Combien de fois Laura Deslandes a-t-elle entendu à la radio « secours à la Virgule » ou encore « intervention sur le plateau du magasin » ? Des noms de lieux-dits aux Arcs maintes fois entendus au cours des échanges avec les pisteurs. Mais dont l’origine lui échappait. « Pardon, c’est où la Virgule ? », a-t-elle pu demander à ses débuts à la régulation des secours en 2020.
Cinq ans plus tard, Laura Deslandes publie Avant que la mémoire ne disparaisse (autoédition, 2025) sur l’origine de ces noms employés quotidiennement dans le langage des pisteurs secouristes. Aux débuts, l’ouvrage est pensé comme un mode d’emploi à destination des régulatrices, ces voix de l’ombre qui recueillent les appels des accidentés du ski. « Il s’agissait de mieux répertorier les noms de lieux-dits sur les Arcs, Peisey-Vallandry et Villaroger et leur localisation sur le domaine pour que les nouveaux arrivants à la régulation puissent s’en servir », explique Laura Deslandes.
« Des histoires derrière ces noms de lieux-dits »
Celle qui est arrivée sur la station des Arcs en 2009 en tant que vendeuse dans une location de ski commence à interroger les pisteurs, les moniteurs et autres mémoires de la station. « Au fur et à mesure des entretiens, je me suis rendu compte qu’il y avait des histoires derrière ces noms de lieux-dits et que certains avaient à cœur de les transmettre », raconte Laura Deslandes.
Prenez la “Virgule”. Le nom de ce lieu-dit, situé en bas du snowpark d’Arc 1 600, vient de la courbure du virage qui a la forme d’une… virgule. Ou cette appellation étonnante de “Dou de Russie” du côté d’Arc 2 000. Nul ne sait si ce nom fait référence aux nombreux Savoyards mobilisés pour la campagne napoléonienne en Russie ou s’il s’agit tout simplement de l’endroit le plus froid des Arcs.

Qui dit vrai ? Qui dit faux ?
Parfois les versions divergent sur l’origine des noms. Son préféré ? Le “Mur du jambon” à l’emplacement de l’ancienne piste de l’Olympique. « C’est Philippe Janin [NDLR, l’ex-directeur du service des pistes de 2018 à 2025] qui me raconte qu’un ancien pisteur avait parié un jambon qu’il pouvait descendre la piste tout droit jusqu’en bas », relate Laura Deslandes. Il aurait perdu son pari. Et son jambon.
Mais un ancien restaurateur des Arcs raconte à la régulatrice une tout autre histoire. Dans ses souvenirs, se rappelle Laura Deslandes, « c’était l’endroit où cassait la croûte les chasseurs ». Qui dit vrai ? Qui dit faux ? « Ce n’est pas à moi de trancher mais c’est la magie de la transmission de l’oralité. Ces lieux-dits sont comme une langue vivante », sourit l’écrivaine en herbe.
Après seize entretiens et plusieurs années de travail d’enquête puis d’écriture, Laura Deslandes finit par se résoudre à publier cet ouvrage. Livre qu’elle dédie comme « un hommage à ces mémoires de la station ».
Avant que la mémoire ne disparaisse est disponible dans les presses des Arcs, les supérettes de Peisey-Vallandry et les librairies de Bourg-Saint-Maurice.
Article issu du Dauphiné Libéré