Des glaciers aux pommiers. Joli slogan que celui de l’Aiguille Rouge, piste mythique des Arcs, sur 2000 mètres de dénivelé. L’occasion de découvrir le village de Villaroger, satellite excentré de Paradiski, sa forêt protégée, ses maisons de pierre.
La descente prenait des airs d’expédition, quand il fallait revenir via trois télésièges antédiluviens. En décembre, ce sera de l’histoire ancienne.
La télécabine Villaroger, avec ses 40 nacelles dix places, floquées de dessins d’animaux va diviser par trois le temps (7 minutes contre 25). De quoi rentrer plus vite aux Arcs ? Pas que, selon Aurélie Lévêque, directrice du domaine de montagne d’ADS.
« L’objectif est aussi de dynamiser ce secteur et de faire de Villaroger une autre porte d’entrée ». La commune a investi dans un parking et un bâtiment d’accueil avec commerces, office de tourisme, école de ski. Des lits d’hébergement sont prévus.
Pour ADS, cet investissement de 19 millions d’euros relève aussi d’une stratégie d’anticipation. « Il s’agit de faire des télécabines sur nos premiers tronçons au départ des villages plutôt que des télésièges, pour s’affranchir des conditions de neige aux ailes de saison, exploiter quel que soit le manteau, les skieurs pouvant redescendre en cabine, et l’été ».
Et à 1200 m, Villaroger n’est pas à l’abri des redoux. D’où le stade “débutants” créé à l’arrivée, à 2100 m.
Des remontées modernes
C’est le même type d’appareils qui a été réalisé l’an dernier, avec le TransArc ou en 2022 à Vallandry , autres “ascenseurs” ou “descendeurs”, colonnes vertébrales du domaine d’altitude. Et dans quelques années au départ d’Arcs 1600.
La télécabine permet aussi de transporter des vélos, des luges et diversifier l’activité hivernale. « Elle répond à la demande des écoles de ski, soucieuses de remonter les jardins enfants à mi-altitude. Des réalisations désormais été/hiver pour les piétons, les randonneurs, l’accès aux points remarquables » indique David Ponson, patron de la branche montagne à la Compagnie des Alpes. Villaroger est l’un des douze appareils du genre inaugurés cet hiver dans les massifs.
La Plagne et Huez se réinventent
Sur le domaine voisin de La Plagne, la double télécabine de Roche de Mio (44,5 M€) achève le programme à 80 M€ du réaménagement du secteur de Bellecôte, qui a vu la station rabaisser son sommet avec la fonte du glacier de la Chiaupe, rendu à la nature.
Dans l’Oisans, à l’Alpe d’Huez, la SATA poursuit son programme Altitude 3300 qui vise à remplacer 6 remontées stratégiques pour améliorer les liaisons entre son toit, le Pic Blanc et les 5 stations du domaine (Oz, Villard-Reculas, Vaujany, Auris et Huez). Toutes des télécabines.
Le projet vise à offrir plus de confort et de fluidité pour tous les publics , y compris à mobilité réduite. Ainsi, Poma a remplacé celle de Poutran et transformé le télémix de Rifnel. Fabien Felli, patron du constructeur français confirme. « En termes de fonctionnalité multisaison, c’est l’appareil le plus pertinent. »
Télécabines multisaisons
Dans les Trois vallées, à Méribel, la S3V a changé l’interminable télésiège de Cote brune contre une rutilante “10 places” Leitner pour accéder à Val Thorens par le Mont de la Chambre. Cette dernière s’offre un autre téléporté entièrement automatique, la “Face nord”, qui remplace deux télésièges démontés dont celui du col, victime du climat et de la fonte du permafrost, à 3000 m.
Des stations de moyenne montagne, Combloux (Portes du Mont-Blanc) ou Crest-Voland , dans l’espace Diamant, se dotent de télécabines ascenseurs, depuis leur point bas.
Chez Doppelmayr France, l’autre gros constructeur, Bernard Teiller, le président, pointe les vertus environnementales des télécabines : « On en construit de plus en plus. Au-delà de la possibilité de remonter les fronts de neige, la solution a des avantages techniques : moins de pylônes, moindre impact, moins de véhicules et un gain sur la maintenance. »
2025, année record pour les stations
Après un record d’investissements l’an dernier (568 M€), 2025 s’annonce encore comme un grand cru. « Quelle autre industrie réinvestit 34 % de ses recettes ? », demande Anne Marty, présidente de Domaines Skiables de France. Les remontées mécaniques constituent le premier poste de dépenses quand celui consacré à la diversification connaît la plus forte croissance.
Une enveloppe qui s’explique par le contexte inflationniste et la temporalité. La plupart des stations ont relancé de nouveaux contrats et le gros des réalisations se concentre en début de concession. « Ils sont orientés par les études Climsnow qui simulent l’enneigement en 2050 et 2080 pour s’adapter au monde de demain », précise Anne Marty.
Pour Fabien Felli, « 2025 est encore une grosse année pour le marché français ». David Ponson, à la Compagnie des Alpes, premier exploitant européen, confirme : « Avec 130 millions sur nos dix domaines, on est au plus haut ».
Deux tiers concernent des remontées, le reste se répartit entre neige de culture (19 M€), dameuses (11 M€), diversification (6 millions), politique RSE (8 M€), de la rénovation énergétique aux navettes électriques.
Article issu du Dauphiné Libéré