Pré de Madame Carle : un homme cocu est-il à l’origine du nom de ce site naturel des Alpes ?

Le Pré de Madame Carle, situé au cœur du massif des Écrins dans les Hautes-Alpes, est à la fois un site emblématique pour les randonneurs et un lieu chargé d’histoire et de légendes. Accessible en voiture depuis 1938, ce véritable replat minéral en altitude offre un point de départ privilégié vers les glaciers Blanc et Noir et les sommets avoisinants.

Au-delà de sa beauté naturelle, le nom du Pré intrigue : d’où vient ce « Madame Carle » ? Entre folklore local et traces historiques, le récit oscille entre légende poignante et réalités documentées. Explorons ensemble l’origine de ce toponyme singulier.

Un site naturel exceptionnel au cœur du massif des Écrins

Le Pré de Madame Carle se trouve à environ 1 900 m d’altitude, dans la haute vallée de la Vallouise, au pied du mont Pelvoux et entre les glaciers Noir et Blanc. Ce paysage minéral, dominé par des moraines glaciaires et peuplé de mélèzes isolés, résulte du comblement graduel d’un ancien lac glaciaire suite au retrait des glaciers depuis la fin du Dryas (une série de trois périodes froides entre 16 500 et 11 700 ans avant notre ère).

Ce lieu est une des portes d ‘entrée du parc national des Écrins. Pour les amateurs de montagne, c’est le départ vers les refuges du Glacier Blanc (2 542 m) et des Écrins (3 175 m). Près de 150 000 visiteurs par an passent par le pré de Madame Carle.

Photo Le DL/Yoann Gavoille
Photo Le DL/Yoann Gavoille

La légende autour de Monsieur et Madame Carle

Selon la tradition populaire, la femme de Geoffroy Carle, président du Parlement du Dauphiné au début du XVIᵉ siècle, aurait entretenu une liaison : d’abord avec un peintre italien engagé pour décorer l’église des Vigneaux, puis avec un seigneur local. Jaloux, le peintre se venge en assignant les visages des protagonistes aux personnifications des sept péchés sur une fresque : Geoffroy Carle devient la colère, Louise (son épouse) la luxure juchée sur un bouc.

Dans un final tragique, madame Carle est soit poussée, soit assoiffée sur une mule affamée envoyée par son mari, qui l’emmène au bord des eaux tumultueuses du torrent Saint‑Pierre : la mule se jette pour boire, la fait tomber, elle se noie. En mémoire, l’alpage aurait pris le nom de « Pré de Madame Carle », peut-on lire sur le site du Pays des Écrins.

La véritable histoire de Monsieur et Madame Carle

En réalité, les archives établissent que le site est mentionné dès 1505 comme propriété de Geoffroy Carle, président du Parlement du Dauphiné, qui reçoit la Bâtie de la Vallouise et ses terres de Louis XII. Après son décès, son épouse Louise Sereyne, originaire de la vallée, administre ces biens. C’est en son honneur que la prairie prendra son nom.

Cette origine toponymique est souvent confirmée : des sources évoquent même que la belle‑fille de Geoffroy Carle aurait hérité de cette parcelle après le décès de son fils Antoine, et qu’elle fut durablement appelée le “pré de Madame Carle”.

Les éléments documentés ne soutiennent aucun récit dramatique : ni noyade ni mule assoiffée. La légende naît probablement au XXᵉ siècle comme variation imaginative, sans fondement historique sérieux.

Photo Le DL/Ugo Petruzzi
Photo Le DL/Ugo Petruzzi

Le Pré de Madame Carle est donc d’abord un site naturel imposant, façonné par les glaciers et désormais réputé dans tout le Parc national des Écrins. Niché entre deux glaciers et offrant un panorama spectaculaire, il continue de fasciner randonneurs et alpinistes.

Quant à son nom, l’histoire vraie réside dans une femme du XVIᵉ siècle, héritière et gestionnaire des biens de son époux Geoffroy Carle, et non dans le récit tragique et romancé d’une infidélité et d’une noyade. Plus qu’un simple toponyme, le Pré rend hommage à une héritière locale dont le nom, inscrit dans le paysage, perdure depuis des siècles.

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