Le Tinder des montagnes : est-il possible de trouver l’amour dans un refuge ?

Trouver l’amour en montagne plutôt qu’en cliquant sur un écran ? C’est l’idée derrière ce mystérieux cahier bleu, posé sur une table du refuge du Charbon, en plein cœur du massif des Bauges, en Haute-Savoie. Un journal 24x32cm, 96 pages à grands carreaux, pas comme les autres, qui consigne peut-être votre prochaine histoire d’amour.

En randonnée, on aspire à l’évasion, à la contemplation, ou encore à la performance mais… et si on rencontrait l’amour en prime ? Oubliez l’algorithme et les écrans tactiles, faites place à l’expérience manuscrite, personnalisée par la prose et la calligraphie de chacun.

Ce type de cahiers d’écoliers existent déjà dans la plupart des cabanes, un livre d’or où chacun écrit ce qu’il veut. La nouveauté ici, c’est d’y laisser un message qui, peut-être, touchera une âme sœur. Sportifs romantiques ou rêveurs compulsifs, parmi ces cœurs à prendre, nous avons rencontré Martin. À 24 ans, il a découvert le carnet lors d’une virée ski de fond entre amis fin décembre. « On est parti pour réveillonner là-haut. À la fin de la soirée, j’ai vu le carnet et je me suis dit why not ? Écrire quelque chose, juste pour le fun », confie-t-il. Il n’a pas reçu de réponse, mais whatever (peu importe) : « C’est bien plus original qu’une application de rencontres. Ici, il y a déjà un fort point commun de base : la montagne. »

Le refuge du Charbon. Photo Alice Martin
Le refuge du Charbon. Photo Alice Martin

« Un jour je serai peut-être invité à un mariage »

Si on ne connaît pas son auteur, on imagine son inspiration : un concept de Thibaud Monney. Ce Fribourgeois de 29 ans, passionné de randonnées en montagne, s’est lancé dans un projet qui dépasse toutes ses attentes. « Tout est parti d’un message que j’ai laissé dans un livre d’or d’un sommet en Suisse : “Montée en solo pour voir un coucher de soleil, j’espère qu’on sera deux la prochaine fois. Kiss kiss” avec mon numéro. Le lendemain, j’avais une réponse ». Une histoire qui n’aboutit pas mais l’idée du carnet est née. « Après un brainstorming avec mes collègues, on avait trouvé le nom : le Tinder des montagnes. »

Depuis ce printemps 2024, il dispose sept carnets sur les sommets du canton. S’il compte s’arrêter là, il continuera de les entretenir : « Déjà deux carnets ont été remplis, j’ai dû en rajouter ». Thibaud, qui ne randonne jamais sans un carnet rouge dans son sac, était loin d’imaginer l’engouement : « Près de 500 personnes ont écrit dedans. Il y a eu des rencontres, des couples se sont formés, un jour je serai peut-être invité à un mariage ». En Bolivie, en Italie, en Norvège ou encore en Allemagne, ce cupidon malgré lui s’est retrouvé épinglé dans les journaux du monde entier.

Photo Alice Martin
Photo Alice Martin

« C’est toujours moins cher qu’un abonnement Tinder »

L’idée séduit, elle a même traversé les frontières. Depuis, les carnets des sommets émergent un peu partout : dans le Salève, dans le canton de Vaud et même en Argentine. « Certains m’écrivent pour me demander mon avis avant d’en déposer un. D’autres le font sans me prévenir. Tant mieux ! Ça ne coûte que deux francs suisses et un stylo, c’est toujours moins cher qu’un abonnement Tinder », plaisante le Fribourgeois.

Mais ici à Chevaline, le carnet du refuge du Charbon pourrait bien disparaître aussi vite qu’il est apparu. Même si on parle d’un lieu situé à environ quatre heures de marche depuis Lathuile, pour Marc Millet-Ursin, président de l’association qui gère le refuge, la décision est prise : « On va le retirer. Ce n’est pas un site de rencontres ici ».

En cause, la forte fréquentation du lieu et la peur des dérives. « Ce refuge est très passant, il y a des familles avec des enfants qui y montent. On veut éviter les quiproquos. » Une position que certains déplorent : « Un refuge, c’est déjà un lieu de rencontres. Ce carnet, c’est juste une petite plus-value ». Après la drague 2.0 en ligne, une séduction 3.0 débarque. Elle honore les principes surannés d’interactions humaines ajoutés à l’authenticité d’une passion commune.

La drague en polaire ouvrira-t-elle d’autres voies ? Un carnet jaune dans les aéroports pour les adeptes de voyages ? Un carnet vert dans des salles de concert destiné aux mélomanes ? Ou encore un carnet orange aux musées pour les accros de culture ? La recherche de la flamme jumelle permet toutes les extravagances.

Article issu du Dauphiné Libéré

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