Le doute est plus que permis, il en est même probable.
Tout semble correspondre avec « Néré », le lieu, le pelage, l’allure. Mais avant de poursuivre l’enquête, recontextualisons ces images.
Un face-à-face inattendu
Lors d’une randonnée dans la vallée du Lis, à la frontière entre les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne, le randonneur Renaud Gouezel a eu une rencontre exceptionnelle. À seulement 15 mètres, il se retrouve nez à nez avec un ours brun. Immédiatement, il capture l’instant en vidéo et la partage sur Instagram, suscitant une vague de réactions fascinées.
Dans cette vidéo devenue virale, l’ours apparaît calme, tandis que le randonneur garde ses distances, conscient de l’ampleur de la situation. L’ours finit par s’éloigner, démontrant encore une fois que ces animaux préfèrent éviter le contact avec l’homme.
- Cliquez sur la vignette Instagram pour lire la vidéo.
Néré ou un autre ours ?
La question qui obsède désormais les experts et les internautes est la suivante : cet ours est-il Néré, le plus vieux des Pyrénées ?
Plusieurs indices convergent en ce sens pour les experts. Selon Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours Adet, interrogé par 20 Minutes : « Quelques caractéristiques permettent d’identifier les ours. Dans les vidéos, on peut voir que c’est un ours adulte manifestement mâle avec un pelage assez foncé et des oreilles particulières. Il a aussi l’air d’être âgé, donc il semble que ce soit Néré »
Mais rappelons que le randonneur a filmé l’ours à plus de 15 mètres avec un appareil de qualité relativement basse, ce qui complique l’identification précise. « C’est difficile de confirmer à 100 %, mais ça lui ressemble bien » ajoute le spécialiste.

L’histoire derrière la légende de Néré
Mais pourquoi cet ours est-il aussi iconique dans les Pyrénées, au point que les gens connaissent son nom ? Retraçons son histoire :
Néré, né en 1997, est l’un des derniers descendants des ours réintroduits dans les Pyrénées. Il est issu de Ziva, une des deux premières ourses relâchées sur la commune de Melles en 1996. Sa mère, Ziva, n’est plus détectée depuis 2008, tandis que l’autre ourse, Melba, a été retrouvée morte en 1997.
Néré est devenu, au fil des ans, le plus vieux des ours des Pyrénées. En 2022, une vidéo le montrait en difficulté, boitant lourdement, laissant les observateurs craindre pour sa vie.
Néré est aussi le père de Cannellito, né de Cannelle, la dernière ourse autochtone des Pyrénées, tuée par un chasseur en 2004. En juillet 2024, Cannellito a été filmé en compagnie d’une femelle, continuant la lignée de ces ours légendaires.

Une apparition qui réjouit les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, la vidéo a eu son succès et les réactions sont très positives : « extraordinaire !!! », « Quelle chance de l’avoir croisé », « Waouh ! C’est toi qui l’a filmé ? » peut-on lire dans les commentaires.
Un enthousiasme général qui semble ne pas vouloir laisser place au doute quant à l’identité supposé de cet ours, en qui les internautes reconnaissent assurément Néré, l’un d’entre eux ajoutant même : « je lui souhaite de vivre encore longtemps »
Justement, dans la nature, l’ours brun des Pyrénées vit généralement entre 25 et 30 ans. Papillon, le précédent doyen, s’est éteint en 2004 à l’âge de 29 ans. Néré, avec ses 27 ans, est en bonne voie pour dépasser ce record. Les amoureux de la nature peuvent entretenir l’espoir avec cette apparition.
Le jour où vous croiserez un ours en randonnée
Il semble utile de rappeler quelques consignes de sécurité essentielles dans ce cas :
- Gardez vos distances et ne tentez pas de vous approcher de l’animal.
- Faites du bruit pour signaler votre présence sans le surprendre.
- Ne courez pas, reculez lentement en gardant l’ours en vue.
- En cas de doute, signalez toute rencontre avec un ours aux autorités locales.

En savoir plus : les ours dans les Pyrénées
Il y a de plus en plus d’ours brun dans le massif des Pyrénées. Selon le dernier rapport du Réseau Ours Brun de l’Office Français de la Biodiversité, au moins 83 spécimens ont été recensés en 2023 : 8 dans les Pyrénées occidentales, 74 dans les Pyrénées centrales et un mâle évoluant entre ces deux territoires. Pour 2024, le rapport précise également qu’une quinzaine de femelles sont susceptibles d’avoir des oursons.