Sous un soleil radieux et un beau ciel bleu, avec juste en dessous les rails de ski de fond, c’est au restaurant Le Blanchot que Kenta Osaki nous a donné rendez-vous. À deux pas de son terrain de jeu, où le garçon passe une grande partie de son quotidien en pleine saison hivernale. Lors de son arrivée dans l’établissement, il salue le personnel d’une poignée de main amicale. « Tout le monde se connaît dans la station. Je suis un local. J’ai grandi à Méribel. Je suis un véritable Savoyard même si les traits de mon visage ne correspondent pas vraiment », rigole d’un ton moqueur le Franco-Japonais.
À tout juste 25 ans, Kenta Osaki est moniteur de ski de fond au sein de l’ESF. « Je suis le plus jeune à Méribel », souffle-t-il, tout vêtu de la couleur emblématique de l’école. Cette casquette d’enseignant, il la prend à cœur. Il en a fait même l’un de ses combats : dépoussiérer ce sport. À travers sa manière d’enseigner la pratique et sur ses réseaux sociaux, notamment sur Instagram où ses vidéos font le tour du monde et comptent des millions de vues. « J’aime bien faire des conneries », ironise le garçon. Portable en main, il montre ses réalisations. Un coup, l’on peut le voir slider sur des modules dans un snowpark, une autre fois sur les pistes en enchaînant les virages ou bien sa spécialité, le backflip.
Le tout évidemment avec une paire de skis de fond aux pieds. « Les spatules sont plus fines. Ce n’est pas facile du tout. Il faut faire preuve d’adresse. » Comme tous les gamins de la vallée, il débute par le ski alpin. Il aime ça. Mais sans plus. En primaire, Kenta se découvre des aptitudes pour la course à pied, après avoir gagné le cross de l’école. « J’avais un bon niveau et le sport de glisse qui s’y rapproche le plus, c’est le ski de fond. » Il enfile d’autres spatules. Un peu plus aiguës que celles pour prendre un télésiège. Un poil cascadeur et aventurier, l’enfant de l’époque s’amuse aussi en s’essayant au saut à ski. « J’ai tout de suite accroché avec les deux. Je me suis donc tourné vers le combiné nordique qui allie les deux. »

Un seul objectif : rendre le ski de fond « plus cool »
Inscrit au club de Méribel, à l’époque, il est le seul de son âge. Pour continuer de progresser et intégrer une section compétition, celui que l’on surnommait « demi-poumon » doit quitter sa station.
Alors direction le Jura, le berceau du ski nordique pour les deux dernières années du lycée. Une révélation pour l’adolescent. Un entraînement quasi quotidien et des heures dédiés à ce sport si exigeant. Bac en poche, le jeune majeur s’inscrit dans des études en audiovisuel. En parallèle, il tire un trait sur sa carrière en compétition. « Je n’avais pas le niveau », résume-t-il tout simplement. En quête de nouveaux défis, l’enfant de Méribel veut rendre le ski de fond « plus cool ». Pas une mince affaire. Déjà, vanter les atouts de ce sport. « Il faut se surpasser et tirer le meilleur de soi-même. Ne pas hésiter à aller chercher dans ses retranchements. Des valeurs essentielles dans la vie de tous les jours. » Puis, il y a le paysage. Certains chemins de ski de fond traversent les forêts et sont bien moins bondés que les pistes habituelles en alpin. Kenta Osaki se sent libre. Depuis toujours, le Savoyard a eu une appétence pour la création et à la réalisation de vidéos.
Déjà au collège, avec ses amis, il se la joue Yamakasi et s’amuse dans les rues en réalisant des figures filmées puis publiées sur YouTube. Aujourd’hui, le natif de Méribel utilise ce savoir-faire, appris en autodidacte et en études supérieures pour faire la propagande du ski de fond. Go Pro fixée sur le casque ou accrochée sur le haut du corps, chaque sortie est filmée pour faire du contenu.
Lorsqu’il a terminé de donner des cours, la deuxième partie de sa journée débute. Derrière son ordinateur, il monte ses vidéos chez lui ou bien dans le local des moniteurs de Méribel.
« Mes collègues se moquent souvent de moi car j’arrive chargé comme une mule chaque jour. » Tout un attirail pour faire des millions de vues sur les réseaux et surtout, donner un coup de jeune au ski de fond.
- 2000 : né le 28 août à Albertville.
- 2016 : création de son compte Instagram.
- 2017 : il intègre le lycée de Victor-Bérard à Morez (Jura) en section sport étude.
- 2020 : il devient professeur de ski de fond à l’ESF de Méribel.
Article issu du Dauphiné Libré