Ils étaient, ils sont et resteront indissociables. Il faut dire que 40 ans de carrière mais surtout de complicité, ça compte dans une vie. Et ça forge des souvenirs. Beaucoup.
Alors, quand on discute avec Annie Gautrat, plus connue sous le nom de Stone, pour se remémorer ses premiers pas à la neige, il ne faut que quelques secondes à l’idole des années 70 pour évoquer celui qui aura été son acolyte sur scène, et pendant un temps à la ville, Éric Charden. Comme une évidence, elle nous apprend que c’est même ce dernier qui lui a permis de découvrir pour la première fois l’or blanc. « Je n’ai pas connu le ski avant l’âge de 25 ans, peut-être un peu avant. En fait, dès qu’on s’est mariés, on y est allés tout de suite, on a passé les vacances d’hiver à Megève. »
Une destination qui n’a rien d’un hasard. « Quand il était gamin, Éric allait souvent en vacances aux sports d’hiver avec sa maman. Ils venaient à Megève. C’est pour ça qu’on a choisi cet endroit ». Le couple y prend ses habitudes, y retourne « très très régulièrement » au fil des ans. Hiver comme été. D’abord en louant des chalets, avant que Charden décide d’en acheter un « très joli » du côté de Rochebrune.
Megève : « Quand on y allait, on savait que ce serait relax »
Entre-temps, le succès et les tubes tels que L’Aventurra ou bien sûr Made in Normandie sont passés par là. Le chalet de Rochebrune devient alors une soupape de décompression pour le duo, harassé par les enregistrements de disques, les tournées, les galas ou encore les émissions de télé. Loin de l’agitation de la ville, la montagne leur permet de se reposer et de se retrouver.
Au milieu des années 70, le duo y passera même six mois consécutifs, après une année complète de représentations de leur comédie musicale Mayflower, au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. « Quand on y allait, on savait que ce serait relax. Ceci dit, il n’y avait pas un jour où Éric ne grattait pas sa guitare pour trouver éventuellement des futurs tubes, mais c’est tout ». Comprenez, c’était surtout les descentes à skis et les apéros entre amis que le duo répétait lorsqu’il résidait dans la station haut-savoyarde.
Et quels amis ! « Il y avait Michel Sardou qui avait un très bel appartement à Megève, donc on se voyait beaucoup à cette époque-là. C’est même le parrain de notre fils. On a d’ailleurs fait baptiser nos enfants en même temps là-bas. Ça a été une jolie fête, on s’est bien amusés. Petula Clark et Carlos étaient là aussi. » Au cœur de la station chic, il leur arrivait aussi de croiser Sacha Distel et son épouse.

Un accident de luge
Et quand ce n’était pas autour de l’autel d’une église ou d’une table qu’ils se donnaient rendez-vous, c’était sur les pistes que les stars de la chanson se retrouvaient. Avec parfois quelques mésaventures. « En 1973, on avait invité Michel Jonasz et sa femme avec qui on était très copains. Le premier jour, Éric et Michel sont montés tous les deux sur une luge. Comme deux idiots, ils ont dévalé une pente à côté du chalet, Éric s’est pris un trou dans le sol et crac, ça a pété ! Il s’est retrouvé avec la jambe dans le plâtre. Évidemment, pour des vacances, ce n’était pas l’idéal, mais surtout on avait des spectacles prévus derrière. J’ai des souvenirs d’Éric avec sa béquille et la jambe dans le plâtre sur scène. Il a voulu frimer en disant qu’il s’était cassé la jambe en faisant du ski, mais pas du tout ! »
Bref, rien ne perturbe leurs séjours au cœur du massif du Mont-Blanc, pas même leur divorce en 1974. « Comme on n’était pas fâchés, on en a profité pour cohabiter, passer quelque temps ensemble là-bas. D’autant qu’on avait notre fils en commun. Donc Baptiste était très content qu’on vienne passer les vacances scolaires tous ensemble ».
« Quand j’ai connu Megève, c’était un village »
Mais voilà, les années ont passé, Baptiste a grandi, le chalet a été vendu, Charden a disparu, même Megève a changé, au grand dam de Stone… « C’était déjà un peu le cas à l’époque, mais le côté riche, réservé à une élite, ne me plaît pas du tout. Quand je vois les prix pratiqués, c’est indécent. Ça a pris des proportions… Je ne parle même pas d’acheter quelque chose là-bas. Les commerces aussi : quand j’ai connu Megève, c’était un village. Il y avait des épiceries, des petites boutiques, des choses abordables. Maintenant, c’est uniquement tenu par les grandes enseignes : les Chanel, les Dior… Ce n’est plus du tout un lieu qui m’attire. Hélas. »
Pourtant, malgré tout ça, Stone continue de s’y rendre chaque année, avec son mari Mario d’Alba. « L’avantage maintenant c’est qu’en ayant des amis sur place, lorsqu’on y va, on trouve toujours une chambre pour se loger ». Mais désormais, c’est uniquement l’été que l’on peut la croiser. Car la chanteuse à la frange blonde ne s’en cache pas : la neige, ça n’a jamais été vraiment son truc. « Je n’aime pas trop ça. Je suis une frileuse de base. J’ai toujours froid à la montagne. Je n’arrive jamais vraiment à me réchauffer. À la neige, j’aimais mieux le côté feu de cheminée et apéro le soir ».
Mais ne vous y trompez pas non plus, si elle reconnaît « ne pas être casse-cou », pas question non plus à l’époque de rester la journée enfermée dans le chalet ou assise en terrasse, un verre de vin chaud à la main. « Je me suis bien sûr mise au ski. En étant sur place, c’était indispensable. J’ai appris, comme tout le monde, avec un moniteur. On ne peut pas dire que j’étais très douée, mais disons que je pouvais descendre une piste bleue sans problème. »
Un niveau de ski tout à fait honorable, mais où Stone excellait et surtout s’éclatait, c’était le skibob (ou véloski) ! « Ça, c’était génial ! On s’asseyait, on descendait, c’était d’une facilité à la portée de n’importe qui. En tout cas, beaucoup plus pour moi que le ski. Je me régalais ». Une discipline qui ne faisait toutefois pas le bonheur de tous au sein de la station. « Les skieurs se plaignaient parce que ça abîmait les pistes. C’est vrai qu’on faisait des trous avec les talons ». On s’en doutait déjà un peu mais à Megève, comme ailleurs, Stone aura laissé une trace de son passage.
Article issu du Dauphiné Libéré