La Grave : le téléphérique à l’arrêt mais le ski hors-piste continue !

Faire la « bascule ». C’est l’expédition à la mode, à La Grave. Le téléphérique est fermé, après une incroyable série d’avaries sur un câble porteur du premier tronçon, mais avec un peu d’organisation, on peut descendre ses mythiques vallons de la Meije.

« Une sorte de huis clos sauvage »

Tous les matins, l’exploitant, la SATA, qui est aussi l’opérateur des Deux Alpes, met en place des navettes vers la station voisine, de l’autre côté du dôme glaciaire de la Lauze (3568 m). Du toit du domaine isérois, on accède en 20 minutes d’effort au dôme, pour basculer côté graverot, et plonger dans les 2100 m de dénivelé d’un hors-piste d’anthologie dans une ambiance confidentielle, explique Xavier Cointeaux, président du bureau des guides de La Grave. « On retrouve l’esprit d’origine des années 90, une sorte de huis clos, sauvage. À peine une soixantaine de skieurs font la bascule chaque jour ». Contre 300 à 900 en temps normal.

Ça, c’est le versant pittoresque de la période qui pour le village a tous les atours d’une crise. Une de plus. En 2015, c’était la route du Chambon depuis Grenoble, fermée pour cause de glissement de terrain. Puis en 2020, le Covid. Pour la troisième fois en dix ans, La Grave fait face. Et s’adapte. « En 30 ans, je n’ai jamais vu une telle cohésion entre acteurs. On a développé les bascules, mais aussi le ski de randonnée, la cascade de glace et avec le bouche-à-oreille, ça fait de l’activité. Car non La Grave n’est pas fermée » insiste le professionnel.

« Dix ans que c’est compliqué »

N’empêche, la perte économique est lourde. 50 % pour les guides, nomades, donc pas les plus exposés. L’École de ski Français limite les dégâts grâce à la petite station du Chazelet, sous le plateau d’Emparis. Mais le secteur glaciaire étant hors prérogative des moniteurs, les bascules leur sont impossibles. « On perd 30 %. Mais au-delà de cet impact, le climat social est anxiogène. Dix ans, que c’est compliqué, qu’on perd de la clientèle, c’est de plus en plus incertain. Des moniteurs s’interrogent sur l’avenir ici. »

Alléger l’ultra-dépendance à ce téléphérique iconique qui dessert un espace hors-piste de réputation mondiale, l’enjeu du village est au fond celui de bien des stations vivant du tourisme, poussé à l’extrême. Entre risques naturels et usure des infrastructures, le défi de La Grave est emblématique de l’Oisans aux avant-postes du climat. On pense aux voisins, de l’autre côté, à Saint-Christophe, qui ont perdu leur hameau de la Bérarde sous les eaux d’un lac glaciaire. Pour les commerçants le coup est plus rude :- 70 % de recettes. À l’hôtel Castillan, face au télé, nouvelle douche froide. Un groupe de 22 vient d’annuler ! Les hébergements commencent les vacances à moitié ou aux trois quarts vides.

Au gîte du Rocher, Serge Moranval, pilier de la vie locale, tente de garder sa bonne humeur proverbiale. « En janvier, tous les étrangers qui veulent bouffer du téléphérique ont annulé ». De cette nouvelle expérience, il veut tirer les enseignements. Idéalement située, à la frontière entre Isère et Hautes-Alpes, La Grave affirme sa vocation de camp de base. Reste à travailler la mobilité sur ce canton du Briançonnais. Pendant les vacances des navettes vers Serre Chevalier sont prévues. À terme, pourquoi ne pas desservir régulièrement le col du Lautaret à 2000 m, spot de ski de fond, de randonnée et de kite ?

Une réouverture du téléphérique le 15 mars ?

La SATG, filiale de la SATA, table sur une réouverture le 15 mars, pic de la saison. Mais deux tiers des recettes de l’exploitant sont déjà perdues. Le patron, Fabrice Boutet est en discussion avec les socio-professionnels pour maintenir le téléphérique ouvert en mai et faire le joint avec l’été qui pèse la moitié de ses recettes. « Histoire de redonner un peu d’activité économique. » Un dilemme pour les hébergeurs. Rester ouvert et garder du personnel d’accord mais si la météo est pourrie ce serait la double peine. Dire que tout ça tient à un maudit fil. D’acier certes.

Ce câble de téléphérique, il n’avait pas 20 ans. Prévu pour durer 40 ans. Dès septembre, est détectée une rupture de filaments dans l’âme du porteur du deuxième tronçon. Les coefficients de sécurité sont encore conformes pour une ouverture cet hiver mais l’exploitant, par acquit de conscience contrôle les autres porteurs.

Et là le verdict tombe en décembre à la veille de la saison. Sur le premier tronçon c’est la structure du câble qui est touchée. Il faut le changer dans l’urgence. L’ouverture est reportée fin janvier. La perte est encore limitée, le début de saison, au pied de la Meije, pèse peu. Las, dans l’urgence, le changement de câble vire au fiasco. Un ancrage, prévu pour résister à 65 tonnes lâche à 17… Et le fil d’acier de 2,5 km chute au sol, endommageant deux pylônes. La loi de Murphy de l’emmerdement maximum s’acharne. Ces temps-ci, l’hélicoptère tourne tous les jours acheminant les entreprises pour réparer et sauver la fin de saison.

Le village est déjà divisé sur le projet de remplacement du téléski sommital du glacier de la Girose, par un troisième tronçon de téléphérique. Les opposants fustigent la SATA qui n’a pas anticipé. Mais ne sont pas les derniers à monter dans les navettes des Deux Alpes. Reste que selon des spécialistes des remontées mécaniques, cet appareil pulsé à train de cabines unique en son genre a été conçu il y a 50 ans par un ingénieur génial mais aussi très expérimental. Le diamètre des câbles était-il adapté à la structure ? Le débat d’experts n’y changera rien.

À terme, il faudrait débourser jusqu’à 4 millions pour changer les quatre câbles porteurs. La SATA, qui doit rembourser de lourds investissements aux Deux Alpes et à l’Alpe d’Huez, dont les résultats record sont engloutis par les annuités d’emprunt, entend montrer sa vocation de société d’économie mixte au service du territoire. Cet hiver elle tente de maintenir en vie l’Alpe du Grand Serre, à l’autre bout de l’Oisans.

Article issu du Dauphiné Libéré

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