Désolé de briser un mythe : nos ancêtres savoyards ne mangeaient pas de « tartiflette » telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le véritable plat historique s’appelle la Péla. Originaire de la vallée des Aravis (Thônes, Le Grand-Bornand), ce repas de paysans consistait en une poêlée de pommes de terre non épluchées, d’oignons et de reblochon souvent malade (qui avait pris l’humidité), cuite dans une poêle à long manche appelée « pela ».
C’était un plat de subsistance, rustique et simple, bien loin du gratin sophistiqué servi aujourd’hui dans les chalets de bois et sur les pistes de toutes les stations.
Une recette inventée par le Syndicat du Reblochon ?
Pendant longtemps, on a raconté que la tartiflette avait été inventée de toutes pièces par le Syndicat du Reblochon dans les années 1980 pour écouler des stocks qui s’accumulaient. C’est d’ailleurs ce que dit Christian Millau dans son Dictionnaire amoureux de la gastronomie. Une version contredite par la directrice du même Syndicat du Reblochon, Lucile Marton : « Nous ne sommes pas à l’initiative de la création de cette recette, même si on ne peut pas nier que la filière en a bénéficié ».
Cette réalité est en effet plus nuancée, comme le souligne une enquête récente du journal Le Monde, le terme « tartiflette » n’est pas sorti d’un chapeau de publicitaire.
Le mot vient de tartifla (la pomme de terre en patois savoyard) et était déjà utilisé localement. Le coup de maître du marketing a été de standardiser la recette : on épluche les patates, on ajoute des lardons et des oignons déglacés au vin blanc, et on passe le tout au four dans un plat à gratin. En lui donnant un nom qui sonne « terroir » et une recette reproductible partout, le Syndicat du Reblochon a créé un classique instantané.
Le Reblochon a lui aussi sa légende historique
L’ingrédient star de la tartiflette, le Reblochon, a lui-même une origine assez malicieuse. Au XIIIe siècle, les propriétaires d’alpages taxaient les paysans sur la quantité de lait produite. Pour payer moins, les fermiers pratiquaient une traite incomplète devant le contrôleur.
Une fois celui-ci parti, ils « re-blochaient » (pinçaient le pis une seconde fois) pour obtenir un lait très riche et crémeux, parfait pour fabriquer ce fromage clandestin. Sans cette petite ruse historique, votre tartiflette n’aurait pas ce fondant légendaire.
1992 : Le sacre d’Albertville
Si la recette s’est installée dans les menus des stations durant les années 80, ce sont les Jeux Olympiques d’Albertville en 1992 qui lui ont offert une vitrine mondiale. Facile à cuisiner en quantités industrielles dans de grandes poêles géantes sur les fronts de neige, elle est devenue le symbole de la convivialité alpine pour les touristes du monde entier.
Aujourd’hui, peu importe qu’elle ait 40 ou 400 ans : la tartiflette est devenue une tradition.
