Quand André Dussollier dévalait les pistes en kilt : l’anecdote folle d’un amoureux des Alpes

Avez-vous déjà skié en kilt ? Lui, si. Qui plus est devant des caméras et avec des bas assortis au tissu quadrillé. Entre les bords de la jupe et le haut des chaussettes en laine, deux genoux, aussi blancs que neige… À mi-chemin entre flexion et extension.

Sur la photo, André Dussollier affiche un style de gentleman skieur. Au-dessus des cuisses et soumis aux caprices du vent, une virilité toute sportive. Le réalisateur, à cheval sur les traditions écossaises, souhaitait que l’acteur soit nu. L’angle des carres est parfait et la trajectoire, sûre. L’acteur ne tombera pas. Dommage. Cul par-dessus tête, il aurait emporté, de manière inédite, son public. Quelle sensation en garde-t-il ? « On est frais de partout » s’amuse-t-il, 18 ans après, bien au chaud dans son domicile parisien. Une expérience non renouvelée.

La scène est issue du film de Pascal Thomas, “Le crime est notre affaire”, tournée en 2008 entre Savoie, Haute-Savoie, Isère et Suisse. Son personnage Bélisair Beresford, mari de Prudence (Catherine Frot) est parti à une réunion de l’Amicale du chardon ovale à Glasgow. D’où sa tenue, sans rapport avec les Alpes, où une partie du film a été tournée. Le cliché dit tout de son amour du ski. Et de son niveau élevé.

Photo Pascal Thomas.
Photo Pascal Thomas.

Vingt-cinq minutes de transpiration pour quatre minutes de joie

Les Alpes, il les connaît bien puisqu’il est né à Annecy un 17 février 1946. À une époque où pour descendre une pente, il fallait d’abord la grignoter, les pieds en apnée dans la poudre, les skis qui sciaient l’épaule. À Cruseilles, village où le comédien a vécu de 4 à 16 ans, les prés se prenaient pour des pistes. Au-dessus de la perception, dans laquelle travaillaient ses parents, la liberté était immaculée. Et l’effort jouissif. Vingt-cinq minutes de transpiration, de souffle haché, de muscles en feu pour quatre minutes de joie.

À dix ans, il était déjà accro à la sueur qui pique les yeux. De ce dénivelé épicurien, il est nostalgique. Le sens de l’engagement, il y tient. Les planches en bois, lourdes et longues, le buste plié en deux pour verrouiller les fixations, les chaussures avec « des machins à ressort », il les regrette presque. Surtout quand l’as des courbes, Guy Périllat, les transcendait. « Le plus fin et beau des champions de La Clusaz… » lance-t-il. André Dussollier se souvient encore des 8 centièmes qui avaient classé son idole deuxième derrière Jean-Claude Killy, aux JO de Grenoble en 1968. Une esthétique foudroyée.

De la Clusaz, il connaît par cœur chaque creux et bosses. Celles du Grand-Bornand, la station voisine ? Un rendez-vous en terres inconnues qu’il dit « avoir peut-être manqué ». À la Croix-Fry, aussi, il était comme chez lui… Surtout quand le soir toute la famille rentrait dormir à l’Auberge de la regrettée Marie-Ange Veyrat, sœur du chef étoilé. Une époque où il fendait la bise, léchait avec ses spatules les sapins et zébrait les pistes glacées. De celles qui font de la vitesse, une ivresse. Les neiges de printemps, bien ramollies en fin de journée, il les laisse aux mangeurs de “soupe”. Un amollissement incompatible avec le “Christiana léger”. Une technique, apprise dès son plus jeune âge, selon laquelle l’ensemble du corps suit le sens du virage.

« Tenter les virages les plus aigus qui soient »

Une méthode parfaite, aussi, pour la scène. Quand André Dussollier a interprété, en 2008, au théâtre, le texte de Paul Fournel, “Les athlètes dans leur tête”, sa silhouette, dans la position de l’œuf, imprimait dans l’espace un virage pur. Son personnage ? L’écrivain répond : « Un descendeur qui s’apprête à s’élancer dans la course… Avec l’idée qu’il va se casser la gueule ». L’ancien journaliste sportif, se souvient du spectacle : « André se comportait en athlète. Très efficace. Mes mots ne pouvaient pas rêver de plus beau cadeau ». Paul Fournel aimerait skier, un jour, avec André Dussollier. Il faudra attendre un peu.

Pris par le métier, le comédien n’a pas chaussé depuis trois hivers. Pour des questions d’assurance, il n’a pas le droit de skier quand il tourne un film… Sauf si, évidemment, la glisse fait partie du scénario.

Et comme il n’arrête pas de courir d’un plateau à un autre, il va bientôt tourner avec Claude Lelouch, il a regardé les JO de Milan, à la télévision, entre deux répétitions. Fin 2026, il s’offrira une préparation physique pour, dit-il, « tenter les virages les plus aigus qui soient ». Janvier 2027, tiens-toi bon ! Les gouttes sur les tempes, rosée salée de sa jeunesse, il les savoure déjà.

Article issu du Dauphiné Libéré

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