Toc toc toc. Longtemps dans l’ombre de ses grandes voisines du ski, la modeste station de Villaroger a frappé un grand coup en inaugurant officiellement ce samedi 17 janvier sa nouvelle télécabine. Exit les télésièges obsolètes construits dans les années 80, le Replat et le Plan des Violettes, place désormais à un équipement de 2 242 mètres de long, 920 mètres de dénivelé, plus confortable, trois fois plus rapide (6 minutes 30 de montée), et pouvant transporter 1 800 skieurs par heure.
Transformer l’existant sans le dénaturer, a représenté un défi majeur pour la Compagnie des Alpes, habituée à ces travaux d’ampleur. La CDA a dû respecter un cahier des charges strict sur le plan environnemental. « Ce projet porte plus de 400 000 euros de mesures compensatoires pour l’environnement, et d’un avis favorable de la commission nationale de la nature et des paysages, un fait rare », a souligné Frédéric Charlot, directeur général d’ADS, société exploitante des remontées mécaniques du domaine Paradiski.
Une télécabine made in France
Trente pieds de gagées, ces plantes jaunes ont été déplacées dans un environnement prospère, les nids d’oiseaux ont été protégés, 3 000 arbres ont été reboisés, et la création de nouvelles pistes a été abandonnée. La télécabine made in France Poma a mis en valeur la diversité de la réserve naturelle des Hauts de Villaroger. Azuré du serpolet (papillon) , monticole de roche (oiseau), lactaire épineux (champignons), bius thoracicus (coléoptère), ou encore niverolle des alpes (oiseau), décorent les nouvelles cabines. L’équipement dix places estampillé 51 constitue désormais une nouvelle porte d’entrée du domaine Paradiski (425 kilomètres de pistes entre La Plagne, Les Arcs et Peisey-Vallandry).
« Ce projet ne répond pas à un caprice villarogien, il répond à un vaste défi arcadien, pour une meilleure distribution des skieurs sur l’ensemble du domaine », explique avec pédagogie et humour le maire de Villaroger, Alain Emprin. Comme un symbole, la station de Villaroger a ainsi adopté son nouveau logo, celui des Arcs.
La première pierre d’un développement touristique raisonné
Le paradis caché des Arcs, qui s’est battu pendant vingt ans pour s’inscrire dans la dynamique touristique du territoire, est enfin sous les feux des projecteurs. « Villaroger ne s’apprête pas à se surdévelopper et à perdre son caractère authentique. Cette télécabine est la première pierre d’un édifice global. Il ne faut surtout pas s’endormir sur la réjouissance de l’instant, car de nombreux défis nous attendent », tempère l’édile villarogien.
Alors que le bâtiment d’accueil de la télécabine (5 millions d’euros dépensés par la commune), s’apprête à abriter dans les prochains mois un magasin de sport et un commerce alimentaire, la municipalité souhaite affiner son offre touristique. À compter de 2027, des travaux pour la construction de 150 logements touristiques (chalets et un hôtel) devraient débuter

À peine la télécabine officialisée que des interrogations pointent le bout de leur nez. Sera-t-elle exploitable durant la période estivale ? « Probablement, mais rien n’est confirmé, c’est encore sujet à discussions. Ce qui est sûr, c’est que l’équipement a le gabarit pour transporter des vélos et s’inscrit dans notre volonté d’un territoire qui vit à l’année », a répondu le maire Alain Emprin. L’exploitation de la remontée mécanique l’été devrait toutefois être à la charge de la commune. La question des prix est aussi revenue dans la bouche de certains vacanciers croisés ce samedi. En effet, à partir du 22 janvier, les 120 places de parking souterrain de la télécabine seront payantes. Le prix de 9 euros la journée rend réticent certains skieurs. Sans compter que le forfait piéton coûte 12 euros, sans avoir d’itinéraires propres aux randonneurs et aux amateurs de raquettes. La descente se fera donc en remontée mécanique pour nos amis marcheurs.
Dans le projet de la télécabine, l’évocation d’une gare intermédiaire a été révoquée. « La gare intermédiaire aurait ajouté 10 millions de plus dans le budget et aurait impacté le paysage et les écosystèmes », précise Frédéric Charlot, directeur général d’ADS. Certains socioprofessionnels et habitants regrettent un manque de consultation sur ce point, et une zone débutante au sommet, limitée au jardin d’enfants. Le pôle pour les apprentis skieurs a été pensé en haut de la télécabine de Villaroger pour conserver la garantie nécessaire d’un bon enneigement.
L’incertitude concernait également la préservation de l’âme des deux anciens télésièges. La vente des 200 sièges a permis de récolter 25 000 euros, un montant versé aux associations de la commune.
Article issu du Dauphiné Libéré