… mais l’empêche de faire demi-tour sous peine de rouler dans la pente.

Philippe Semeria - CC BY 3.0
Philippe Semeria - CC BY 3.0

Un animal qui n’existe pas… mais dont tout le monde parle

Au fil du temps, la légende s’est même sophistiquée : il existerait deux “sous-espèces”. Le dahu lévogyre tourne toujours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, tandis que le dahu dextrogyre préfère l’autre sens.

On raconte que lorsqu’ils se croisent, ces deux cousins ont un problème : comment se reproduire si chacun est condamné à tourner dans un sens opposé ? La montagne n’a jamais donné de réponse, mais l’histoire amuse toujours.

La légende n’aurait peut-être jamais survécu sans les fameuses chasses au dahu, organisées pour piéger les nouveaux venus. Dans les Alpes, les Vosges, les Pyrénées ou le Jura, les anciens guettent l’occasion parfaite : un citadin fraîchement débarqué, curieux, crédule… et idéalement prêt à tout pour “voir du pays”.

La grande tradition des chasses au dahu

Le rituel est bien rodé. Le soir, on part en forêt ou sur les pentes, souvent à la lampe-tempête. Les initiés confient au “nouveau” une mission cruciale : tenir le sac en contrebas pour capturer l’animal. Pendant ce temps, les rabatteurs s’enfoncent dans l’obscurité… puis disparaissent discrètement. L’apprenti chasseur reste seul, persuadé qu’il va capturer une espèce rare, jusqu’à ce que le silence devienne suspect.

Dans d’autres villages, la technique change. Une méthode consiste à imiter le cri du dahu derrière lui : l’animal, intrigué, se retournerait, perdrait l’équilibre… et finirait dans le sac. Au Jura, on recommande plutôt de se poster près d’un point d’eau, pieds nus pour masquer son odeur, et d’attendre patiemment son passage. Et dans certaines vallées, on va jusqu’à saupoudrer du poivre sur les rochers : quand le dahu éternue, il s’assomme tout seul.

Au-delà du piège, le plus important, c’est l’intégration sociale. Rentrer bredouille, accepter la farce, partager un verre ensuite : la chasse au dahu sert de rite de passage. Dans de nombreux villages, c’était une façon d’accueillir les nouveaux et de les inclure dans la communauté

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Une légende du XIXème siècle ?

La trace écrite et l’essor du récit du dahu semblent apparaître surtout à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, période pendant laquelle l’alpinisme et le tourisme montagnard se développent fortement.

L’afflux de citadins venus « voir la montagne » a fourni aux habitants des stations et des villages un public nouveau, souvent crédule sur les usages locaux. C’est dans ce contexte d’accueil et de mise en scène que les récits fantaisistes sur des créatures locales ont prospéré, le dahu figurant parmi les plus riches en variantes régionales.

Toujours est-il que cette légende a été tellement diffusée un peu partout et rapidement que son origine exacte reste encore floue à l’heure actuelle. 

Un animal international

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le dahu n’appartient pas qu’aux Alpes. Dans les Vosges, on le nomme darou,  et on trouve même des panneaux de signalisation alertant sur son passage, comme au sommet du Hohneck.

En Bretagne, il change d’apparence et peut même devenir un animal aquatique, tandis qu’en Picardie, son cousin la bitarde serait… un oiseau. La légende s’est adaptée à chaque région, mais le fond reste le même : un animal rare, insaisissable, que seuls les “vrais locaux” connaissent.

Dans les Alpes suisses, dans le Haut-Valais, l’animal est appellé rülbi. En Vallée d’Aoste (Italie), le dahu est célébré dans des fêtes de village. Et ailleurs, on le compare même au fameux wild haggis écossais, qui partagerait la même asymétrie des pattes.

Panonceau indicateur du dahut au sommet du Hohneck. CC BY 4.0
Panonceau indicateur du dahut au sommet du Hohneck. CC BY 4.0
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