Immersion avec les conducteurs du plus gros téléphérique de ski au monde !

Deux tables de commande. Sur chacune, des boutons de toutes les couleurs. Plusieurs cadrans affichant des valeurs. Deux petits leviers de vitesse. Et au bout, un écran tactile retransmettant en temps réel les informations du téléphérique. Le pupitre du Vanoise Express à la gare de départ de Plan Peisey a tout d’une tour de contrôle aérienne. Pourtant, « tout est automatisé », sourit Bruno Maurice. En résumé, « je n’interviens qu’en cas de pépin ».  

Une véritable prouesse technique

Bruno Maurice, 57 ans, est le conducteur du Vanoise Express, téléphérique qui assure depuis 2003 la liaison entre les domaines des Arcs/Peisey-Vallandry et celui de La Plagne. Les deux cabines sont suspendues au-dessus de la vallée de Peisey-Nancroix. Aucun pylône. Seulement deux câbles tirés entre Plan Peisey, côté arcadien, et Montchavin – Les Coches, côté plagnard. Et quatre imposantes tours, deux à chaque gare, se font face.

« Sur les domaines skiables, il s’agit du plus gros téléphérique au monde en termes de capacité. Il peut transporter à bord jusqu’à 187 personnes et un cabinier », détaille celui qui est employé à la Société d’aménagement de La Plagne ( SAP ) en charge de l’exploitation du Vanoise Express. C’est aussi le plus long téléporté au monde sans pylônes. En bref : une véritable prouesse technique.

Être conducteur du plus gros téléphérique de ski au monde impose une certaine rigueur. La journée de Bruno Maurice débute à 8 h 20. Soit 40 minutes avant l’ouverture aux clients. Le temps d’effectuer les « contrôles journaliers réglementaires, en machinerie, au niveau des sabots et des chariots ». Pour comprendre à quoi ces termes font référence, Bruno Maurice nous emmène dans les entrailles de l’ouvrage.  

Le conducteur ouvre une porte. Nous voilà dans l’une des deux imposantes tours de la gare de départ. Un escalier en métal serpente autour d’un système de roues entraînées par un câble. « Le Vanoise Express fonctionne grâce à trois poulies : l’une motrice au niveau de la machinerie tout en bas, la deuxième que l’on appelle “cabine” devant nous, puis celle nacelle tout en haut », explique Bruno Maurice.  

Photo le DL/Garis Gentet
Photo le DL/Garis Gentet

« Je conduis deux Vanoise Express »

Ce dernier opte pour l’escalier ascendant. Là-haut, une porte s’ouvre sur une petite plateforme qui surplombe la zone d’embarquement. « Nous sommes à l’endroit qu’on appelle le sabot de 75 ». Pourquoi “75” ? « Car les câbles porteurs ont un diamètre de 75 millimètres. Ce sont ces câbles qui supportent et qui font le roulage de la cabine. » Le “chariot” désigne la partie équipée de roues dont la fonction est d’assurer l’interface entre la suspente de la cabine et le câble porteur.  

Retour à l’intérieur d’une des deux tours. Dans la descente vers la machinerie, Bruno Maurice précise le fonctionnement global du téléphérique : « Il y a au total 12 poulies, trois dans chaque tour. D’ailleurs, il serait faux de parler d’un Vanoise Express. Je conduis en réalité deux Vanoise Express ». Chacune des cabines fonctionne indépendamment l’une de l’autre. Il n’est pas rare de voir les bennes désynchronisées.

En fonctionnement normal, « les cabines marchent en mode “va-et-vient”, avec des allers-retours en quinconces ». Or, s’il y a besoin de faire des vérifications sur l’un des deux câbles, « je peux changer en mode “va-ou-vient” et faire rouler le téléphérique sur une seule cabine », détaille Bruno Maurice. Lors des contrôles hebdomadaires, réalisés en période de moindre affluence les week-ends, une seule des deux bennes fonctionne.

