Mais que font des gendarmes en planque, la nuit, à l’entrée de stations, dans des lieux habituellement désertés, là où il n’y a pas de deux fois deux voies, ni même d’ailleurs une seule voie ? Ce n’est vraisemblablement pas les conducteurs des dameuses qu’ils cherchent à appréhender pour des excès de vitesse. Mais plutôt tous ceux, et ils sont nombreux, qui, dès qu’il neige viennent s’amuser en voiture sur les pistes et qui réussissent soit à se planter, soit à saccager les coulées d’or blanc dûment bichonnées en amont par des salariés ou bénévoles.
Le week-end dernier, dans les stations des Monts Jura (Ain), à la Faucille, les gendarmes ont interpellé en flagrant délit trois conducteurs le vendredi soir et neuf autres le samedi soir. Rodéos, dérapages : ce phénomène appelé drift a ses adeptes partout en France. En fin d’année 2025, c’est la station de ski nordique du Markstein, dans le massif des Vosges, dévastée par le passage de voitures, qui avait fait le tour des médias.
« Les dégâts se chiffrent à des milliers d’euros »
« Ce sont souvent les mêmes personnes qui l’été font du tuning sur les routes de montagne. À la Faucille, on a des conducteurs qui prennent la route pour une piste de rallye ! L’hiver, on les retrouve sur les stations et les dégâts se chiffrent à des milliers d’euros », commente le lieutenant-colonel Josserand à la tête de la compagnie de gendarmerie de Gex (Ain).
Aussi, dès qu’il neige, il a mis sur pied un dispositif avec sur place des équipes qui viennent attendre et interpeller les chauffeurs. « D’ordinaire, les drifters sont très difficiles à attraper. Là, l’avantage c’est qu’on encercle les parkings des entrées de stations, mais aussi des pistes, du coup, ils se retrouvent coincés entre la neige et nous. » Et si les amendes pour “conduite acrobatique” sont au maximum de 68 euros, [NDLR : l’amende pour rodéo sur neige n’a pas encore été inventée], les gendarmes en profitent aussi pour tout regarder. Plaque, assurance, contrôle d’alcoolémie : c’est comme ça que le week-end dernier un jeune a écopé jusqu’à 675 euros d’amende. Une façon de dissuader ces conducteurs, essentiellement des jeunes Français et aussi Suisses, friands de cette pratique.

« Cela peut complètement saccager la piste »
Le directeur d’exploitation du Syndicat mixte des Monts Jura ne cache pas son ras-le-bol : « Si la neige est molle, cela peut complètement saccager la piste avec cailloux et des trous. Il faut refaire tout le travail de damage ! Quand c’est possible de réparer… car parfois c’est impossible si le manteau neigeux a été faible. Dans ce cas, on doit fermer la piste et cela impacte l’attractivité », indique Guillaume Thibault.
Au-delà des dégâts matériels, le moral aussi en prend un coup. « Les équipes ont le sentiment qu’on ne respecte pas leur travail et que juste pour amuser des crétins, ils doivent tout refaire. » Sans compter que ces drifters entraînent des nuisances pour les riverains, tout comme les employés qui dorment en station. « La personne qui fait le damage commence vers 3 ou 4 heures et dort sur place. C’est compliqué car, eux, viennent avant, vers 1-2 heures du mat. »
En Haute-Savoie, la pratique est aussi connue, même si les stations ne le crient pas sur tous les toits et refont des tours de dameuse dans le silence de la nuit. Sauf lorsqu’une vidéo fait le buzz comme aux Houches avec une voiture qui a carrément dévalé une piste.
Aux Brasses, tant sur le domaine nordique avec son parking, qu’à l’entrée des pistes en alpin, le phénomène est récurrent. « Encore le week-end dernier, des dégâts ont été constatés avec des personnes qui sont venues faire n’importe quoi en quad. L’an dernier, alors qu’il y avait les dameurs, un homme s’est même retrouvé coincé avec son 4×4 sur l’espace débutant de l’alpin. On a appelé la gendarmerie et déposé plainte », raconte Léo Barachant, le chef d’exploitation.
Au-delà de la dangerosité de ces conduites, se pose la question du coût pour des stations dont certaines se battent pour leur survie. « Une heure de dameuse, on estime que ça coûte à une station environ 250 euros » poursuit Léo Barachant. Sans compter parfois les dégâts sur du matériel. Du simple poteau aux filets à remplacer. Aux Brasses pour endiguer ce phénomène, ils ont mis des filets à l’entrée des pistes. « Cela sert la journée pour rappeler que les piétons n’ont pas le droit de circuler sur les pistes, et la nuit, pour ces jeunes et leurs voitures qui sont interdites sur les pistes ». Les “pistes de ski interdites aux voitures”, là non plus le panneau n’a pas encore été inventé au grand dam des stations.
Article issu du Dauphiné Libéré