Aiguille du Midi : l’histoire du téléphérique devenu le plus haut du monde

Avant même qu’une cabine ne frôle ses parois, l’Aiguille du Midi faisait rêver. Les premiers ascensionnistes la gravissent en 1818, les savants y installent leurs instruments, les curieux la contemplent depuis Chamonix.

Quand on lit son histoire, on a l’impression d’ouvrir un vieux carnet de bord : chaque page porte une année en lettres capitales. C’est par ces repères, jalons d’une aventure technique et humaine, que l’on peut suivre l’ascension de ce téléphérique devenu emblème de la vallée de Chamonix.

1904 : l’idée avant le mot

Cette année-là, deux ingénieurs suisses, Wilhelm Feldmann et Emil Strub, conçoivent déjà une liaison aérienne vers l’aiguille du Midi. À cette époque, on parle de funiculaires et d’ascenseurs de montagne : le mot « téléphérique » n’existe même pas encore.

Leur projet dépasse largement les moyens techniques disponibles. Ils posent pourtant les premières pierres d’un rêve qui mettra un demi-siècle à se concrétiser.

Photo Le DL/Greg Yetchmeniza
Photo Le DL/Greg Yetchmeniza

1909 : la concession, un pari de pionniers

Cinq ans plus tard, la concession du « chemin de fer aérien » est accordée. Les travaux débutent aussitôt, animés par un enthousiasme que rien ne semble pouvoir freiner.

La Première Guerre mondiale stoppe net ce premier chantier presque achevé. Des vestiges demeurent aujourd’hui visibles depuis le quartier des Pèlerins jusqu’au col du Midi, traces d’un élan interrompu.

1924 : premier téléphérique voyageurs de France

Le 1er juillet 1924, le tronçon des Pèlerins à La Para ouvre au public. Treize pylônes de 8 à 33 mètres supportent des cabines étagées, héritières de l’esprit funiculaire.

Ce premier téléphérique français pour passagers dessert même la piste de bobsleigh des Jeux olympiques d’hiver de Chamonix, ajoutant une dimension sportive à l’aventure.

Photo Le DL/Greg Yetchmeniza
Photo Le DL/Greg Yetchmeniza

1936 : le ski prend de la hauteur

Avec la piste Jacques Balmat et le balisage de la piste des Glaciers, l’équipement devient un outil pour skieurs. La haute montagne se rapproche d’un public élargi.

Compétitions et descentes mythiques se succèdent, annonçant l’essor du ski alpin dans toute la vallée de Chamonix.

1955 : record du monde à 3 842 m

Relancé par l’ingénieur italien Dino Lora Totino, un tracé direct est inauguré. Les cabines franchissent 2 800 m de dénivelé en vingt minutes, une prouesse inédite.

Le câble porteur de 60 tonnes, hissé à dos d’hommes, scelle un exploit. À son ouverture, le téléphérique est le plus haut du monde et attire déjà des foules internationales.

1990-1991 : renaissance technique

Une rénovation majeure modernise pylônes et cabines sous la direction de l’ingénieur Denis Creissels. Le site entre ainsi dans l’ère du tourisme de masse.

Cette refonte ouvre la voie à une fréquentation qui dépassera bientôt le demi-million de visiteurs annuels, chiffre devenu la norme actuelle.

2013 : le vertige apprivoisé

Pour ses soixante ans, la Compagnie du Mont-Blanc investit 16 millions d’euros dans le spectaculaire « pas dans le vide ». Le montagnard aguerri y voit un gadget, mais le public afflue.

Un tube panoramique fait le tour du piton central, tandis que de larges baies vitrées permettent d’observer au chaud les dernières pentes menant au toit de l’Europe occidentale.

Sept décennies après son inauguration, le téléphérique transporte 620 000 personnes par an, premier site touristique d’Auvergne-Rhône-Alpes. La concession actuelle court jusqu’en 2028 et attise déjà de nouvelles convoitises.

Photo Le DL/Greg Yetchmeniza
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