Photo le DL/Garis Gentet
Photo le DL/Garis Gentet

« Un bureau de rêve »

Arrivé en bas, Bruno Maurice fait les présentations : « Voilà la partie machinerie avec deux moteurs électriques de part et d’autre de la poulie motrice. Et ce même système se retrouve dans la pièce à côté pour le second câble ». En revanche, côté Montchavin , pas de moteur. Deux grands “contrepoids” sont placés dans chacune des tours de ce qu’on appelle la “gare retour”. Plan Peisey étant la “gare motrice”.

Ainsi fonctionne le Vanoise Express. De retour au pupitre, le conducteur du téléphérique observe par la vitre le flot de skieurs qui s’apprête à embarquer dans l’une des deux cabines. À l’horizon, s’étendent le domaine de La Plagne , le massif enneigé du Beaufortain sans oublier la sauvage vallée de Peisey-Nancroix en dessous. « Un bureau de rêve », selon ses mots. Lui qui n’est jamais lassé et « fier de travailler depuis 15 ans au Vanoise Express ».

Cet ouvrage hors-norme en chiffres :
  •  Longueur : 1 824 mètres
  • Dénivelé : 64 mètres. La gare motrice de Plan Peisey est à 1 612 m d’altitude. La gare retour de Montchavin est à 1 548 m d’altitude.
  • Hauteur maximale par rapport au sol : 380 mètres
  • Capacité : 187 personnes + 1 cabinier. Ce qui fait de ce téléphérique le plus gros au monde sur domaine skiable. Et le deuxième, derrière celui de la Baie de Ha Long au Vietnam, hors domaine skiable.
  • Débit : 2 000 personnes par heure.
  • Temps de trajet : 3 minutes 30.
  • Vitesse maximale : 45 km/h.
  • Nombre de passages durant l’hiver 2024-2025 : 637 000. L’été, environ 3 000 passages ont été enregistrés.
  • Puissance : deux moteurs à courant continu 530 kW à 1 180 tr/mn. La puissance est équivalente à celle d’un moteur
Photo le DL/Garis Gentet
Photo le DL/Garis Gentet
Gaëlle Combet est cabinière du Vanoise Express depuis sa mise en service

Dix salariés de la société d’aménagement de La Plagne (SAP) assurent le fonctionnement du téléphérique du Vanoise Express, hiver et été. Parmi eux, il y a la cabinière Gaëlle Combet. C’est un peu la doyenne de l’équipe. Non pas en raison de son âge, mais par son ancienneté. La quinquagénaire l’affirme : « Je travaille au Vanoise Express depuis 22 ans. » Soit depuis sa mise en service.

« C’était fou à l’époque »

Le téléphérique du Vanoise Express a convoyé ses premiers skieurs en décembre 2003, après deux ans de travaux. Mais l’idée d’une liaison entre les domaines de La Plagne et Les Arcs/Peisey-Vallandry date des années 70, au moment de la création de la station de Montchavin - Les Coches , côté plagnard. Il faudra ensuite attendre 1998 pour mener les études de faisabilité. Les travaux débuteront en 2001. « Tout le monde dans la vallée se souvient de ce chantier. C’était fou à l’époque », se souvient Gaëlle Combet qui n’imaginait pas, à ce moment-là, travailler pour le Vanoise Express.

Quand le poste de cabinier apparaît, celle qui était déjà salariée de la SAP postule. « Et me voilà encore dans la cabine, 22 ans plus tard », complète la cabinière. Son rôle ? Accueillir et informer les clients à l’intérieur de la cabine, se charger de l’ouverture ou de la fermeture des portes. Une ligne directe avec le conducteur, placé à la gare de Plan Peisey, permet d’échanger en cas de dysfonctionnements.

Le téléphérique est « une attraction à part entière »

Malgré ces plus de deux décennies à faire les allers-retours suspendus au-dessus de la vallée de Peisey-Nancroix, Gaëlle Combet ne manifeste aucune lassitude. Il faut dire que « le décor est exceptionnel là-haut, suspendu à plus de 300 mètres du sol ». Certains clients montent même uniquement pour vivre la traversée. Pour Gaëlle, le téléphérique se vit comme « une attraction à part entière. L’hiver, pas un trajet ne se fait sans que je voie des skieurs prendre des photos. »    

Article issu du Dauphiné Libéré

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