Il est déjà bien connu dans le milieu du ski extrême à très haute altitude. Âgé de 37 ans Andrzej Bargiel avait déjà à son actif la descente de six des quatorze géants himalayens de plus de 8000 mètres, toujours sans oxygène additionnel, dont les premières des Gasherbrum I et II ou du Broad Peak au Pakistan. Mais c’est bien sûr en 2018, en dévalant la pyramide du K2, deuxième plus haut sommet du monde qu’il s’était fait un nom. Il est à ce jour le seul à avoir skié tous les 8000 du Karakoram.
Ce lundi 22 septembre, après être parti trois jours plus tôt du camp de base népalais (5300 m), le skieur polonais parvenait à 8849 m. Il lui a fallu seize heures d’ascension depuis le dernier camp, au col sud (7900 m), 16 heures d’effort dans la zone de la mort, là où la concentration en oxygène ramène l’individu à 30 % de son potentiel physique et mental. Il chaussait alors ses skis en fin d‘après-midi pour atteindre le camp II à 6400 m dans la combe ouest à la nuit tombée, l’obscurité interrompant sa folle descente.

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Guidé par un drone piloté par son frère
Le lendemain matin, Bargiel reprenait ses planches pour déjouer la redoutable cascade de glace du Khumbu, naviguant dans un labyrinthe de crevasses profondes, sans cordes ni lignes fixes, guidé notamment par un drone piloté par son frère, Bartek. Il parvenait ainsi sain et sauf au camp de base, 4 jours, 4 heures et quinze minutes après l’avoir quitté.
S’il n’était pas le premier à descendre à skis le toit du monde en intégral, le Slovène Davo Karnicar l’avait fait en 2000, déjà à l’automne, ou le Français Marco Siffredi en snowboard au printemps 2001, il est le premier à avoir réalisé l’exploit sans assistance respiratoire. Bargiel ne peut pas non plus se revendiquer d’un « style alpin ». Il avait une équipe d’assistant, avec médecin, préparateur physique, et les sherpas de l’agence Seven Summits Trek. N’empêche, l’exploit est énorme quand on sait le caractère effilé de l’arête sommitale et notamment le ressaut Hillary.
Pour y parvenir, il avait suivi un protocole d’acclimatation stricte, effectuant plusieurs montées et descentes entre les camps. Le 21 septembre, il avait quitté le col sud, proche de 7 900 mètres, à 23 h 24 heure locale. Il lui faudra beaucoup plus de temps que prévu, en raison du fort enneigement pour parvenir au sommet vers 15 h. Là-haut, le Polonais n’a pas traîné. Quelques minutes à peine avant de chausser et s’élancer. À 15 h 35, il franchissait le ressaut Hillary, passage clé de la descente, pour prendre pied dix minutes après sur la crête menant au célèbre « Balcony ». À 17 h 20, Bargiel, le skieur d’abîmes, poursuivait sous le camp IV contournant l’éperon des Genevois pour gagner le camp II à 20 h 30.
« Descendre l’Everest sans oxygène était un rêve qui grandissait en moi depuis des années»
À son retour au camp de base, le héros a déclaré : « C’est l’une des étapes les plus importantes de ma carrière sportive. Descendre l’Everest sans oxygène était un rêve qui grandissait en moi depuis des années. Je savais que les conditions difficiles de l’automne et tracer la ligne de descente à travers le glacier Khumbu seraient le plus grand défi que je pourrais relever. » La crête sommitale et la cascade glaciaire furent à coup sûr les passages les plus difficiles à négocier. Bartek qui a guidé son frère témoigne : « Quand Andrzej a traversé ces sections, j’ai enfin pu respirer et profiter des derniers instants de la descente avec lui. Les enjeux étaient énormes. »
Bargiel est unique dans le sens où il intègre le cercle restreint de ceux qui ont grimpé l’Everest sans oxygène (200 soit 2 %) et celui qui l’a skié.
Le couloir Hornbein reste à conquérir
Car en ce début d’automne bien arrosé, Bargiel n’était pas seul sur la montagne. Un Américain a tenté en vain de battre le record de vitesse sur son versant népalais. Et surtout versant nord côté Tibet une grosse expédition made in USA est à pied d’œuvre. Elle est composée du skieur Jim Morrison et du cinéaste et grimpeur Jimmy Chin. Le premier doit aussi tenter une descente intégrale, en hommage à son épouse Hilaree Nelson, décédée sous ses yeux au Manaslu il y a trois ans. Une aventure financée par la National Geographic Society.
Déjà l’an dernier les mêmes protagonistes avaient effectué une tentative. Car sur l’Everest, la descente majeure, reste à conquérir. Le couloir Hornbein, rectiligne sur plusieurs milliers de mètres dans cette face nord, gravi à la montée de rares fois, n’a jamais été glissé. Certains ont péri dans leur rêve de Hornbein, tel l’ange de Chamonix Marco Siffredi en septembre 2002.


